#775

Le piège: Jean et Gino m’ont convié à prendre la suite de cette liste. Argh.

1. combien lisez-vous de livres par an?

Houlà, impossible de répondre! Je n’ai jamais tenu de comptabilité. Et je lis tant et tant… Mieux vaut ne pas savoir, sinon ça (me) ferait peur. Et puis, comme le disait Gino, il y a aussi les bédés. Sans parler des magazines… J’ai actuellement vingt-huit bouquins sur mon étagère « à lire ». Ce qui sera fait d’ici la fin juin, sans doute.

2. quel est le dernier livre que vous ayez acheté?

L’énorme recueil de souvenirs de Nick Mason, sur Pink Floyd. Très beau, passionnant — et sans forfanterie: Mason est étonnament simple et sympa, c’en est même touchant. Cependant… la musique est étrangement absente d’un tel livre. Mason ne s’intéresse qu’aux anecdotes, visiblement pas à l’art.

3. quel est le dernier livre que vous ayez lu?

Un mauvais roman, hélas: « The Mount » de Carol Emshwiller. Vous vous souvenez de la fausse pub des Nuls sur l’Afrique du Sud? Ben ce sont les mêmes prémices: l’humanité considérée comme des montures. Des ET nous ont envahis et réduits à l’état de chevaux pour les porter. Oui, bon. C’est plat, ennuyeux, linéaire, pas spécialement bien écrit. Cette autrice est une formidable nouvelliste, mais alors pour ce qui est d’un roman….

4. listez 5 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement appréciés.

« Adieu à Berlin » de Christopher Isherwood. N’importe lequel des recueils de nouvelles de Sherlock Holmes, de Conan Doyle. N’importe lequel des romans sur l’Homme aux orchidées, de Rex Stout. Les deux Zorglub par Franquin dans les « Spirou et Fantasio » (on va les compter pour un, d’accord?). « Colline » de Jean Giono.

5. a qui allez-vous passer le relais (3 blogs) et pourquoi?

Oups. Je crois bien que les quelques bloggeurs que je connais ont déjà répondu…

#774

Quart d’heure de célébrité? Guère: pas même une dizaine de personnes, hier en fin d’après-midi, pour ma « rencontre-dédicaces » à la Fnac de la Part-Dieu. Pas encore cette fois-ci que je vais pouvoir prendre la grosse tête. Too bad. En soi, cet entretien public fut plutôt agréable malgré tout — sans doute aimè-je trop parler pour ne pas apprécier de le faire, fut-ce pour aussi étique audience. Le journaliste connaissait son affaire, c’est même un gachis de talent. De manière amusante, il était le portrait tout craché d’Angelier, un Angelier plus jeune. Dans le public, l’inénarrable Paul, et un vieux copain/client qu’il est agréable de revoir, Arnaud. Du coin de l’oeil, je vois passer en fond de salle un dessineux de ma connaissance, la libraire sympa du rayon SF, et mon ex-boss. Trois signatures, c’est plié.

Pour poursuivre dans cette soirée dérisoirement mondaine, je file ensuite en ville, à la librairie branchée « Le Bal des Ardents ». J’aime bien cette boutique étrange, qui ne vend que du bizarre, des bouquins de design un peu zarb, des bouquins de cul sophistiqué, d’ésotérisme intello (où ailleurs trouver l’intégralité du catalogue de chez Jérôme Millon?), de bédé invendable, de littérature culte…

Mes copains des éditions Tanibis y avaient organisé une expo-dédicace d’Ivan Brun, pour l’album qu’ils viennent de publier. Presque tous les branchouilles de ma connaissance s’y trouvaient réunis, piétinant sur le plancher grinçant: Ambre, Lucas Méthé, Markus Leicht, le bibliothécaire Henri, Aurélien, Claude, Sam of course… Une bonne occasion pour tenter d’arracher une collaboration de ce fainéant de Lucas à Fiction, ainsi que deux crobards à Ambre pour un autre projet. Aux murs, les planches sont belles. Les tableaux ne me plaisent guère, du réalisme social à deux balles. Blah-blah, potins, points de vue. D’une prof des Beaux-Arts, Ambre s’exclame « ah oui, typique le genre artiste! » — fait-il avec une imitation parfaitement bien vue: j’adore, on trouvera toujours moyen d’out-snober les snobs! Une tête grise ne fait que passer, Chomarat, grand ponte culturel local.

En rentrant, je me fais accoster dans un couloir de la station Charpennes: un graphiste qui m’a entendu discuter lors de l’expo, et voudrais proposer aux Moutons électriques les travaux de son groupe d’illustrateurs — well, why not?

#773

Contributions de Thomas Day (auteur du roman Resident Evil) à un nouveau Dictionnaire des idées reçues:

ESTHETIQUE: « Remarquons pour finir que l’objet-livre est inattendu mais plutôt séduisant (à dire vrai, trop pour être commercial) ».

LECTORAT: « Le gros des lecteurs actuels de SF/fantasy — qui veut de l’aventure et de l’action (réalité du marché, s’il en est) ».

#772

Le travail fatigue, même lorsqu’il est très plaisant, et c’est bien une des contingences humaines les plus ridicules. La fatigue qui pique les yeux, lance de vagues douleurs dans le dos, rend las alors même qu’on n’a pas envie de dormir, alourdit jambes et bras, enbrume la tête… Sans aller dire avec Coluche que le travail est mauvais pour la santé (« La preuve, il y a même une médecine du travail »), disons qu’il faut parvenir à équilibrer le temps de travail et celui de repos, ce qui n’est pas forcément aisé lorsque l’on travaille chez soi — et que le boulot à avancer est en quantité importante, rapport à ma semaine prochaine de vacances dans le sud de l’Angleterre! (J’aime bien ce « rapport à », langage de gendarme de bédé) Les trouble du sommeil n’arrangent rien. Et dormir m’est rarement facile. Mais enfin, bien sûr, je ne me plains pas de ma situation: je suis heureux de faire ce que je fais. Sur cela, pas de doute. Pourtant, la plupart des fins de journée me trouve fatigué, d’une grande lassitude qu’une douche ne transforme guère qu’en sorte de relaxation piquetante, comme une vibration en sourdine dans tout le corps.

Il y a la fatigue de l’écriture de fiction: la tension de l’évasion en soi, de l’attention aux détails, du ressenti des atmosphères à rouler sur une langue méditative. Il y a la fatigue de l’écriture d’essais et de chroniques: l’effort de regroupement des idées, la frustration de la nécessaire densité (que j’aimerais avoir la place de m’étendre, de disserter longuement), les limites personnelles, les limites contextuelles. Il y a la fatigue de la traduction, plus mécanique, entraînée par les rouages d’un texte qui ne vous appartient pas. Il y a celle aussi de la maquette, entre excitation et minutie, avec la lenteur informatique et le scintillement de l’écran. Il y a celle enfin de la (re) lecture, des textes proposés et des traductions à vérifier, où l’attention doit être aiguë, alors que ronronne toujours le monologue intérieur.

Pour paraphraser une formule d’Assouline, j’écris parce que je n’ai pas la force de caractère de ne pas le faire. Reste à savoir pour qui j’écris. La solitude tend souvent à me submerger, cette solitude constante qui est le joug contre lequel je dois lutter en permanence. Il me faut tout le temps me réconcilier avec moi-même, me supporter avec mes impatiences, mes doutes, mes crises d’angoisse, mes désirs lancinants, mes amusements, mes ricanements, mes éblouissements, mes tensions, mes éparpillements, mes lassitudes… Comme le disait l’assassin Lacenaire, dans Les Enfants du Paradis: « Les fous, ils me disent de surveiller mes fréquentations et ils me laissent seul avec moi-même! ». Un « moi-même » biaisé sur ce blog: seul mais parlant à d’hypothétiques autres, supposant le monologue égoïste d’un journal intime alors qu’il s’agit en fait de penser à haute voix, donc d’être un peu entendu.

#771

Ce que je regrette, dans cette campagne référendaire — outre le fait que l’on nous interroge sur un texte que l’on ne nous fournit même pas, ce qui me semble assez… paradoxale, disons — c’est particulièrement que le camp du « oui » soit si peu explicite, ne développe, me semble-t-il, que peu d’arguments constructifs et pédagogiques. Quel équivalent oui-ouiste aux longs dossiers documentés de l’Huma sur le « non »? Et ce n’est pas l’abominable politologue d’i-télé (chaîne que j’aprécie beaucoup, par ailleurs), Dominique Régnier, qui risque de me convaincre, lui qui ne manie guère que l’invective et le culpabilisme.

Heureusement, un gentil lecteur vient de me fournir l’adresse d’un blog pro-oui très intéressant, de commentaire sur la constitution et le référendum.