#2412

Strange things are happening. Depuis une semaine ou deux, le quartier résonne de « screech screech ! » réguliers et vocaux. Tout à l’heure, je suis descendu dans la rue d’à côté pour trouver d’où proviennent ces cris d’oiseau. Facile : quasiment d’en face chez moi, à l’angle de la résidence. Le mur du jardin est trop haut, je n’ai donc pas vu le volatile mais lui a sans doute senti ma présence, car il a varié ses appels en quelques « raaarh raaarh croaaa ! », qui me firent penser qu’il s’agit certainement d’un mainate. Oh l’animal, qu’il est bruyant : je viens de compter, trois « screech » en une minute. Et puis, sur le mur du garage attenant le jardin du mainate, j’ai observé une curieuse liane, d’où pendent des fruits en forme de prune, de l’orange d’un abricot… Fruit de la passion : tudieu, un bout de jungle au coin de chez moi ?

#2408

Même sous la grisaillante immobilité d’un ciel dominical, en creux d’été, une vie minuscule s’agite toujours au jardin. Les têtes menues de la bourrache et du basilic percent, neuves. Une première fleur d’un jaune vibrant orne le petit pied de cornichon. La boule noire et or d’un bourdon vient téter les clochettes rouges d’une sauge, le vol hésitant d’un citron clignote un instant auprès du palmier, derrière moi une épeire semble suspendue dans l’air vert des buissons. Une coccinelle vient de se poser sur mon genou, du rouge sombre d’une goutte de sang.

#2407

Il m’avait semblé ce matin, dans un demi-sommeil, avoir entendu un chant de coq. Ma foi, oui : quelqu’un dans le quartier a de nouveau des poules, je viens de les entendre haut et fort. C’est bien, ça manquait un peu. Avec les cloches d’église à l’instant, mon paysage sonore prend une amusante tournure rurale.

#2404

Le soleil déclinant transforme le ciel en un vaste bol de cuivre. Quelques pas dans les rues calmes, pour le plaisir de marcher. De l’autre côté des voies passe une motocyclette, pétant, claquant, bullant. Son conducteur s’arrête au carrefour, traverse en poussant à pied son vieil engin. À ma surprise, il remonte dessus pour descendre vers la gare tout pétant, claquant, bullant, comme dans un film de Tati. Le train qui passe soulève un grand bruit de tempête, un souffle d’océan métallique et sec. De par les rues court le vent, le vrai, qui susurre dans les branches. Un tintement dans le lointain, quelqu’un qui laisserait tomber une petite cuillère sur les pavés. Au carrefour suivant, « Bouge, bouge, mais vite ! » aboie une mégère à son cabot.

#2403

Le silence de l’été. La plupart des oiseaux font la mue de leur plumage et se cachent, sans un bruit. Ne restent que quelques rares pépiements de moineaux et les roucoulements des tourterelles, qu’accompagnent leurs claquements d’ailes. Des bourdonnements d’insecte, aussi, parfois. Et le babil indistinct d’un téléviseur, loin, bas, dont se reconnaissent à peine l’idiotie d’un soap dominical ou d’un commentaire sportif.