#6370

La chaleur constante érode gens et plantes. Le rhododendron est mourant, le fuschia mal en point, le figuier perd ses feuilles. Reste que les trois arbres que j’ai laissé pousser depuis douze ans protègent beaucoup mon bout de jardin et, surprise, depuis hier une cigale grésille dans le micocoulier, incroyable le raffut. Les cigales sont donc monté jusqu’à Bordeaux, il paraît qu’on a quelques geckos aussi, maintenant. Et hélas je suis cerné de sots : à gauche, un voisin qui vient d’abattre ses grands arbres et l’autre qui a transformé l’ancien jardin de la vieille dame en une cuve cimentée, à droite plus d’herbe ni de lilas mais une pelouse en plastique et une piscine. Misère.

« Un monde tout gluant de soleil, d’odeurs de mimosas et de fleurs sucrées, de mouches ivres, d’autos glissant sur l’asphalte mou… » (Simenon, Liberty bar)

#6369

Sous le ciel du vendredi soir comme au fond d’un aquarium, assis les pieds nus sur la pierre grise et au-dessus de la tête, tout l’océan bleu et or avec ses baleines blanches et ses méduses translucides, le feuillage de mes grands arbres se froissant pour faire la rumeur des vagues.

#6368

Presque chaque été, je relis quelques Maigret. Ça me change du reste de mes lectures habituelles, la langue simple et marquée comme d’un accent singulier de Simenon, « sèche » comme on le dit d’un vin blanc, nettoie mon palais, réveille mes papilles. Et même de rares détails vieillots amusent, telle cette Hollandaise comme sur les illustrations de boîtes de cacao, qui n’éveille pour moi aucune image. Il fait froid dans L’Affaire Nahour, Paris en est gelé, et cela aussi s’avère bien agréable par ces canicules. Ensuite, il me faudra prendre un Maigret où il pleut.

« Ici aussi, c’était dimanche, un jour creux, en dehors du temps réel. C’est à peine si, entre les rideaux crème, on apercevait un peu de neige sale, des arbres noirs, la tête mouvante d’un passant ou d’une passante. »

#6367

Fini de relire les épreuves de mes « réminiscences ». De quoi parle-je dans ce volume de souvenirs, lectures et déambulations ? De piscines tournesol, de Bob Morane, des bureaux des éditions Opta, de Jacques Tati, de voyages à Londres, de Michel Jeury, de cinémas disparus, de Roland C. Wagner, de fanzines, de l’Histoire de la science-fiction moderne de Jacques Sadoul, de séparations et de disparitions, de brisures de coquillages… et de beaucoup d’autres choses. Parution chez Flatland fin septembre, pile à temps pour les Hypermondes.

#6366

Pluie d’hier. Assis sous l’auvent à relire mes épreuves, j’entendis grêler des gouttes orageuses, pesanteur tropicale. Sous le ciel changeant, de grosses perles rondes tombaient des nuées grises ou se faisaient aiguilles dorées dans le soleil. Ces hachures humides ne durèrent pas, le linge étendu au-dessus des plants de tomate s’en trouva à peine humecté. Dans le nord du pays, la « forêt pour les dimanches » est en train de brûler. Les ministères parisiens sentiront-ils l’odeur âcre de la fumée ?