#3072

Marcher en prairie comme on le ferait en lisière de plage : lever haut les jambes, le pas heurté, avancer contre les vagues d’herbacées, soulever non des effluves salines mais des senteurs de menthe blanche, lutter contre la résistance des éléments – puis un lièvre bondit entre les grands ronciers et je m’incline sous les frênes comme l’on regagne un rivage. Humbles mais envahissantes cousines des roses, les ronces d’Arménie près du potager bourdonnent de petits corps velus et pressés.

#3067

De ces micro expériences de week-ends à Champignac, tout ne peut se traduire en photo. L’averse soudaine de feuilles mortes du colosse magnolia, se frayant un passage dans un froissement brutal et finissant au sol comme autant de grandes écailles en cuir friable. La surprise alors que je me trouvais au téléphone, assis devant la maison sur les chaises blanches Napoléon III, d’une cavalcade de chevreuils, deux animaux roux bondissant hors de la prairie, traversant la pelouse dans un heurt de sabots, virant sous le magnolia déjà évoqué et filant dans les épis hauts d’un autre pré. Les pas de géants qui grattent sous les arbres, en fait le travail d’un merle qui s’enfuit en caquetant sa désapprobation. Une pluie de pollen, sous un cyprès, en hachures étincelantes. Ou la brève brûlure des orties sur ma cheville, plus prosaïquement.