#4028

Ah c’est certain, avec ces deux mois de maladie, peinant à lire sur papier, j’ai pris beaucoup de retard dans mes lectures bédé, et je continue pourtant à en acheter, l’actualité redevenant riche. Enfin, gageons que lorsque j’aurai enfin mes nouvelles lunettes j’écluserai assez vite tout cela. Après une grosse décennie à m’être un peu éloigné du domaine, j’ai gravement rechuté, du fait de la fréquentation d’un excellent dealer. Les libraires nous veulent du mal. Et en début d’après-midi je me trouvais accoudé au bar dudit marchand lorsqu’un copain me texta qu’il m’envoyait son gros album tout neuf, et moi de m’en réjouir, accro que je suis. On est bien peu d’chose, allez.

#4019

La grande rumeur cadencée d’un train passe dans la nuit. Une rivière de métal. C’est le monde qui passe au large de mon petit domicile. La pluie promise n’est pas tombée. J’ai relu ces dernières semaines les Dorothy Sayers en VO et ai de nouveau envie de lire en français, ça m’est nécessaire pour en quelque sorte alimenter mon envie d’écrire encore frustrée par la maladie, lire du style, regarder notre langue en travail. Enfin, j’entre en convalescence et reprendrai au plus tôt l’écriture. Que lire donc, sans doute vais-je piocher de nouveau dans les vieux polars français, tiens Francis Didelot ou Jacques Ouvard, par exemple. La lecture de romans policiers entretient également en moi la tournure d’esprit nécessaire pour creuser l’univers de Bodichiev, cette douce obsession qui est mienne.

#4014

Tout fait ventre, dans l’imaginaire. Hier à Champignac, mon parrain sachant qu’à lire je fatigue vite eut l’idée charmante de me faire une lecture à haute voix du roman qu’il venait de prendre, un Pierre Loti. Ample langue classique, le beau style jusqu’à la préciosité, et des descriptions riches, vécues, goûteuses, de l’Istanbul du début du siècle dernier. Et outre le plaisir certain de cette séance, voici qui reliait comme magiquement avec une idée que je brassais vaguement pour le « roman choral » de Bodichiev que je commence à assembler dans ma tête : un segment à Istanbul. Un paysage émerge, de petites scènes s’esquissent.

#4007

Descendu tout à l’heure au bas de la rue pour poster un peu de courrier, je fis un menu crochet vers la boîte à livres et… sapristi ! Quatre encyclopédies Quillet de 1965, je ne pouvais tout de même pas laisser ces beautés languir ainsi. Vous me direz, est-ce bien raisonnable, avec tous les livres que j’ai déjà ? Mais on n’a jamais « trop » de livres, et j’avoue un faible particulier pour les vieilles encyclopédies – tout ce savoir sérieux et un peu obsolète, les reliures robustes, les illustrations ou photos en noir (ou en couleurs éteintes, pour ce qui est de la collection Time-Life que je possède depuis mon adolescence)… Et mine de rien, je mets ces sommes à contribution dans mes travaux : outre des scans pour l’iconographie de tel ou tel beau-livre ovin, cela m’est également utile pour écrire mes Bodichiev. S’agissant d’une uchronie, j’aime me référer à de vieux bouquins sur Londres afin d’y glaner des détails (genre les bureaux de police), par exemple, et lorsque tout récemment j’ai écrit une nouvelle située à Raguse (Dubrovnik), « Sous le vent dalmate », j’ai, outre l’indispensable Google Earth sans lequel je n’aurai pas osé tenter un Bodichiev dans un endroit que je ne connais pas en vrai, consulté mes recueils de savoir dépassé, pour y glaner les anecdotes et détails nécessaires afin de donner une certaine épaisseur à un lieu.

#4004

Plus ou moins en prévision de mon été d’écriture (bouhou) et en rupture de mes habitudes, depuis bien six mois je ne lisais plus que des auteurs de langue française. Ainsi ai-je relu une bonne part des Simenon, lu un bon paquet de Modiano et de Rouaud, picoré dans du Jaccottet, relu du Flaubert et du Maupassant, plongé dans du Ponson du Terrail et du Jean Ray, retrouvé du Morand, du Gracq, du Giono ou du Perret, revenu à du Vargas, du Rolin et du Sagan, exploré du vieux polar, de Mario Ropp à Jean-Pierre Ferrière en passant par Gaston Boca, Pierre Boileau, Antoinette Soulas, Louis Thomas, André Picot, Louis Rognoni ou Jacques Decrest… Et puis la langue anglaise m’appelait, me manquait, tout de même : après un paquet de Kim Stanley Robinson (nouvelles et novellae), deux Agatha Christie et quelques délicieux Margery Allingham, je relis tout Dorothy Sayers dans l’ordre. Eh oui, mes lectures sont souvent des relectures : ma mémoire est faible et j’apprécie de rafraîchir / redécouvrir régulièrement, le plaisir du recul et d’une nouvelle appréciation. Ce matin, la pie craquète et les mouches tournicotent, la météo annonce une journée torride – je ne sais si je vais avoir le courage ni la tête assez solide ce week-end pour enfin coucher dans un carnet l’histoire de « chats zombies » que j’ai imaginé pour m’occuper ces derniers temps, mais pour lire, toujours.