#3063

Par une telle chaleur, hélas, me manque le courage pour poursuivre ma petite exploration de Champignac. Et puis, il me reste encore à relire un grand pan de manuscrit, suite de mon marathon des week-ends. Je me contente alors de passer, un peu dolent, de l’ombre d’un cèdre au pied du mélèze puis au banc de pierre sous le séquoia, endroit dont j’avais déjà noté qu’il semble être le plus frais du domaine. Les pâquerettes accompagnent chaque pas et l’air embaume la résine. Assis au sol, le dos au banc, je saisi un léger souffle, une fraîcheur de terre et de mousse.

#3062

Après un petit-déjeuner d’éditeur sur le parvis de la librairie Georges, qui nous a gentiment fait participer à leur présentation de romans, retour à Champignac, dans une verdure dont la température ambiante exalte les senteurs résineuses. D’étranges nuées s’étirent dans le ciel trop chaud : squelettes diaphanes d’animaux fabuleux, artemisias célestes, longs effilochés de paysages sous-marins hantés de méduses, fleurs tournoyantes, vertèbres légères et filaments pâles.

#3060

Ce soir le ciel a enfilé un tricot rayé bleu et rouge, seulement troublé par le sot vacarme d’un hélico. D’un bord du paysage, les nuages s’empilent calmement, à l’horizontale, tandis que de l’autre ils partent en toupie et s’élèvent en une verticale échevelée. Les cheminées encadrent ce spectacle vespéral en fumant de la lumière.

#3059

Étonnant silence d’un soir. Quittant les brumes étouffantes d’un Simenon, je m’interroge sur cette ville muette dans une nuit chaude et limpide, d’un bleu-violet doucement lumineux. En bas le lave-linge zonzonne longuement et tout à l’heure, redescendu un instant, j’entendais seulement la respiration pointilleuse du dieu lare de mon logis, l’horloge de la cuisine. Une chatte galope sur les tuiles et, en rentrant par le vasistas, éveille quelques grincements de l’escalier.