#4029

Départ pour un week-end à Champignac, dans une ville ouatée, toute estompée de brouillard blanc. A la gare, sur un banc gisent un grand bâton et une houppelande en laine, comme si un berger landais venait de se dissoudre dans l’air embrumé. Sur les quais le soleil imbibe les nuées en une auréole de beurre. La rive droite pour sa part baigne dans une poussiéreuse lumière hivernale, qui dore le haut des façades et jette des étincelles sur les carapaces automobiles.

#4028

Ah c’est certain, avec ces deux mois de maladie, peinant à lire sur papier, j’ai pris beaucoup de retard dans mes lectures bédé, et je continue pourtant à en acheter, l’actualité redevenant riche. Enfin, gageons que lorsque j’aurai enfin mes nouvelles lunettes j’écluserai assez vite tout cela. Après une grosse décennie à m’être un peu éloigné du domaine, j’ai gravement rechuté, du fait de la fréquentation d’un excellent dealer. Les libraires nous veulent du mal. Et en début d’après-midi je me trouvais accoudé au bar dudit marchand lorsqu’un copain me texta qu’il m’envoyait son gros album tout neuf, et moi de m’en réjouir, accro que je suis. On est bien peu d’chose, allez.

#4027

Jolie synchronicité. Comme je me rendais au bureau pour tirer les volets, je me mis à admirer cette lumière jaune du ciel tardif, qui vernit la rue d’une sorte d’énergie vibrante entre deux gouttes de pluie. Et je lis chez Gracq (Lettrines 2) : « À mesure que je vieillis, il me semble que ma sensibilité à la lumière augmente. À certaines heures […] elle me monte à la tête comme un alcool. »

#4026

Même lorsqu’un chroniqueur exprime aussi bien son enthousiasme et sa compréhension de mon cycle d’uchronie que celui de Galaxies il n’y a pas longtemps, il trouve tout de même moyen de citer Sherlock Holmes et glisse à peine vers Poirot. Sans doute est-ce une difficulté que d’écrire du polar pour un lectorat SF : ils n’ont pas tellement la culture du roman policier. Car en vérité, je n’ai jamais songé à Holmes en écrivant mes petites histoires : Hercule Poirot oui bien entendu, et son assistant Hastings, furent mes premières inspirations – quelques reflets, disons. Puis une influence de Maigret pour Bodichiev, et un peu de Lord Peter pour Viat — venant de relire tout Dorothy Sayers j’y discerne bien les menues traces dont sa lecture marqua mon travail. Du Flaubert, une fois. Et Chapeau melon et bottes de cuir pour un certain charme. Mais tout m’influence ou me nourri, maintenant que je me suis vraiment réinvesti dans ce cycle. Puis aussi, en avançant dans tout cela, j’ai mis de plus en plus de micro touches de moi-même chez Bodichiev, et de mon fils à différents âges dans Viat. Parti d’archétypes je tends naturellement vers une peinture un peu plus personnelle, d’autant que j’alimente mes nouvelles de passages de mon blog, qu’ils soient rédigés intentionnellement pour Bodichiev ou bien que j’aille y « piocher » descriptions, ambiances, anecdotes ou souvenirs. Oui je sais, je n’arrête pas de parler de Bodichiev – que voulez-vous, il occupe pas mal mon esprit en ces mois de maladie et ces moments de langueur assez frustrants.