#1302

Levé à 6h45: brrr, je n’aime pas trop ça. Enfin, la séance de travail littéraire avec Alain Bergeron se déroula idéalement, l’homme est aussi agréable qu’intéressant. De petits bonheurs hier soir: le très beau chemin jusqu’à la place de Clichy — ah, j’adore la rue Caulaincourt! et le pont sur le cimetière de Montmartre est également un bel instant urbain. Et puis quoi, un quartier où des rues sont nommées d’après Paul Féval et Eugène Sue, n’est-ce pas merveilleux? — et le très beau, très touchant, très drôle, très chaleureux, très intimiste, concert de monsieur Steve Hogarth. Incroyable talent.

#1301

Paris, donc. Je tape ces lignes aux onzième étage d’une barre dont les fenêtres donnent en plein sur le Sacré Coeur: ses tours brillent dans le contre-jour d’une chaude journée. Pas de musées pour cette fois, hélas (frustration!). Mes jeudi et vendredi furent bien emplis de rendez-vous, et je suis resté aujourd’hui chez mon oncle afin de terminer la relecture des épreuves d’un ouvrage des Moutons: l’auteur, québécois, passe demain chez moi, ce qui m’obligea a accélérer le rythme de ma prise de notes et me contraint à rentrer à Lyon dès dimanche matin. Mes séjours parisiens prennent chaque fois l’aspect d’un marathon, étant donné le nombre de personnes que je dois ou que j’aime voir. Quelques bons espoirs issus de ces rendez-vous, une très mauvaise nouvelle aussi, sur laquelle je ne m’étendrai pas (encore). Se prendre pour un écrivain n’est pas toujours aisé, mais enfin, je reste positif… autant que possible. Rendu visite aussi à Avril en son atelier, et à Jennequin en sa tour. Le premier m’offrit une jolie plaquette qu’il vient de sortir chez Alain Beaulet ; le second me couvrit de littérature scoute (ah! le Prince Eric défilant aux côtés du Maréchal!). Et dans deux heures, concert solo de Steve Hogarth: chiiic!

#1300

Petite équipée parisienne, à partir de demain: comme d’habitude, un grand nombre de rendez-vous aussi bien amicaux qu’éditoriaux. J’espère néanmoins trouver le temps de visiter la nouvelle Cité de l’Architecture, au Palais de Chaillot. Et samedi soir, nouveau concert solo de Steve Hogarth — ce ne sera jamais que la troisième fois que je le verrai dans cet exercice, mais je ne m’en lasse pas et la salle semble admirablement adaptée à l’intimisme de ce répertoire.

#1299

« Le Grand Meaulne » d’Alain-Fournier fait partie de mes romans « cultes », assurément. J’avais d’ailleurs été ravi lors d’un séjour bordelais de dénicher l’essai sur cet auteur par Michel Sufran — formidable écrivain du cru, un très grand monsieur des lettres françaises, même si (presque) personne ne le sait. Et dédicacé par Sufran, en plus, l’essai. Bref. J’aime également beaucoup les « Disparus de Saint-Agil » de Pierre Véry — et j’en ai vu l’adaptation ciné il y a quelques temps, avec grand plaisir. Tout cela pour dire qu’avec de telles influences inscrites d’entrée dans son introduction, je m’attendais à aimer « Camelot » de Fabrice Colin — oui, encore un nouveau Colin, cet homme va bientôt entrer en combustion spontanée, tiens, dans l’équivalent écrivain des victimes de la comédie musicale de Buffy. Mais je m’égare.

Eh bien, oui, bien sûr: j’ai beaucoup aimé « Camelot ». Sans « mais » à venir dans ce laïus. Ce roman classé en jeunesse est une fois de plus un petit bijou douloureux, tendu, plein d’une sombre poésie. C’est pas un rigolo, Colin, la plupart du temps. Et ses persos, qu’ils soient mômes ou adultes, souffrent souvent de désordres psychologiques, d’attirances morbides, d’llusions de grandeur… Le jeune Arthur, ici, ne faisant pas exception. Je ne sais ce que pensent les ados de telles oeuvres — mais, depuis le temps, un éditeur comme l’École des Loisirs a solidement placé le style « triste mas beau » au sein de la littérature jeunesse, et pas mal d’autres éditeurs suivent désormais — tel Seuil, puisque c’est au Seuil que sort « Camelot ». J’imagine quand même que pas mal de mômes vont lâcher des larmes dans les dernières pages — salaud, Colin, tu fais pleurer les enfants! Mais, eh, être bouleversé par un roman, c’est plutôt gage de la qualité d’icelui, non? D’autant que tout y est subtil, par touches légères, il ne s’agit nullement de manipulation psychologique facile.

À part ça, lu aussi un recueil de trois nouvelles de Fred Vargas (« Coule la Seine »): grâce, fantaisie, prose agile et métaphore originale, c’est une autre émotion. Un auteur best-seller et qui le mérite — c’est fou, ça.