#3012

Habitant aux abords d’une tranchée ferroviaire, j’en observais ce matin en passant la tranquille guerre végétale qui, inconnue des hommes, s’y joue actuellement. Un combat de coquelicots : de mon côté de la voie, viennent de fleurir les bouquets orange des pavots de Californie, ces Eschscholzia qui occupent exactement la même niche écologique que le bon vieux coquelicot rouge et tendent à le remplacer. Sur l’autre versant, à l’abri des murs noircis et tagués, cependant, c’est bien notre Papaver rhoeas qui agrémente le haut du pierrier de ses bouquets rouges. On ne se mélange pas, chacun chez soi et les pavots seront bien gardés.

#3011

Chaque samedi matin je rentre en paysage avec la complicité d’un ami, nous arpentons petites rues et chemins de traverse, coulées vertes et coteaux, bords d’eau et voies ferrées. Pour le marcheur urbain que je suis, accoutumé à une ville essentiellement plate, me surprennent particulièrement les promenades sur les hauteurs de la rive droite, avec ses panoramas soudains sur le paysage de Bordeaux enfin considéré en vue d’oiseau. Un au-dessus d’autant plus fascinant qu’il est rare en ce territoire.

#3002

Après plusieurs jours de beau ciel bleu que voilait un fin film de pollution gris-rose, le temps revenant à la pluie vient d’opter pour la grande grisaille et l’on dirait que la vie, au dehors, a du mal à embrayer, ni la nuit ni le jour, dans une tiédeur poussiéreuse qui retient son souffle avant l’averse.

#2993

Sept ans et toujours pas blasé. Le rythme blond des façades des quais dans la lumière jeune. L’éblouissement du soleil à la traversée du pont. Le tramway filant sur la longue avenue bleuie de jour, où les arbres lèvent encore les poings tordus de leurs branches dénudées. Un parcours déjà familier en bord de rocade, arriver dans le triomphe des cloches puis c’est les explorations du samedi, le « fil vert » de coteau en coteau, la neige des pétales de pruniers serrés en rangs de robes blanches, la banlieue en fleurs sous les vols de grues et en croisant les pies.

#2987

« Il fait un jour de fin d’hiver clair et froid, de ce bleu métallique et luisant de zinc neuf qu’on voit au ciel des dernières gelées quand les jours allongent ; la sécheresse de ce froid est tonique et exhilarante. » (Julien Gracq) De plus un important vol de grues cendrées rasa ce midi le bas de mon coin de ciel, dont les klaxons et les silhouettes en croix me ravirent.