Pour un message posté sur ce blogue, combien d’autres pensés, envisagés, mentalement rédigés, mais jamais concrétisés? Il faudrait par exemple que je me décide à broder autour de mon récent voyage parisien. Que je dise le bonheur intense ressenti à la lecture du dernier Murakami (Kafka on the Shore. Du bonheur différent mais non moins intense ressenti à mon début de lecture du dernier Vonarburg. Et idem encore à relire les deux Pagel que je publie fin janvier… Ou bien râler contre les célébrations de la victoire de Napoléon à Austerlitz — quelle indécence, personne ne veut-il se souvenir de quel tyran il s’agissait? Mais enfin… Peut-être un peu de flemme, et puis tant de choses à faire, et puis un invité, et puis… La vie, quoi. Agréable et bousculée.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#894
Lu: Les voitures volantes – Souvenirs d’un futur rêvé.
On nous l’avait prédit, maint et maint fois : en l’an 2000, chacun voyagerait dans des voitures volantes. Hélas, cinq années plus tard, nous ne voyons toujours pas le moindre de ces libres véhicules sillonner nos cieux, tandis que leurs tristes équivalents routiers flambent au bord du trottoir… Que c’est-il donc passé, qu’est-il advenu de cet avenir radieux? L’auteur du bel ouvrage récemment publié chez l’éditeur suisse Favre se propose de nous présenter « une époque dont le futur n’état pas notre présent » — jolie formule, réellement, qui outre qu’elle clôt une introduction superbement rédigée dans un style digne des meilleurs livres d’histoire de l’art, résume me semble-t-il assez bien le sentiment de vertige de l’imagination et de doute sur le réel qui s’est bien souvent emparé de moi à la lecture de ces pages.
Car si elle est née dans la littérature de science-fiction et dans les illustrations qui l’accompagnait, l’idée d’un appareil volant combinant les avantages de l’automobile à ceux de l’avion, a ceci d’étonnant qu’elle est très vite passée dans le domaine du réel. Patrick J. Gyger, actuel conservateur de la Maison d’Ailleurs (le musée de la science-fiction, à Yverdon, en Suisse — une exposition s’est tenue en parallèle de la sortie du livre), se trouvait certainement en idéale situation pour ainsi explorer un concept tenant tout autant du fantasme science-fictif que de la réalisation industrielle (on notera de plus que l’écrivain et grand érudit de la SF Francis Valéry est crédité d’une collaboration à cet ouvrage — en vérité l’essentiel du travail stylistique et cela se voit). Et rarement il nous aura été donné à aller et venir avec autant de talent et de pertinence entre l’histoire de l’esthétique, de la littérature, de l’industrie et de la technologie. En fait, je ne vois guère que le catalogue Scènes de la vie future (sur l’architecture européenne et la tentation de l’Amérique de 1893 à 1960), publié par Jean-Louis Cohen chez Flammarion en 1995, a avoir déjà réussit pareil exercice d’érudition.
Qu’il soit rendu grâce à Gyger et Valéry de nous permettre d’allier des documentations techniques précises aux rêves des images les plus folles, la naïveté des aluminiums fuselés et des lignes futuristes kitsch. Combien d’uchronies pourraient naître de ces pages? Car s’il y a bien une chose qui m’a particulièrement frappé, c’est l’ironique paradoxe des vices du système capitaliste exposé dans les déboires et échecs même des projets les plus avancés des voitures volantes. Chaque fois, il se trouve des actionnaires avides pour saborder le projet par appât du gain rapide, des industriels pressés d’enterrer une invention pour cause de courte vision, des administrations pour interdire une technologie trop nouvelle pour leurs paperasses… Si nulle aerobile, aucune convair, zéro skycar ne survole nos cités, c’est semble-t-il parce que le libéralisme à l’américaine ne permettait pas un tel saut conceptuel et commercial.
Trop rares sont les livres qui, dans le domaine des littératures de l’imaginaire, sortent des sentiers battus et rebattus du format roman: il semblerait que nos éditeurs soient frileux, terriblement conservateurs dès qu’il s’agit d’esthétique. C’est aussi pour cela qu’il convient de louer des initiatives telle que les grands romans de chez La Volte ou ce beau-livre publié sous l’égide de Favre. L’œil se réjouit, le texte se déroule, la nostalgie monte des pages.
#893
Epaté et heureux: reçu ce matin un CD et un bouquin des formidables frères Claerhout. Niveau musique, il s’agit de Claude Monet vol. 2 (1889-1904), deuxième volet de la trilogie sur Monet par XII Alfonso. Niveau livre, c’est Claude Monet, l’oeil et le monde, une bio par François Claerhout des années du peintre à Giverny (1883-1926). Style splendide, je me régale déjà. L’ouvrage en lui-même n’est pas assez esthétique, c’est mon unique bémol. C’est chez ThoT, petit éditeur de la région grenobloise que je connaissais pour ses quelques bédés (ISBN 2-84921-065-X).
XII Alfonso demeure assurément l’un de mes groupes favoris, avec une place très particulière, vraiment intime, au sein de mon environnement musicale. Cette fois, ils partent plutôt du côté du jazz français contemporain, tout en conservant des racines dans le progressive rock, le folk et le Canterbury… N’étant pas critique musical, je ne saurais décrire l’enchantement, le charme, la couleur singulière de XII Alfonso. Cette douceur, cette sophistication, ces petites touches, cette poésie — le groupe des frères Claerhout se situe au premier niveau de mon paysage sonore.
#892
Retour d’un long week-end parisien épuisant mais ô combien passionnant. Les Russes à Orsay, Pierre Matisse, le canal St-Martin, la Promenade plantée, la Mélancolie, Klimt, Marillion… Les termes « vacances » et « effrenées » peuvent-ils cohabiter dans la même expression? En attendant, de bien belles photos de mon « serial-photographeur » d’oncle.
#891
Trop fort, mon imprimeur: dans leur plaquette de pub ils consacrent deux pages à la dématérialisation!
Aussitôt, j’ai pensé « Beam me up, Scotty »…