#4046

Un bel automne brille sur ce bord de Gironde et il n’y a qu’à une telle saison que l’orange devient, dans le ciel, comme une nuance sous-jacente du bleu. Je n’en profite pas encore pleinement, jambes lourdes de fatigue, démarche un peu titubante, siestes nécessaires, lenteur si irritante… mais me suis tout de même rendu ce matin à la brocante Saint-Michel et au marché des Capucins. Quelques trouvailles à la première : des Tartine, de vieux NRF, un Noël Vindry de derrière les fagots pas même coupé… Je suis déjà bien accoutumé à mes nouvelles lunettes et peux de nouveau lire sur papier (fini deux romans), me manque encore la paire qui me permettra d’accéder sans nausée à l’ordinateur – ce sera mardi. Convalescence.

#4045

Ce midi j’ai fait avec mon ami Fabrice ce que nous voulions faire depuis longtemps : déjeuner chez madame Maigret. Ce petit bistrot de la rive droite a ouvert le 1er octobre 1955 et est toujours « dans son jus », même patronne et sans changement : déco fifties et Formica partout. Un véritable voyage dans le temps, avec petit blanc et journal sur le comptoir. Délicieux moment Simenon.

#4044

Combien de temps une pie vit-elle, me demandais-je tout à l’heure en voyant les deux du quartier, deux oiseaux bien dodus en habit de soirée, se disputer sur l’antenne du voisin. Et que ça criaille, la voix rauque. Jeunettes, elles étaient trois, il ne reste je crois que ce duo de commères. Une quinzaine d’années me répond le savoir en ligne, et il doit se faire six ou sept ans que je m’amuse de leurs évolutions. Ce soir, de grandes masses de coton occupent le ciel, qui menacent de tomber au sol en filets de brouillasse. Les bambous tremblent et susurrent.

#4043

Des yeux neufs ! Enfin, enfin. Guérison en approche, et le monde est déjà plus clair, les formes nettes, la lumière brillante, c’est fou. Rentré en bus de chez l’opticien, le cœur plus léger. Dans le coude d’une rue un éclat de soleil tape la façade et révèle une verrière, pyramide soudain translucide au sein des toits.

#4042

Ces derniers temps je me rends fréquemment en centre-ville le matin, et j’ouvre grands les yeux en me promenant un peu, ne voulant pas prendre Bordeaux pour argent comptant, pour quotidieneté invisible. Fragments de mon passé (le milieu des années 80), nouveaux ajouts, rénovations, placettes, perspectives, trottoirs, pavés, portes, moulures… le moindre détail recèle des surprises, des curiosités. Surgissements urbains toujours frais, piéton toujours attentif. Huit ans après mon retour d’exil, Bordeaux n’est jamais pour moi de l’inné mais de l’acquis, aux aguets.