#740

>> Hors-jeu (2)

Bon, en même temps on peut être moins indulgent et considérer qu’un salon de ce genre n’est jamais qu’une réunion de gamins,d ‘inadaptés sociaux et de dérisoires grands enfants — ou du moins serait-ce le regard qu’y porterait un observateur normatif. Pour ma part, j’avoue toujours hésiter dans mon point de vue sur ce genre d’événements: être accablé par l’impression de futilité? Rire du ridicule? M’attendrir pour la passion? Une seule certitude en définitive: la moutarde du hot-dog est si forte qu’Ugo en a les oreilles qui saignent.

Si, une autre certitude: ce salon est, en ce qui concerne les trois écrivains présents (Anfosso, Bellagamba et Ruaud), un échec complet. Zéro vente, personne n’en a quoi que ce soit à faire de nos bouquins non ludiques, et… nous nous ennuyons ferme! Du coup, Ugo nous persuade d’aller au planétarium en face, mais même cette distraction s’avère bien décevante. Présentation plate et simpliste annonée par un animateur pas au point, puis projection d’un DA très vilain, en 3D grossière, et qui plutôt que de concerner directement le ciel se perd dans des fadaise ésotériques d’autant plus choquantes que nous devrions nous trouver dans un lieu de science. Le planétarium de St-Etienne confond astronomie et astrologie: désolation.

Après le salon de Bagnols-sur-Cèze d’il y a quinze jours, je me dis que décidément il ne faut pas que j’accepte de me déplacer pour ce genre de petits (non-) événements locaux — en tout cas, pas sans être rémunéré. Ne même pas parvenir à vendre un recueil de John Howe ou un Panorama dans un lieu empli d’un public qu’on pourrait croire sensibilisé à la fantasy à quelque chose de désolant… *sanglot nerveux*

Nous sommes, littéralement, hors-jeu. L’activité ludique a un aspect autiste, renfermement sur un eptit groupe autour d’un plateau, qui s’oppose à l’ouverture/curosité nécessaire sur uns alon rpésentant des stands. Le soir venus, nous nous carapatons donc pour aller passer des moments chaleureux avec des copains stéphanois. Ç’aura finalement été la véritable réussite de ce déplacement sur St-Etienne: les appartements immenses de Fab et d’Annie, les rues et les places transfigurées par la neige (St-E ou Vladivostock?), la nourriture rustique et solide du resto, les bols de cidre, les échanges, la malice du petit Alain, les fous-rires, toute cette amitié. Quant à notre hôtel, après un vrai moment d’inquiétude par rapport à son apparence vétuste [reportage photo une fois prochaine!], il s’avère en fait aussi confortable qu’il est excentrique.

Fauriel

#739

>> Hors-jeu (1)

Non seulement j’aime les hommes jeunes, mais en plus l’expérience m’a moultement (et souvent assez douloureusement) démontré que ceux qui me plaisent sont plutôt hétérosexuels. Double raison à cela: statistique, forcément (un homo qui refuse la pratique du ghetto se condamne à ne fréquenter en majorité que des garçons hétéros) et esthétique aussi: ainsi que le prédisait Michel Foucault, la focalisation excessive sur une « identité homosexuelle » a conduit à un manque de plasticité de la manière de se montrer gay dans la communauté, et donc à certains codes, certains « looks » qui ne sont vraiment pas dans mes goûts — classiquement éphèbe/boy next door.

Pour ma vie, j’aimerai bien construire un trajet conforme à ce que Foucault disait des stoïciens: « d’avoir une belle vie et de laisser le souvenir d’une belle existence ». Las, force est bien d’avouer que c’est nettement plus sur le modèle ascétique que je survis depuis de (trop) longues années: pas de vie sexuelle, si ce ne sont quelques aventures/cohabitations sur divers modes, toutes terriblement brèves et désormais si lointaines qu’elles me semblent relever plus de la légende dorée que du vécu. Mon rapport aux garçons n’est donc fait que du simple jeu de l’admiration et, lorsque l’occasion s’en présente, du dialogue/complicité.

Ainsi, montant l’escalator qui menait au quai où je devais prendre le train pour St-Etienne samedi matin, tout de suite vis-je un éphèbe au physique agréable, les cheveux en pétard lui tombant sur les yeux, le visage éclairé par un nez fin et un regard clair, la taille étroite dissimulée sous l’élégance d’une veste longue à la Matrix, les doigts couverts par quelques longues bagues « goth ». Nos regards se croisant plusieurs fois, nous engageons la conversation et, comme je le supposais, il s’agit bien d’un joueur qui se rend à la convention de JdR où j’ai été invité à tenir stand.

Quelle idée, d’ailleurs, que d’accepter d’encore « perdre » un week-end sur un salon? Cette fois, en dehors du vague espoir de vendre quelques bouquins des Moutons électriques, ma motivation est de voir l’ami Bellagamba, également invité — et les autres copains stéphanois. Et puis je me suis dit que l’observation de la faune d’un tel événement pourrait être intéressante — sans jugement de valeur: en fait, sans partager du tout leur passion pour le jeu, je trouve très sympathique la passion des joueurs. Quant à la pratique du déguisement, je ne la trouve pas sans charmes: ne s’agit-il pas, dans un cadre dont les codes l’admettent, d’acquérir une liberté esthétique, de réinventer une image de soi selon des normes plus souples et plus créatives que le prêt-à-porter quotidien?

Bien sûr, m’attriste un peu la schizophrénie de cette attitude: de même que notre société « permissive » ne permet en fait de s’affirmer gay que dans les limites d’un ghetto caricatural, tous ces jeunes gens ne s’habillent-ils ainsi et ne vivent-ils leur passion du jeu que dans un cadre très limité. Ce petit jeune au nez en trompette met-il son chapeau haut-de-forme dans la rue? Peut-être. Mais à coup sûr ce mince ado ne sort-il pas avec un diadème sur le front. Non plus que ce mignon rouquin en uniforme de Starfleet et oreilles pointues de Vulcain. Et je ne cite ici que trois garçons dont la plastique m’a séduit — afin de ne pas m’apitoyer sur le phénomène aussi triste qu’habituel des otakus. Dans notre démocratie excluante et normative, « l’obsession du normal engendre des monstres » (J.C. Monod, La Police des conduites): la société distribue les singularités dans des hiérarchies instituées.

train-neige

#737

>> En direct de la bergerie (5)

Week-end de bouclage. Tandis que j’entre dans la maquette les corrections d’Acide organique, le recueil de David Calvo, effectuées par Joëlle Wintrebert (loué soit son nom), l’ami Gianji Régnier bûche au petit bureau en face de moi sur la relecture/correction des épreuves de Fiction tome un.

Ce midi, petite réunion d’une partie de la rédaction de Fiction: whisky et Gigondas, mais aussi boulot (un peu).

Bientôt la fin du marathon…

Gianji

#736

>> En direct de la bergerie (4)

Une nouvelle acceptée par Francis Valéry pour CyberDreams, chouette — mais pour quel éditeur?! Faut aussi que je retouche une nouvelle pour l’antho de Loevenbruck chez Bragelonne. Bouclé Sunk, déjà chez l’imprimeur, ouf. Presque terminé Acide organique et Fiction, pffou. Fatigué.