#3076

Quelques week-ends à Champignac, quelques semaines la tête dans le guidon, du grand chaud, de grandes pluies, et c’est l’explosion : pourtant taillé à l’hiver, le fuschia occupe tout l’espace que lui laisse un figuier plus profus et dense que jamais, ce dernier débordant de ce « vert grave » que lui trouvait Jaccottet. Sous les mains tendues de cette foule végétale déjà les premières figues avait gonflées, certaines claquant sous les averses, j’en ai cependant sauvé une poignée – précieuses puisque premières de la saison. Le sucre épais, la peau rugueuse. Ah oui c’est l’été, j’ai passé la fête de la musique aux urgences, quelle idée. Ça va déjà mieux, un peu flou, la canne à la main par prudence, le dandy apprécie.

#3075

Hier fut un jour de pluie invisible, une fine bruine même par les instants où du soleil découpait de larges rectangles sur le plancher du salon. Sans un pas au-dehors il se voyait immédiatement que, ciel gris ou ciel blanc craquelé de bleu, des reflets naissaient sur le sol mouillé comme sur l’eau d’un étang, apportant un peu de lumière aux grands carreaux de la terrasse vernis d’ombre.

#3074

Si quelqu’un lui avait demandé à quoi il pensait dans ces moments-là, les pieds dans la brume rosée de l’avoine, admirant la caresse du soleil sur les longues herbes blondes, il n’aurait su quoi répondre. Il ne pensait pas, il contemplait. Le balancement des épis presque blancs dévoilait le vert sous-jacent en grands moirages et le chant des grillons paraissait émaner de la terre elle-même.

#3072

Marcher en prairie comme on le ferait en lisière de plage : lever haut les jambes, le pas heurté, avancer contre les vagues d’herbacées, soulever non des effluves salines mais des senteurs de menthe blanche, lutter contre la résistance des éléments – puis un lièvre bondit entre les grands ronciers et je m’incline sous les frênes comme l’on regagne un rivage. Humbles mais envahissantes cousines des roses, les ronces d’Arménie près du potager bourdonnent de petits corps velus et pressés.