#2205

Depuis le temps que j’y songeais: fini de rédiger la première de mes promenades/guides, pour le Bibliothèque rouge sur Londres. Loué soit Google Earth, qui permet de tout vérifier et de refaire les trajets virtuellement: un plaisir! Boulot énorme, en tout cas — cinq jours pleins! Et près de 40 000 signes. Cette balade part de la gare de St Pancras et va zigzaguant jusqu’à Charterhouse Square (près de Barbican). Rimbaud, Lénine, Machen… et Hercule Poirot. L’une de mes satisfactions, c’est d’avoir découvert que les bâtiments que j’avais trouvé chouettes, au cours des années et des parcours, sont tous classés et ont chacun une histoire fort intéressante. Merveille du web, le site British Listed Buildings dit tout. Allez, deux autres balades à rédiger: sur les traces de Sherlock Holmes, et au long de la Tamise semi-champêtre (de Richmond à Hammersmith).

#2204

Je lis aussi (merci Julie) Promenades anglaises de Christine Jordis, beau recueil en bonne part psychogéographique et en tout cas géographico-littéraire. Oh, que de la bonne vieille « culture officielle », bien sûr, rien que du sage et du fermement reconnu, mais l’auteur en parle superbement.

Contre la conviction d’être damné, contre la sensation de glisser dans la folie et l’obsession du suicide, De Quincey avait trouvé un remède : la marche. Peut-être est-ce aussi la continuité de la marche, un pas enchaîné à un autre, de façon sûre, inévitable, lorsque cet exercice est poussé jusqu’à l’automatisme et que le corps prend le relais de l’esprit, peut-être est-ce ce mouvement pur qu’il faut entendre passer dans ses textes. J’aime à me représenter De Quincey, étudiant évadé, philosophe de la rue marchant dans Londres indéfiniment et « méditant sans cesse à travers le tourbillon de la grande cité ».

#2203

Vendredi dernier, j’ai bossé toutes fenêtres ouvertes tellement le printemps. Oui, tellement le printemps. Aujourd’hui, pas d’ouvertures: ciel gris-gris, humidité, ces deux dernières nuits ont été d’une pluie battante, qui grésillait sur les murs de ma chambre au pignon de l’immeuble. Mal dormi, peu dormi, pourtant je pense que mon récent coup de fatigue tend déjà à s’atténuer. Ce week-end j’ai rédigé trois chapitres de Hercule Poirot, une vie, ils sont chez le professeur Mauméjean pour l’étape de révision/complément, ça nous en fait quatre déjà. Si tout va bien, je devrais me plonger dans le vif du sujet ces prochains jours — dès que j’aurai fini de rédiger ma promenade londonienne d’Argyle Square à Clerckenwell Green, car je retournes à Londres en fin de mois et aurais certainement besoin d’en tester une dernière fois certains détails. Les deux Bibliothèque rouge sur Londres et Paris avancent à grands et passionnants pas. J’ai embauché Alexandre Mare pour co-diriger le second. Nicholas Royle vient de me donner l’accord de faire traduire sa promenade à Paris sur les traces de Topor ainsi qu’un article inédit sur Londres. Le vol d’un hélicoptère vient de gronder au-dessus de mon quartier, une moto grommelle dans la rue. Je lis Mimosa de Vincent Gessler après une trilogie de space op gauchiste par Ken McLeod, le cinquième et dernier Gail Carriger et quelques belles bédés de Jean-C. Denis.

#2202

La dernière fois que je me suis pris la tête avec la responsable du bureau de Poste à côté de chez moi (bureau où je vais désormais le moins possible, le boycottant au profit d’un autre, un peu plus lointain mais nettement plus correct dans sa « relation clientèle »), cette dernière fois, donc, il y a bien six mois, je m’étais dit sur le chemin du retour qu’avec des gens comme cela les suicides n’allaient pas tarder à s’aligner, France Telecom like. Hélas j’avais vu juste et 4 cadres de la Poste se sont donnés la mort ces dernières semaines. C’est le règne des « hommes en gris », les managers aveugles et sourds, chargés de détruire le service public, ceux qui rendent misérable la vie des postiers et ont fait de la Poste un véritable ennemi de ses usagers, une plaie de tous les jours pour une entreprise comme la mienne. « C’est si petit que ça me fait vomir tout les matins », comme disait justement ce matin mon copain Sanahujas.

Et l’autre jour je suis revenu de ma Fnac locale le moral un peu en berne, par empathie avec ce que vivent les libraires de cette enseigne: une responsable a décidé de changer tout le monde de rayon, hop! Du coup, les vendeurs hyper compétents se retrouvent dans des secteurs où ils ne sont nullement compétents, les rayons qui cartonnaient se retrouvent entre des mains qui n’y connaissent rien, tout le monde se sent en situation d’échec ou, au mieux, de frustration, une fille n’arrête pas de pleurer, enfin bref: encore du managérial imbécile et cruel, du genre qui va finir de couler cette enceinte déjà fragilisée. Et menace de planter l’un des plus forts rayons SF/fantasy de France, au passage. Et youpi.

#2201

Au début de son recueil The Club of Queer Trades (Le Club des métiers bizarres), G. K. Chesterton évoque un juge qui perdit l’esprit et qui, recevant le témoignage du Premier ministre, lui déclara en guise de sentence: « Get a new soul. That thing’s not fit for a dog. Get a new soul. » Allez savoir pourquoi, cela m’a fait penser à notre actuel président-candidat.