De même que j’aime beaucoup les versions illustrées de livres, j’aime également les adaptations filmiques — qui fonctionnent pour moi moins comme des oeuvres autonomes (alors que la critique à tendance à ne parler que du film, comme s’il ne s’agissait pas juste de l’ombre portée par un roman) que comme des illustrations — des illustrations qui bougent. Et ainsi, j’aime beaucoup regarder des versions différentes de certains de mes romans favoris: les Jane Austen, bien sûr, que la BBC ne cesse de retourner et re-retourner (j’ai un nouvel Emma à voir), mais aussi Retour à Brideshead d’Evelyn Waugh, dont j’avais vu l’adaptation télé il n’y a pas très longtemps, très belle, et dont j’ai regardé hier soir la version ciné — superbe aussi, et intéressante dans la manière dont elle reconstruit l’exposé de l’intrigue. L’intelligence et la droiture de Charles Ryder, le tragique destin de Sebastian Flyte, la sensualité, le quant-à-soi britannique, la beauté de Venise, la perversion catholique, tout est admirablement rendu, animé, et jusqu’à la musique qui concoure à restituer l’ambiance de cette histoire fascinante.
#1807
Pour rester dans les Seventies: dans la série Life on Mars, dont j’ai regardé avec pas mal de fascination les deux premiers épisodes, j’étais un peu étonné de l’absence totale d’une démarche de police scientifique, ne serait-ce que faire gaffe aux empreintes (pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’une série anglaise où un flic du Manchester de maintenant se retrouve brutalement projeté dans les années 1970). Ç’aurait pu aller avec l’aspect quasi onirique de cette série, ses décalages étranges, mais en fait j’ai revu hier soir l’un de mes films cultes, datant de 1975, et ce n’est pas mieux, lors de l’enquête au début c’est du n’importe quoi niveau procédure… Le passé est un pays étranger, disait L. P. Hartley — et les Seventies sont d’autant plus « étranges » que ce ne sont que les détails qui étonnent. Si loin, si proche, tout ça. Le film, c’est Le Chat et la souris de Lelouch (oui Patrick, tu peux hurler), que j’adore de longue date. Un polar bizarre en diable, limite Nouvelle vague, avec Michèle Morgan et Serge Reggiani absolument brillants.
#1806
#1805
Chiiic, les travaux sont finiiiis! fit-il très content.
Ooooh, maintenant il faut tout nettoyer, déplacer et ranger, fit-il soudain moins enthousiaste.
#1804
Lire des romans de littérature contemporaine situés dans les années 1970 s’avère une expérience un rien déstabilisante. Car la société présentée n’est guère différente de la nôtre, presque tout semble identique — et puis, de temps à autre, un détail rappelle que, oups, ce sont les Seventies! Par exemple, un des protagonistes de Capital (Maureen Duffy, 1975) s’étant fait agresser dans une gare de banlieue, doit retirer du liquide car il n’a plus d’argent. Pour cela… il doit se rendre en bus jusqu’à sa banque, et retirer de l’argent au guichet. Pas de distributeurs muraux, bien sûr. Ah, et la mode! « Everywhere I look there’s the same imitation of ‘thirties, ‘forties, ‘fifties fashions that were hideous in their day and have gained nothing by regurgitation with a touch of green and mauve camp. » Comme quoi, la mode du revival ne date pas d’hier — ou plutôt si, justement, elle date déjà d’hier. Rire à la description que le perso, un auguste prof d’université, fait de sa propre vêture: « the last of the dandies in ruffles and velvet »! Un de ses collègues s’occupent de cybernétique — décalage constant entre un design contemporain et une salle d’ordinateurs telle que e me l’imagine spontanément, et de ce qu’ils sont réellement dans ce roman, à cette époque. J’ai eu la même impression de décalage un peu troublant en lisant un « Bryant & May » également situé dans les Seventies. Avec le problème supplémentaire d’avoir quelques difficultés à imaginer les deux détectives moins âgés que d’habitude.



