#1112

Scène de rue:

Une dame, parlant à vois haute et rapide dans son téléphone portable: « pa-ta-ti-pata-ta, il ne faut pas te mettre Marcel en tête parce que blah-blah-blah… »

Son mari, à ses côtés, sourire en coin: « Martel. Ça vient de marteau. »

#1111

Lausanne n’est pas exactement une belle ville. Mais intéressante, ça oui. Sa structure étagée comme dans une vieille gravure d’anticipation, sa pierre verdâtre que l’on croirait tirée de la vase du lac, l’austérité de l’architecture de ses églises, la lourdeur pseudo-médiévale de certaines de ses grandes demeures, la prolifération d’immeubles des années « septante », tout cela concoure à une imaginerie urbaine bousculée, mal fichue mais intrigante. Des passerelles se croisent à toutes les hauteurs, des magasins logent aussi bien au premier qu’au dernier étage, dénivelés obligent.

En fait, Lausanne est ainsi agencée que l’on croirait qu’un jour, quelque géant a tiré la bonde qui bouchait le bas de la ville. Comme un évier se vidant, Lausanne a commencé à tomber en tourbillon minéral vers son point le plus bas, les bâtiments finissant par combler ce siphon. Le fond de l’évier, c’est le quartier Flon, étonnant regroupement d’entrepôts dans un trou au centre de la cité helvête. Quant au lac, par le temps un peu couvert du week-end dernier, il s’étend littéralement à perte de vue, telle une mer où l’odeur vaguement sucrée de la vase aurait remplacé celle, plus vive, de l’iode.

Le séjour fut, comme prévu, très agréable et amical. La nourriture fut excellente (ah, la fondue fribourgeoise!). Je visitai un musée de design et d’art contemporain, avec notamment une très belle expo d’oeuvres en verre. Et puis, révélation: je découvris que les Suisses connaissent un équivalent de la clotted cream anglaise, qu’ils nomment « double crème ». Délice! I’ll be back.

#1109

Journée colis: reçu mes stocks (et expédié les paquets) des deux nouveautés de novembre des Moutons électriques, Les Nombreuses vies d’Hercule Poirot et Les Nombreuses vies de Fantômas. C’est chaque fois la même fébrilité, mais aussi la même fierté, le même plaisir de découvrir mes nouveaux livres. Avec cette fois le piment supplémentaire de ce que le Poirot soit de ma plume (coécrit, comme notre Holmes, avec le formidable Xavier Mauméjean). Et puis, les « Bibliothèque rouge » sont assurément la collection qui me demande le plus de travail, c’est chaque fois une tâche en continu sur un an ou plus, colossale — recevoir le « produit fini » est donc d’autant plus gratifiant. Bref: ils sont vraiment très beaux, if I may say so myself. Et énormes, d’un poids hautement satisfaisant. Ils fourmillent aussi de détails supplémentaires, par rapport aux deux premiers — en particulier, les cartes qui figurent dans les rabats, présentant respectivement Londres et Paris avec les adresses des héros et criminels ayant marqué ces deux villes (cartes dessinées par Letizia Goffi). Allez: en librairie le 17 novembre, sur le site tout de suite!

#1108

Zut: mon rasoir est tombé en panne ce matin. Scrognegneu, je déteste être mal rasé, et là je m’apprête à partir à Lausanne pour le week-end. J’ai bien des Bic et de la mousse, mais ce n’est pas aussi efficace. Enfin, bref. Pas écrit ces derniers jours, pas grand-chose à raconter et pas trop la pêche.

Je suis possessif, très possessif, je le crains. Mangé hier soir avec un couple d’amis bédéastes, Béatrice Tillier et Olivier Brazao, et je me suis rendu compte combien ils me manquent ces dernières années, depuis qu’ils ont quitté Lyon. Je vais donc à Lausanne tout à l’heure, pour loger chez d’autres amis graphistes, Julien Cordebar et Melina Costas, qui eux aussi me manquent depuis qu’ils ont quitté Lyon. Ceci dit, l’occasion est agréable de connaître une ville où je ne suis jamais allé, et d’également y voir un de mes auteurs, Frédéric Jaccaud. Trois jours très plaisants en perspective.