#1314

Bordeaux, II

Ville excessivement minérale, parce que derrière les « échoppes » (demeures traditionnelles) s’alignent des jardins, que ne trahit que le sommet hirsute d’un palmier, de temps à autre.

À Bordeaux, la rue Dieu est une impasse, et à l’ampleur lumineuse des quais courent parallèles de sombres coupe-gorges.

Ville tavelée: dans les grandes rues se succèdent les façades toutes de blond rendu, celles qui déjà se fanent dans un gris terne, et celles enfin que l’on n’a pas (encore) tenté de rajeunir, qui conservent le même maquillage de suie que du temps de mes années étudiantes.

Les toits pour leur part jouent une gamme du rose tendre au noir charbonneux, sur le dos rond des tuiles, alignées en vaguelettes.

Le soleil d’orage fait luir les vieux os de la cité. Le gratte-semelle qui arrondit son cerceau au bas des deux-trois marches de chaque perron. La fente verticale de la boîte aux lettres, sur le côté de la porte, cernée de marbre sombre. Les murs jamais repeints arborant encore les fantômes d’enseignes commerciales. Les lampes en cuivre qui se balancent au-dessus des chaussées pavées.


#1313

Bordeaux, I

À Bordeaux, les rues ont de longs silences blonds qui me parlent.

Je peux errer dans n’importe quelles artères et m’en trouver toujours séduit. Même la crasse, même la pauvreté, se font esthétiques.

Un étage, deux au plus, une pierre grelée par le temps.

Sur les façades, jusqu’aux plus humbles, de petites sculptures que l’on dirait moulées dans le sable.

Le pavé des trottoirs, les enseignes à demi effacées et les petites boutiques.

(à suivre)

#1311

Absence et exil. Lorsque je me promène dans une ville, que je laisse filer les verticales comme l’on règle sa respiration ; que les mains dans les poches et le nez levé, je m’abreuve du spectacle urbain ; que mes talons heurtent le pavé ou le macadam ; toujours alors je chemine avec une absence. La solitude, c’est pour la plupart des autres moments. Cette absence, la narration impossible à tenir, les commentaires qui ne se prononcent pas, c’est bien sûr le compagnon que je n’ai pas. Une absence familière, que vient souvent tenter de combler des fragments de phrases, celles que je porte ensuite sur ce blogue — lorsque l’humeur et le temps me permettent tel assemblage. Fut d’ailleurs un temps où je portais en poche un dictaphone, pour mieux saisir à la volée ces petits récits.

Absence, donc. Et l’exil? C’est vivre en permanence en-dehors des endroits qui me plaisent le plus. Non pas que je haïsse le quartier où j’habite. Son aspect un peu villageois est plutôt plaisant, des amis vivent tout près, les transports en commun abondent. Mais ce lieu-là, l’ancrage de mon existence quotidienne, se trouve en contraste avec tous les autres lieux où j’aimerai vivre. Sans doute d’ailleurs ai-je eu le tort de ne pas déménager, il y a quelques années. Enfin, soit: c’est parce que je vis là et pas ailleurs, que lesdits ailleurs prennent à mes yeux tant de relief lorsque je m’y rends, où lorsque j’y songe: depuis la Presqu’île de Lyon ou la Croix-Rousse, jusqu’à Londres ou Paris, en passant par Bordeaux. Un exil nécessaire, alors, afin de mieux apprécier, de considérer plus vivement, ces autres lieux qui me séduisent. Une distance pour garder la fraîcheur de point de vue.

#1310

Back to Bordeaux. Plein de photos et plusieurs assez longs textes déjà rédigés mais que je ne mettrais en ligne qu’en rentrant. Hier soir, soirée achevée… tôt, très tôt le matin, dans le bar ouvert par l’un des copains de m’sieur Queyssi, « Les Lutins ». J’ai quelques photos compromettantes. Même temps qu’à Lyon: froid glacial le matin, beau ciel bleu, chaud en fin d’aprem, re-glacial le soir… Curieuse météo tout de même. Curieux paradoxe temporel aussi, des voyages aériens: St-Ex / Mérignac = 1 heure. Mais Mérignac / Bordeaux en navette = 1 h et demi!