#745

>> Mini pelote de liens

Des éléphants de la taille d’un poney, des rats géants et de petits dinosaures, en compagnie d’humain de l’espèce Homo floresiensis, ne mesurant qu’un mètre? Ce n’est pas le casting d’un nouveau comics pour enfants, mais une étrange et assez révolutionnaire découverte scientifique

La manière dont Hollywood s’est entiché de Philip K. Dick ne cesse de me surprendre — mais moins que les contorsions qu’ils font subir à ses textes. Toujours est-il que dans le genre surprenant, A Scanner Darkly (en français Substance mort) se pose un peu là… Mais Keanu Reeves jouera-t-il moins mal en animation? Sans doute pas.

#744

Regardé hier soir le film Sky Captain and the World of Tomorrow. La claque! Enfin, le film… Ce n’est pas vraiment un film mais carrément plus un dessin animé, mais peu importe — ou plutôt, au contraire, tant mieux, vu comme j’adore les DA! Et celui-ci est somptueux. Je l’ai vu sur l’ordi, donc je ne sais pas comment ça passe agrandi en colossal sur l’écran d’un ciné (mais j’espère avoir l’occasion d’aller le constater, si on nous le sort enfin!), mais là je l’ai trouvé superbe, vraiment! Incroyable. Du pur steampunk, dans une esthétique d’affiche années 30. Un immense bonheur visuel d’un bout à l’autre.

Et le scénar, me direz-vous? Sympa: pure action, à 100 à l’heure, avec juste un ou deux cahots au passage, de l’humour et une bonne grosse dose de naïveté volontaire pour faire style, car après tout c’est du pulps! Mais pas stupide: on n’insulte pas l’intelligence du spectateur. D’ailleurs, la preuve: ça a fait un flop… Tout y est, des dirigeables, des robots géants, des robots pas géants, des machines volantes incroyables, des savants plus ou moins fous, un pistolet à rayon, des gros boulons, une île cachée, un royaume perdu d’Himalaya (rien de moins que Shangri-La), des dinosaures, une grosse fusée, une quasi apocalypse… C’est too much et c’est pour ça qu’on aime — en plus de l’esthétique renversante.

Je n’en reviens pas encore.

#743

Ce matin j’ai rêvé qu’il avait neigé et que les toits étaient blancs. Déception, ce n’était pas le cas. Mais la réalité vient de rattraper mes songes: une bonne bourrasque et tout est effectivement blanc.

L’envers de la médaille: je commence à avoir très sérieusement la crève. Brrr.

Suite des lectures: World’s End par Mark Chadbourne. Une énorme fantasy urbaine, premier tome d’une série. Lecture de commande, mais très agréable: Chadbourne parvient avec une apparente facilité à prendre les outils de la fantasy urbaine pour en faire une vaste fresque épique, il fait usage des légendes britannico-celtes sans que cela soit handicapant pour un lecteur non avertit (tous les élements étant adroitement expliqués), il a un vrai sens de la psychologie, un vrai sens du suspense bien sûr, en dépit de l’épaisseur du volume il n’y que peu de vraies longueurs, et stylistiquement c’est excellent, de la superbe prose anglaise.

Il me semble que Chadbourne a véritablement trouvé le moyen de transformer la fantasy urbaine (pas forcément toujours très commerciale) en un genre hautement best-sellerisable. World’s End est une sorte de Robert Jordan contemporain, un Charles de Lint aux hormones, puissant et captivant, empli d’horreurs et de merveilles. Sa grande force vient sans doute du fait qu’il est anglais: ainsi, sa fantasy prend sa source à de véritables légendes, dans le pays qui les a toujours nourrit, et plonge ses racines dans un véritable tissu urbain et rural à l’histoire très longue – par opposition aux autres auteurs de fantasy urbaine qui, américains, laissent toujours une vague impression de superficialité/manque de profondeur historique et mythique vécue. Ici, l’horreur est palpable, les sortilèges et la magie aussi, par le biais d’une langue anglaise imagée et forte, renforçant l’effet de réel loin du style américain mou et utilitaire habituel en fantasy commerciale. Du nec-plus-ultra de littérature populaire, qui m’a rappelé les Stephen Gallagher d’antan.

#742

Badaboum… J’ai pas plutôt fini de bosser sur les trois prochaines parutions des Moutons électriques qu’aussitôt je m’ensevelis sous une pile de bouquins – on ne se refait pas! La lecture me manque très très vite…

Alors, lus: Pereira prétend d’Antonio Tabucchi – court, prenant, intéressant. Un vieux journaliste pépère dans le Portugal des débuts du salazarisme se retrouve plongé dans la cruelle actualité politique de son époque… Parfaitement linéaire, très vite lu, un roman-coup de poing, en quelque sorte. Poignant comme un film de Visconti.

Elantris de Brandon Sanderson. Une daubette de fantasy commerciale, quelque part du côté de Feist avec des souvenirs de Zelazny, c’est sympa mais ça ne casse pas trois pattes à un canard. Lu pour un éditeur, of course: pour moi-même je ne lis plus depuis un bail ce genre de littérature populaire gentillette, j’en ai trop bouffé il y a quelques années. Et d’ailleurs, je me rend compte qu’après avoir bossé comme un forcené, avec une passion dévorante, sur les littératures du merveilleux ces dernières années, maintenant je me sens prêt à revenir à la SF – sans cesser de lire de la fantasy, bien entendu, mais en réinvestissant mon vieil amour de la SF en général et de la « speculative fiction » en particulier.

Je précise « speculative fiction », parce que primo je viens d’essayer de lire le dernier Roland C. Wagner et me suis franchement barbé, c’est imaginatif et bien écrit mais tellement ringard, je ne peux plus lire de space op! Le Temps du voyage est pourtant très beau, mais je ne parviens plus à « suspendre mon disbelief » pour ce genre de fictions trop éloignées du monde. Et secundo, parce que j’ai commencé à bosser sur un essai sur « la modernité de la SF », où avec mon co-auteur Raphaël Colson nous allons défendre exclusivement le versant « intello » de la SF – celle que j’aime!

Dans ce style, l’orgasme c’est la lecture de « Cloud Atlas » de David Mitchell – quelle pyrotechnie! Je viens de voir qu’il était nominé au Nebula, c’est chouette car Mitchell est publié hors-genre. Paraît d’ailleurs que son premier, tarduit chez l’Olivier, a fait un flop: c’est déjà nettement moins chouette. Beau aussi, dans un autre style: Roma Eterna du grand Silverberg, somptueuse approche de l’uchronie.

Et puis lu hier soir le nouveau Lewis Trondheim, Désoeuvré. une réflexion sous forme de journal sur l’éventuelle perte de talent avec l’âge, l’apparente difficulté pour un bédéaste de rester « au top » lorsqu’il vieillit. J’ai souvent entendu cette remarque, et le cas d’un grand monsieur comme Franquin, frappe bien sûr. Lewis cite Charles Schultz comme contre-exemple: bof! Dans ses dernières années, l’auteur des Peanuts ne faisait plus que se répéter machinalement, et niveau dessin c’était l’horreur (j’avais vu des planches originales: afin de compenser ses tremblements, Schultz dessinait en immense, ainsi ses traits tremblotés ne se voyaient pas trop en tout petit). Pour moi, le contre-exemple flagrant est Will Eisner, plutôt! S’étant arrêté de dessiné durant presque un an, Lewis s’interroge sur l’inspiration et le renouvellement — en compagnie de Ptiluc, de Gotlib, de mails de Delporte et d’Harry Morgan, et de nombreuses conversations. C’est intelligent, drôle, touchant, pas nombriliste ni vain — de l’excellent Lewis, brillant comme on l’aime. Un essai en dessin, que voilà une belle idée.

#741

>> Hors jeu (3)

Ancien relai de poste fondé en 1856, cet hôtel « Touring Continental » est le projet de vie d’un charmant vieux monsieur, plus soucieux d’échanges humains que de gros sous. Ce qui nous avait semblé glauque le soir acquiert au jour le charme fragile d’un lieu singulier, un labyrinthe étrange dont la magie particulière entre à cet instant précis, ce matin cristallin, en résonnance avec le calme blanc, la légère excitation d’une ville transformée en cité nordique par le grésil floconneux et l’emprise neigeuse.

It cames from Ugo’s room:

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Luxe, calme et volupté:
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Le ciel se fond avec le sol, en un éclat atone, gris-blanc de la chaussée, gris-blanc des nuées.

La longue facade crêmeuse de l’ancienne Manufrance vibre face au phallus anthracite du planétarium — de cette vibration des choses immobiles dans la lumière saturée du mauvais temps ou du crépuscule. Nous sommes en fin de matinée et cependant c’est comme si le soleil se couchait. Les ombres longues, les tons feutrés, avec par-dessus les toits un couvercle bouché de neige. Puis soudain, tout s’éclaire, l’azur déchire les nuages, le macadam brille: l’heure du départ est aussi celle de l’éclaircie. À la gare, les rails sont de noires aiguilles filant au sol, tombées de l’horloge que la SNCF n’utilise visiblement plus.

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