Après Conan le Texan, Gwenn Dubourthoumieu et Simon Sanahajus remettent ça… Simon part demain pour le Gabon, comme première étape d’une nouvelle expédition géographico-fictionnelle, cette fois sur la piste de Tarzan. Et il tient sur Libé un blogue à ce propos, de ce titre. J’adore: ces mecs sont talentueusement dingues! 😀
#1671
Rêvé que je reprenais mes études, dans une université située en Allemagne, dans un port. La ville était sombre, de hauts bâtiments hausmanniens, très austères, et le port s’ouvrait en bas de la grande avenue, la principal de la lumière en provenait, un bleu profond éclairant toute la ville à contre-jour. Il pleuvait, ciel gris, mais il faisait bon et les étudiants allaient déjeuner près de l’embarcadère. L’université était ce haut bâtiment moderne, la pénombre des couloirs, l’amphi à la pente particulièrement prononcée. Je retrouvais un vieil ami, Eric, le bonheur absolu de revoir son visage après tout ce temps. Eric toujours à la fois moqueur et tendre, cet humour acide camouflant de la fragilité, qui m’avait tant brisé le coeur autrefois. Mais je ne le voyais pas longtemps, il devait rédiger un texte pour le début du cours, un poème sur les métiers du livre que le prof lisait, tout en bas de l’amphi. Je préférai aller déjeuner, où était Eric, je ne le retrouvais pas, allai avec deux autres copains mais Eric me manquait, j’espérais le retrouver ensuite. Je passai tout le reste du rêve à espérer le revoir.
Longtemps que je n’avais pas rêvé d’Eric. La dernière fois que je l’ai vu, c’était il y a 30 ans. Levé avec un peu de vague à l’âme. Peut-être la relecture de mon polar jeunesse a-t-elle inspirée cette bouffée nostalgique: bien que l’ayant situé de nos jours aux Chartreux à Lyon, je l’ai nourri de mes propres souvenirs et profs du collège…
#1670
Satisfaction du travail accompli: à l’issue d’une réunion de trois jours plutôt intensive, l’amiral Jean-Jacques Régnier et le capitaine Aëff Ruaud viennent de boucler le dixième tome de Fiction. 690 000 signes et des broquilles, sur 340 pages. Le sommaire est déjà en ligne sur notre site, l’édito itou. Lundi, je file chez le reprographe faire le tirage des épreuves. Parution fin septembre. Couverture par Ambre.
#1669
GRA, acronyme de la « Grande Réunion Annuelle » de la famille. Chaque été, les Nérisson, ma tante Solange et mon oncle Patrick, organisent cette amusante et très agréable garden party à l’Essart. Comme son nom l’indique, cette propriété se love à un flanc forestier, celui de la Forêt domaniale de Chinon. De mes lieux d’enfance, il s’agit du dernier encore entre des mains familières.
Autrefois simple pavillon campagnard de mon grand-père, l’Essart a pris ses aises, ses bâtiments grandissant et ses terrains prenant un peu d’ampleur de manière à tenir à distance un peuplement rural galopant. La vieille cave est devenue une jolie mare, le néflier n’est même plus un souvenir, mais je renoue tout de même ici avec une partie de mes souvenirs, de mes attachements enfantins. Moins de monde cette année que les précédentes, mais je retrouve avec la joie habituelle ces visages connus, cette chaleur bonne enfant, et j’écoute, surtout, plus que je ne parles. Le clan Nérisson se trouvant en majorité, l’on évoque le mythique et controversé patriarche, André Nérisson, figure pour moi un peu mystérieuse — ses écoles de voile (le nom des Glénans est pour moi d’un grand exotisme), ses femmes, son petit rôle dans un épisode de « Maigret », sa disparition un jour avec son bateau (parti en fait refaire sa vie au Québec)… Toute une légende. Lui-même est mort depuis longtemps, et sa première épouse, dont la présence royale était encore ferme l’an passé, vient de s’éteindre. On me dit qu’elle avait conservé nombre de mes bandes dessinées d’enfance, ainsi que des exemples de la monnaie qui servait alors de support à mes rêveries éditorialo-artistiques.
La traditionnelle promenade en forêt, en défiance de la météo automnale, me fit redécouvrir le sentier qui, autrefois, nous permettait de relier l’Essart à la maison d’une autre tante, de l’autre côté. Avec la coupe des arbres et le foisonnement du sous-bois, ce chemin si longtemps utilisé avait semblé disparaître. Je le retrouvais avec plaisir, précaire, rétrécis, mais encore discernable — comme le dit mon cousin Yves, la végétation a totalement changé mais l’on reconnait le terrain si bien connu autrefois, telle approche presque à l’orée ou tel fossé coupant le chemin. Avant d’arriver à l’Essart, le sous-bois devient une véritable jungle, serrée, touffue, et ce sont seulement les biches qui entretiennent le sentier, que ma tante débroussaille tout de même un peu de temps à autre.
#1668
Vivaldi à Saint-Mexme.
Dans le jour tombant que refroidissent les gouttes éparses d’une bruine, nous nous rendons en cette église de Chinon, un lieu où le camarade Jaworski effectua d’antan des fouilles archéologiques. De nos jours, c’est une belle salle de concert. À l’entrée, un homme aux beaux yeux gris et aux manières onctueuses nous interroge sur la source de notre information (« La presse locale », répond ma mère ; « Newspaper », minaude-t-il), avec que nous puissions pénétrer dans la nef. De hauts gradins en bois s’y élèvent, exhalant dans la fraicheur humide une douce senteur de pin. Nous sommes parmi les derniers, déjà toute la gentry locale s’étage là, nous grimpons au sommet. Cheveux poivre-et-sel, gris, blanc, calvities, l’auditoire est surtout âgé mais quelques jeunes couples s’y glissent. Devant moi, s’assied le grand avocat local, mine sévère-mais-juste, le dos droit et l’imper mastic au col relevé, il ressemble à Bob Morane. Le tout jeune homme à ses côtés doit être son fils.
Les murmures se taisent, une mélodie aux violons multiples s’élève — hors de la scène, lointaine, étouffée. Le narrateur de la soirée sera long à apparaître, lui aussi minaude, fait de grands gestes emphatiques, passablement ridicules. François Castang, de France Musique. L’entrée en matière m’assure que l’on n’est pas là pour faire simple, les « Quatre saisons » constituent sans doute le répertoire classique le plus populaire, le plus galvaudé, mais la pédanterie de son habillage va nous rassurer sur le grave sérieux de la démarche. Castang déclame un texte de son cru, version altière d’un commentaire de contexte historique.
Las, le talent stylistique de l’homme de radio n’est pas plus à la hauteur de ses prétentions que sa diction : tout cela est bien pauvre, plat, entaché même d’un bel anachronisme (du maïs au XVIIe siècle ?). Pas inintéressant malgré tout, et puis après tout, le paradoxe sera que cette lourdeur formelle allège un aspect sans doute à la limite du trop pédago. Entre chaque segment musical, Castang explique, décrit, contextualise. La musique, tout de même : onze cordes, un clavecin, une violoniste solo, un chef d’orchestre. À l’exception de ce dernier, que des jeunes gens : les musiciens classiques sont-ils comme les sportifs, l’âge de leur retraite se situe-t-il à la fin de la vingtaine ?
Printemps, été, musique plaisante mais que je connais finalement peut-être trop bien, je ne décèle rien dans ces morceaux que je ne connaisse déjà, et n’en éprouve guère d’émotion. Cela changera, heureusement, avec l’introduction des dissonances de l’automne : l’arrangement se fait plus original, mieux sentit, le clavecin plus présent, les basses vibrantes, la soliste s’affirme. Et le spectateur que je suis d’éprouver enfin une émotion — la même finalement que je recherche dans la vision d’un tableau, cet émoi immobile qui m’irradie de l’intérieur, une fascination attentive. Je l’avais ressentie lors de certains passages particulièrement « soft machine » du concert de PolySoft l’autre soir, et l’hiver est encore plus belle, la subtilité du traitement des dissonances se mêle pour moi à la « madeleine » de certains thèmes que j’aime depuis mon adolescence. Du coup, la pédanterie du narrateur me fait moins rire, je suis plus attentif. Et le petit morceau en rappel (tiens, ils font ça aussi, en classique ?), « Il favoritto », est également agréable.
