#784

>> Devon & Cornwall (7)

Plymouth encore — Là où ailleurs pigeons et corbeaux se partageraient l’espace sonore, ce sont d’énormes géolands qui, ici, crient dans le ciel et prennent la pose sur les pignons.

Face aux blockhaus du centre-ville, une grosse église grise, épargnée apr les bombes, pèse sur le décor comme une ancre, avant que le piéton ne glisse à nouveau dans des rues molles à l’organisation devant plus aux dommages collatéraux qu’à un plan d’urbanisme.

Torquay — Rapidemment, trop pour que je puisse prendre quelques clichés de la ville balnéaire qui vit naître Agatha Christie. Dominant une baie étroitement fermée, les collines se couvrent du type de blancs bâtiments au style désuet que l’on pourrait également observer à Biarritz ou à La Baule. Les yachts blancs oscillent sur les flots d’acier brossé, sous les nuées noires.

#783

>> Devon & Cornwall (6)

Plymouth by night — Le désert. Bombardée en 41, la ville s’est dôtée d’un rêve d’urbanisme fifties, du genre à faire passer Le Havre de Perret pour une réussite d’humanisme et le Playtime de Tati pour une dramatique.

Bâtiments bas, très large allée paysagée centrale, lignes simples, cliniques: un rêve, en effet. Sur le papier. Dans la réalité, le pire exemple qu’il m’ait été donné de voir de reconstruction post-war. Un centre-ville stérile, étranglé par une boucle d’autoroute. Avec juste le quartier du port pour tenter de vaguement jouer les attractions touristiques, et ce n’est pas grand-chose.

#781

>> Devon & Cornwall (5)

Truro — Serpentant sous la masse hautaine de la cathédrale gothique de 1900 toute en pierre safran rigoureusement rectiligne, la petite rue commerçante géorgienne offre son assortiment habituel de boutiques franchisées logées dans des maisons anciennes. Que c’est triste, cette standardisation du petit commerce.

Sur la rue principale, une haute maison victorienne domine un carrefour de son faciès en grès pincé. Un salon de thé se cache tout en haut, de style victorien reconsstitué: papier peint à motif classique, lourde bibliothèque pleine d’épais volumes en cuir, et sous les fenêtres hautes et étroites, les serveuses en tablier blanc sur gilet noir apportent les rations de scones, de carot-cake et de cream tea. Aux autres étages, desservis par des portes aussi basses qu’exiguës, des sortes de magasins d’antiquités, le tout tenant autant du musée que de la galerie marchande.

Les touristes assis derrière maman sont de jolies caricatures d’Anglais: la mère a des boucles qui lui retombent le long des bajoues, on croirait qu’elle porte une perruque de juge d’autrefois. Le père au visage rouge est vêtu de gros velours côtelé. Le gars a un drapeau briannique brodé dans le dos de son survêt. Un doute me saisit: sommes-nous caricaturalement français?

Truro

Mouette

#780

>> Devon & Cornwall (4)

Poésie incongrue du nom de certains plats traditionnels anglais: « Angels on horseback » (des anges montés à cheval), « Toad on the hole » (le crapaud dans son trou). Délice renouvelé du cidre Strongbow, à la fois fort et plat, parfumé et piquant.

Voyage avec mes parents: ils se désignent mutuellement, dès que nous sommes sur les routes de campagne, les fleurs poussant sur le bas-côté. Narcisses, jonquilles, lunaires, primevères… La couleur des voitures les interpelle aussi: paraît-il qu’on ne voit plus guère d’autos rouges, en France. C’est ici toujours très largement à la mode, visiblement, au nombre de véhicule férocement couleur pompier qui nous croisent sur les routes étroites. Surprise de teinte, encore, avec deux Nicra rose pâle vues à Exeter.

Sur Dartmoor, d’étranges grilles découpent parfois la surface de la route: des cattle grids, destinées à empêcher le passage des moutons.

Exeter — Rien à déclarer, une cathédrale, pas grand-chose d’autre à commenter si ce n’est que mes parents découvrent le cream tea, et donc le plaisir sensuel de la clotted cream — une gourmandise typiquement anglaise, de la crème très épaisse, entre crème fraiche et beurre.

Exeter