#983

Ces derniers jours, j’ai dévoré avec plaisir l’essai Snobbery with Violence de Colin Watson. Une lecture des débuts du roman policier et du thriller, disons de Holmes jusqu’à Bond, mettant en lumière les rapports de ces littératures populaires avec le contexte historique et les préjugés de leur temps. Mon seul reproche sera que Watson s’était penché (l’essai date de 1971) plutôt sur le thriller, ces masses d’absurdités frénétiques pondues par Edgar Wallace, Phillip Oppeinheim, Sidney Horner ou Sax Rohmer, bien plus que sur le polar de l’âge d’or, finalement, qu’il aurait pu creuser bien davantage et au sein duquel beaucoup plus de finesse aurait déniché toute la saveur d’une époque, plutôt que le seul racisme d’une Dorothy Sayer.

Lu aussi quelques bédés. Notamment le premier épisode d’un nouveau feuilleton par Jouvray, une sorte de SF vaguement uchronique entre rire et grincement, bien dans le style de cet auteur épatant. Intéressant principe de publication en 12 livraisons — dans le cadre d’une nouvelle collection, « 32 », chez les Futuro de Soleil. Après Tardi, le feuilleton serait-il la dernière trouvaille commerciale de la bédé? J’en aime bien le principe, puisque le principal handicap de la bédé franco-belge (vis-à-vis du comics et des mangas) demeure sa lenteur de publication.

Niveau perso, un de mes dessinateurs est réapparu, chic alors. Notre bédé va peut-être avancer, enfin. Mon autre dessineux ne semble plus rien foutre, à mon grand dam: tout le scénario est prêt depuis longtemps. Je désespère un peu de jamais parvenir à être publié comme scénariste bédé. Petite annonce: auteur de SF cherche dessinateur(s)… J’ai deux ou trois scénarii dans mes cartons, abandonnés par les dessineux auxquels ils étaient destinés… Et j’espère avancer enfin, cet été, sur un autre projet.

#982

Ce matin, j’ai rêvé que j’étais devenu producteur de dessins animés.

J’avais décidé de produire une version animée du dernier scénario de film de Jacques Tati. Ça se passait effectivement dans une grande maison toute en lignes droites, vitres et plateaux typique du modernisme, mais en revanche je me demande qui était le personnage, un gros bonhomme tout rond assis dans une chaise-longue, du crâne chauve duquel sortait une sorte de vapeur en cercles concentriques, et des tas de chiffres… En même temps que je produisais ce film, je me trouvais à Bordeaux, où je finissais mes études et était un peu angoissé de quitter cette ville que j’aime. Le rêve se déroulait dans une grande salle toute en béton brut, sans doute une cafétaria de fac, avec ici et là des fauteuils et tables basses très fifties.

#981

Moulu: hier, grand rangement et gros travaux de réaménagement/bricolage. Deux nouvelles bibliothèques, encore… Fallait caser mes multiples polars, la philo et la littérature « sérieuse », plus le stock-tampon des Moutons…

J’suis interviewé ici, tiens.

#980

Ces jours-ci, que je trouve enfin le temps de re-penser au prochain volume de Yellow Submarine, sur les envies d’utopie, je me disais qu’il fallait que je réécrive à Jean-Pierre Hubert pour qu’il m’envoit sa nouvelle, car il avait ommis de le faire.

Et ce matin, une amie m’apprend la très triste nouvelle: Jean-Pierre est mort lundi.

Merde. Je connaissais Jean-Pierre Hubert depuis longtemps, je l’aimais beaucoup, l’admirais en tant qu’écrivains et l’appréciais en tant qu’homme. C’est grâce à Jean-Pierre que j’avais fait mes tous premiers pas dans la vie éditoriale: grand amateur de sa prose, je lui avais demandé un jour pourquoi il n’avait pas réuni ses nouvelles en recueil. Bah, je ne saurais pas choisir mes textes, m’avait-il répondu. Pourquoi ne ferais-tu pas le choix? avait-il aussitôt ajouté. Ensemble, nous avions donc travaillé sur son recueil, je lui avais fait retravailler une petite nouvelle utopiste — celle que, finalement écartée par nous du recueil, je voulais depuis longtemps reprendre dans YS — et écrire une longue et belle novella. L’éditrice, Elisabeth Gille, avait refusé que mon nom apparaisse dans le volume — à l’époque, ces choses-là (devenues courantes maintenant) « ne se faisaient pas ». Toujours généreux, Jean-Pierre m’avait donc payé de ses deniers et le recueil Roulette-mousse fut publié en 1987 chez Denoël, dans la collection « Présence du Futur » — sans mon nom mais qu’importe: je demeure très fier de mon premier livre « pro ».

#979

Le « David C. Code » est bouclé ou peu s’en faut. Incroyable bouquin. Tangerine Dream bip-bip dans la chaîne. Ubik, le scénario arrive mercredi matin. Rêvé cette nuit d’un autobus qui fondait dans une mer de néons. Goût fraise, les néons. Insomnie, ensuite.