Avec un certain soulagement, je viens d’achever de rédiger ma part, 70 entrées sur 100, du guide fantasy commandé par les éditions Ynnis. Amusant d’ailleurs combien cette liste est différente, 25 ans après, de celle de mon vieux guide Folio. Enfin, l’effort ne fut pas bien grand, mais soutenu. J’ai fini par la fiche sur Jasper Fforde, l’un de mes auteurs favoris mais sur lequel je n’avais encore jamais rien écrit. Appris au passage que son premier roman fut refusé par 76 éditeurs – quelle persévérance ! Pour ma part, j’en suis à la douzaine de refus de mon roman Ceux du merle noir, mon effort littéraire le plus ambitieux, et j’avoue commencer à baisser les bras. Le contexte d’ « extinction massive » du monde du livre n’aide pas à garder confiance, hélas. Mieux vaut lire, allez.
#6371
Adolescence. J’ai souvenir de la première fois où j’ai mangé de l’oignon rouge. En visite à Toulon pour voir la vieille tante Marthe, nous étions passés par un marché et maman, élevée en Provence, m’avait expliqué que ces oignons d’une étonnante teinte violacée, encore inconnus partout ailleurs en France, étaient courants dans la région. Les oignons rouges demeurent mes favoris, depuis tout ce temps. Souvenir également d’olives et de figues – j’en ai cueillies et dégustées une dizaine, hier soir, des figues noires, mais pour les olives mon petit arbre n’en propose que deux cet été.
#6370
La chaleur constante érode gens et plantes. Le rhododendron est mourant, le fuschia mal en point, le figuier perd ses feuilles. Reste que les trois arbres que j’ai laissé pousser depuis douze ans protègent beaucoup mon bout de jardin et, surprise, depuis hier une cigale grésille dans le micocoulier, incroyable le raffut. Les cigales sont donc monté jusqu’à Bordeaux, il paraît qu’on a quelques geckos aussi, maintenant. Et hélas je suis cerné de sots : à gauche, un voisin qui vient d’abattre ses grands arbres et l’autre qui a transformé l’ancien jardin de la vieille dame en une cuve cimentée, à droite plus d’herbe ni de lilas mais une pelouse en plastique et une piscine. Misère.
« Un monde tout gluant de soleil, d’odeurs de mimosas et de fleurs sucrées, de mouches ivres, d’autos glissant sur l’asphalte mou… » (Simenon, Liberty bar)
#6369
#6368
Presque chaque été, je relis quelques Maigret. Ça me change du reste de mes lectures habituelles, la langue simple et marquée comme d’un accent singulier de Simenon, « sèche » comme on le dit d’un vin blanc, nettoie mon palais, réveille mes papilles. Et même de rares détails vieillots amusent, telle cette Hollandaise comme sur les illustrations de boîtes de cacao, qui n’éveille pour moi aucune image. Il fait froid dans L’Affaire Nahour, Paris en est gelé, et cela aussi s’avère bien agréable par ces canicules. Ensuite, il me faudra prendre un Maigret où il pleut.
« Ici aussi, c’était dimanche, un jour creux, en dehors du temps réel. C’est à peine si, entre les rideaux crème, on apercevait un peu de neige sale, des arbres noirs, la tête mouvante d’un passant ou d’une passante. »
