#1126

Voyage à Bordeaux. Levé atrocement tôt, pour prendre un TGV qui, quelle surprise, fut en retard. Sur le quai, défilé de trois puis quatre vieilles maquerelles, vision inquiétante. Gros budget pommade et poudre, En quoi l’adoption d’un teint genre vieux sioux améliore-t-il l’esthétique de ce genre d' »executive women » sur le retour — ou alors, c’est pour faire peur à leurs jeunes collègues?

Un peu plus tard, j’émerge de mon demi-sommeil pour ouvrir un oeil sur le paysage, le ciel tuméfié me rappelle les rides et l’ocre des quatre terreurs.

#1125

The rain of London pimples / The ebony street with white / And the neon-lamps of London / Stain the canals of night / And the park becomes a jungle / In the alchemy of night. (Louis MacNeice)

#1124

New-York, milieu des années 20: une dessinatrice française d’origine polonaise, Irena Hassenberg (1884 ou 86 – 1953) alias Reno, fit là-bas un séjour graphiquement fructueux, après une traversée transatlantique très « people » en compagnie de célébrités du monde de la culture de l’époque. Des amis à moi ont plusieurs originaux d’elle, et un joli paquet de lithos — ils m’en ont offert une, que voici scannée. Le style qu’ont, de nos jours, réinventé Avril ou Dupuy & Berbérian, n’est pas bien loin. On pensera aussi à l’Anglais T.S. Lowry. J’aime cette apparente naïveté, un trait en fait magnifiquement maîtrisé.

#1123

Rêvé ce matin que je tenais une librairie, avec mon ex-coloc, et que nous préparions une nouvelle vitrine — ressemblant nettement à celle de la boutique qu’avait autrefois Francis Valéry sur le cours de l’Yser, à Bordeaux. Nous avions de grandes silhouettes en carton représentant des buildings new-yorkais classiques, que nous disposions dans la vitrine, ainsi que des petits bonshommes en plastique — c’était pour la sortie de Liliputia de Xavier Mauméjean (le roman auquel cet auteur est en train de travailler, en fait).

#1122

Je disais l’autre jour toute mon admiration de l’art de François Avril. Justement: un livre vient combler mon désir d’enfin voir réunis un grand nombre de ses dessins urbains. Paris.Tokyo.New-York.Bruxelles est, chez l’éditeur belge Champaka, un coûteux mais grand moment de bonheur graphique. À force d’épure, presque d’abstraction, toute en lignes tremblées, infiniment frêles, Avril « capte l’âme, d’avantage l’idée d’une ville que ses formes immédiatement visibles ». Il va à l’essentiel, n’hésitant pas pour cela à inventer des rues, ajouter un bar, une affiche… Cette démarche de discrète réinvention pour mieux illustrer me semble particulièrement visible (et amusante) dans ses dessins de Bruxelles, où une « Van Melkebeke Straat » m’a fait sourire d’emblée (c’était le nom d’un ami d’Hergé à l’idéologie embarrassante). Maintenant, ne me reste plus qu’à espérer qu’Avril dessinera aussi mes villes favorites: Londres, San Francisco et Amsterdam, un jour?