#35

Lu: Et si c’était vrai… de Marc Lévy. Il paraît que ça a été un grand best-seller l’an dernier, traduit dans plein de langues. En tout cas, il est vrai que je l’avais remarqué par sa parution en poche américain. Son argument m’avait séduit: un beau jour, un jeune homme vivant à San Francisco trouve dans le placard dans sa salle de bain… une femme! Une femme qui s’étonne et s’émerveille qu’il puisse la voir. Une femme qui disparaît et reparaît comme elle veut (enfin, plus ou moins… Son appréciation des distances laisse encore un peu à désirer…). Une femme dont le corps reposerait, d’après elle, dans un hôpital à l’autre bout de la ville, dans un état de coma profond.

Le fantôme d’une non-morte? Voilà qui me semblait une idée cocasse & intéressante. Le résultat? Mitigé… Le principal problème, dans ce petit roman, c’est son style. Ou plutôt: sa totale absence de style. Marc Lévy écrit avec une complète platitude, en glissant des anglicismes où il ne devrait pas y en avoir, en faisant des jeux de mot typiquement français là où les dialogues seraient censés être en américain… Et parlons-en, des dialogues: ils sonnent faux, trop souvent. Quant aux grandes tirades moralisatrices, oh l’horreur…

Et pourtant, j’ai lu Et si c’était vrai… d’une traite. Bon d’accord, un peu en diagonal, en zappant les passages longuets & ridicules. Mais cependant, Marc Lévy tenait un bon petit quelque chose, avec son idée… Et ses personnages sont attachants… Et la situation est gérée sans outrances ni larmes à l’oeil… En résumé: si l’auteur avait bénéficié du travail d’un véritable directeur littéraire, quelqu’un qui se soucie de faire de la littérature et pas seulement des gros sous (Et si c’était vrai… paru d’abord chez Laffont et a été réédité chez Pocket, ça situe le niveau: du calibré Vivendi), le résultat aurait pu être vraiment chouette. En l’état, on a un petit roman fantastique qui louche vers Alan Brennert & Jack Finney mais sombre plutôt dans l’Alexandre Jardin ou le Bernard Werber… Sympa, mais inaboutit.

#34

Je suis écoeuré.

Passé le choc de l’acte terroriste, sa monstruosité dépassant presque l’imagination, et en tout cas l’entendement, que reste-t-il?

La manière révoltante dont la télé gère l’info et les images. Une manipulation médiatique qui n’a d’autre but que de nous atteindre émotionnellement, nous faire craquer! Presque pas d’information: plus qu’une sorte de vaste chantage affectif…

Je suis écoeuré par ce matraquage… Et que je te baratine sur les minutes de silence, et que je te tartine sur l’émotion mondiale, et que je te ressasse les images insoutenables, et que je te recherche tous les témoignages les plus poignants, les plus larmoyants, les plus éprouvants…

Je ressens une véritable nausée à l’idée d’allumer la télé pour le journal de 20h (et en cela, je retrouve un sentiment que j’avais éprouvé lors de la guerre du Golfe)…

Il ne s’agit plus que de propagande. C’est déloyal, inique, indécent, révoltant — et terriblement dangereux.

#33

Et pourtant la vie continue.

Dérisoire, sans doute, mais nécessaire. Cette nuit j’ai mal dormi — simplement parce que je devais conduire ce matin ma chatte, Nina, chez le véto afin qu’il l’opère. Idiot, n’est-ce pas? Si peu de chose… Et cependant, j’ai hâte de récupérer la petite bête, en fin d’aprés-midi…

Et côté lectures? Je continue The Spell d’Alan Hollinghurst, de la littgen gay. Avec un intérêt certain pour les personnages, mais un agacement non moins certain quant au style de l’auteur: c’est incroyable d’être aussi petitement méchant, cruel. Ce mec ne donne vraiment pas l’impression d’aimer ses personnages (qui pourtant sont bien vivants, touchants — même ce petit con de Justin —, et auxquels il s’est intéressé durant plusieurs années), et son approche de la vie me sidère par sa mesquinerie: il note tout le temps des petits travers humains, y porte une attention à la loupe tandis qu’il ne révèle jamais directement les très nombreux aspects positifs de l’existence… Tant de minutie dans les détails négatifs me fatigue un peu. Je ne comprends pas non plus comment un des critiques cités en couverture a trouvé le moyen de juger ce roman « funny »? Attachant, singulier, oui, mais pas drôle, ça non…

#31

Bon OK, je triche un peu cette fois: ce soir, fiche de lecture d’un roman que j’ai lu il y a déjà un petit moment… Mais je viens de retrouver mes notes — et puis il a été traduit en français, depuis. Lord Démon, par Roger Zelazny & Jane Lindskold (chez Denoël, collec « Lunes d’encre »).

Kai Wren est un démon — mais sa passion, c’est la création de bouteilles véritablement uniques, des structures magiques en verre soufflé ayant la capacité de tordre l’espace et d’abriter des mondes confinés. Kai Wren (aussi connu sous le sobriquet de « Lord Démon » parce qu’il a tué autrefois un puissant dieu), vient juste de terminer une nouvelle bouteille, à laquelle il travaillait depuis quelques siècles, lorsqu’il apprend que son fidèle serviteur, un humain d’origine irlandaise, s’est fait tuer. Vivant dans une dimension parallèle à la Terre, ceux que l’on nomme les démons sont des êtres à la magie puissante — mais ils ne rechignent pas à passer de temps en temps sur la Terre, afin de goûter aux charmes d’une culture (en particulier celle de la Chine antique) qui les a profondément influencés.

Se remettant mal du chagrin d’avoir perdu son serviteur (et unique ami), Kai Wren passe sur Terre pour observer un maître du maniement des cerfs-volants, Li Pao. Le vieil humain prenant sa retraite, Kai Wren lui propose de reprendre ses cours — et commence à le guérir subrepticement, cependant que l’amitié né entre l’homme et le démon. Mais l’enquête de Kai Wren sur le meurtre de son serviteur est loin d’être terminée, et a des répercussions inattendues: brutalement dépouillé de ses pouvoirs, Kai Wren va se retrouver dans la peau d’un simple humain, enfermé dans un asile psychiatrique.

Roman posthume (achevé par Jane Lindskold après la mort de l’auteur, son époux), Lord Démon est pourtant bel et bien du pur Zelazny. Tout y est: les dimensions parallèles, les conflits familiaux, le personnage principal sinon amnésique du moins mentalement manipulé, l’intrigue menée tambour battant, l’humour léger… Le charme opère toujours, aussi entraînant que dans les premiers volumes du mythique cycle d’Ambre. Certes, il y a de-ci de-là quelques menues sottises irritantes, mais dans l’ensemble cette ultime oeuvre se tient admirablement bien, c’est de l’aventure parfaitement enlevée, servie par un style subtil. De la bonne fantasy, au cadre assez original.