#1139


Ce qui me fascine, dans le travail d’essayiste, c’est que chaque sujet me permets d’élargir mes horizons — aussi pointu que puisse paraître ledit sujet. Ainsi par exemple, je commence actuellement à travailler en vue de la rédaction (avec Xavier Mauméjean once again) des Nombreuses vies de Nero Wolfe, pour la Bibliothèque rouge. Certes, je lis et relis tous les romans et novellae de ce cycle policier, j’étudie de près les livres qui lui ont été consacrés, les entretiens et la bio de l’auteur (Rex Stout). Mais au moins aussi important est la documentation sur le contexte: la remise en contexte, oui, voilà tout ce qui fait la richesse d’un tel essai littéraire.

Par exemple: tel petit bouquin ancien prêté par Xavier, sur la Serbie de l’entre-deux-guerres (Nero Wolfe est d’origine monténégrine). Et puisque Nero Wolfe et son acolyte Archie Goodwin évoluent dans le New York des années 30 à 50, essentiellement, et que leur maison sur la 35e rue ouest est si importante, presque un personnage à part entière, je viens de lire un passionnant essai sur l’histoire de l’architecture américaine. Puis un énorme bouquin illustré sur les maisons ordinaires de New York (les « brownstones » — ci-dessus: le perron de chez Wolfe dans les années 40) et, partant, sur l’urbanisation de cette métropole. Et là je me plonge dans un essai sur l’art américain du XXe siècle. En attendant de mettre enfin le nez dans un catalogue sur Alfred Steiglitz et les photographes new-yorkais du début XXe, que j’avais acheté il y a une éternité, ainsi que dans l’histoire de l’urbanisation de NYC par Rem Kolhaas, idem.

De fil en aiguille, j’acquiers ainsi une vision du New York et des États-Unis de ces années-là, au-delà de Nero Wolfe — personnage qui, contrairement à son contemporain Perry Mason (pauvre car faussement intemporel), est fermement ancré dans son époque et les événements courants. Et rien de tout cela n’est gratuit, inutile: j’y glane quantité d’éléments susceptibles d’alimenter/enrichir la bio de Wolfe et Goodwin. C’est passionnant!

Tandis que pour un projet de roman, je lis et me documente sur les pirates et sur l’écologie des mangroves…

#1138

Lumbago… Bien sûr, tout le monde me dit que la conférence que j’ai manqué était brillante. Frustration! Enfin, en tout cas j’adore mon médecin. Vous en connaissez beaucoup, vous, qui après la consultation se met à vous décrire le musée du Quai Branly, ses qualités et ses défauts, puis à vous faire les louanges de la collection d’art moderne du Petit Palais?

#1137

Râle, râle, râle: j’ai fait un faux mouvement, ce matin, je suppose — depuis, j’ai le dos douloureux et bloqué, une horreur. Résultat: il y avait ce soir une conférence de Toni Morrison, la prix Nobel de littérature, et je n’ai pas pu m’y rendre. Grmbl.

#1136

Petite pelote de liens :

Une vision animée et très personnelle de John Coltrane

Une vision très dramatisée mais néanmoins intéressante du véritable prototype du savant fou, Nikola Tesla.

Une très belle photo pour un futur portfolio de Fiction, par le graphiste Daylon, sur son blogue collectif.

Et en parlant de blogue, un vétéran du « syndrôme de Caille » dont je parlais l’autre jour, Francis Valéry (le chroniqueur littéraire de Fiction), vient tout de même de s’ouvrir un site.

En attendant un « vrai » site, Ugo Bellagamba a déjà ouvert un blogue pour la convention de SF qu’il organise en 2008.

#1135

Hier soir, conférence aux Chartreux sur « Short stories: le choix des histoires courtes », avec deux nouvellistes français (Geneviève Brisac et Frédéric Boyer), une Écossaise (Kirsty Gunn) et un Américain (David Means). Annoncé, Thomas McGuane n’est finalement pas venu, dommage – on nous a lu à la place une de ses nouvelles (superbe). Durant les débats, je n’ai pu m’empêcher de me dire que si tous ces ultra-littéraires avaient eu un tant soit peu de vernis scientifique, ils auraient adopté comme métaphore celle de la fractale (toujours entière aussi minuscule que soit la partie). Toujours est-il que ce fut assez intéressant, les deux interventions anglo-saxonnes étant particulièrement belles. David Means en particulier s’avéra aussi brillant que sympathique, me donnant envie de le lire. Citation de la fin de sa conférence:

« What I would like to stress is that the short story can do innumerable things that the novel can’t. It can make use of the glimpse. We are, by nature, physiologically equipped to draw and extrapolate from only a fragment of the landscape. From mere glimpses we draw wide extrapolation. We are, inherently, and naturally, short story thinkers. »