#5053

Chaque année j’hésite et chaque année je plante finalement quelques pieds de tomate dans un pot ou un autre : pas tant pour une récolte infime et aléatoire que pour le plaisir d’une verdure aussi vive, leur pousse drue et rapide, et cette senteur dès qu’on les frôle, hum cette senteur, également si vive et si verte.

#5050

D’une prédiction d’orage n’est restée en vérité qu’une bruine mince et irritée, juste de quoi m’empêcher ce matin de m’assoir au dehors sur le salon Napoléon III. Par la porte du salon j’aperçois une pie en habit du dimanche sautiller sur la pelouse, et j’entends les sifflements tremblant des rapaces. Hier en fin de journée j’en ai vu une dizaine qui, grandes croix sombres, tournaient et viraient dans le ciel gris, portées au-dessus des prés par la main brutale du vent.

#5048

C’était donc il y a un an. De mes impressions d’alors sur mes séjours chez mon parrain, j’ai brodé l’avant-dernière nouvelle de mon cinquième recueil de polar uchronique, Archives d’un détective à vapeur. « Les deux morts de mademoiselle Rose » est le titre de cette nouvelle quasiment contemplative. Et je retrouve aujourd’hui le plaisir de cette observation tranquille, assis dans les hautes herbes entre la mare et un cerisier. Une pause. Le temps de me familiariser de nouveau avec les épis hauts, les marguerites au long cou, le grumeleux odorant des menthes blanches, le tapis de pétasines sous le couvert près de l’eau, ces odeurs vertes et résineuses que soulève la chaleur du jour. Des papillons folâtrent, hésitent. Au ras du sol, posé ainsi dans l’ombre légère, j’écoute le chant des oiseaux et les crissements des sauterelles, tout à l’heure deux rapaces tournaient en sifflant au-dessus du petit bois, derrière moi des corneilles craquètent. Le niveau de la mare est bien bas, hélas. Soudain des aboiements : c’est un chevreuil tout roux qui, trompé par mon immobilité, s’inquiète et, en quelques bonds, s’enfuit plus loin, me regarde surpris, la tête portant une jolie couronne, puis en râlant derechef file dans la prairie.

#5045

Pour ne savoir guère identifier les chants d’oiseaux, je passe pourtant d’assez fréquentes pauses matinales ou vespérales à tendre l’oreille et écouter nos familiers à plumes. Ce que le chant des oiseaux me dit c’est que je ne suis pas seul, que l’on peut se taire un peu, qu’il est bon de s’arrêter pour juste écouter, et laisser remonter des souvenirs et des sensations. Ainsi de ce matin entre deux averses légères propices aux escargots. Des pia-pia répétitifs, des cra-cra rauques, des trilles évasives, en ce presque dimanche le quartier apaisé n’ajoute que le souffle d’un bus à la chanson des volatiles.

#5041

La nuit ne fut pas calme : le tintinnabulis de la pluie, les paparazzi du tonnerre, les sourds raclements de gorge de l’orage puis le grand fracas de l’averse, drue et brutale comme une marée de l’océan. On change de vocabulaire, du chaud et du sec l’on passe à un verbe comme « déverser » et la petite chatte monte sur le lit le poil un peu humide. Le ciel s’apaise vite et c’est encore le long chuchotement de la pluie.