#637

L’orage gronde, la pluie crépite, le travail presse, et je ne vais guère avoir le temps de blogguer aujourd’hui et demain. Alors, en lieu et place, une belle légende — réelle.

La fée de Chelsea (1)

Née à Londres le 25 juillet 1829, Elizabeth Eleanor Siddal était la fille d’un simple coutelier de Sheffield. Aucun détail n’est connu sur son enfance, mais l’on sait qu’à l’âge de vingt ans Siddal travaillait comme couturière, et confectionnait des robes. Le jeune peintre Walter Deverell remarqua sa beauté et sut convaincre sa mère qu’elle pose comme modèle. « Lizzie, ainsi qu’elle était appelée, est la grande femme aux longs cheveux blonds et lisses qui est assise et dors, rêve ou peigne ses mèches dans tant des premiers dessins de Rossetti. » (Terri Windling)

En ce milieu du XIXe siècle, un groupe de sept jeunes artistes eux-mêmes âgés d’à peine la vingtaine, venait de former un mouvement qui commençait à faire scandale dans les cénacles bien pensants de l’art officiel. AU Royaume-Uni comme partout ailleurs en Europe, les canons de la peinture se trouvaient régis de sévère manière par une série de règles, de formules et d’usages pré-établis, des « formules académiques » qui définissaient ce qu’il convenait de peindre ou non, et de la façon de le faire. Et comme en France les membres de l’école de Barbizon, ou en Russie les Itinérants, ces jeunes gens se mirent à peindre sur le motif (c’est-à-dire, directement d’après nature), à bousculer l’establishment et à redécouvrir d’anciennes techniques picturales. Dante Gabriel Rossetti, William Holman Hunt et John Millais formaient le noyau dur de ce groupe d’amis, qui se baptisèrent « The Pre-Raphaelite Brotherhood » (la « fraternité préraphaélite »). Leurs oeuvres étaient signées des initiales PRB, et leur art essentiellement inspiré par la peinture ancienne d’Italie et de Flandres : l’art d’avant Raphaël. Avec des thématiques romantiques et légendaires, emplies d’une imagerie médiévale : fées, anges, saints, chevaliers et belles dames.

Elizabeth Siddal commença à poser pour Walter Deverell, puis pour ses amis Holman Hunt et Millais, avant que sa beauté tranquille attire l’attention de Rossetti. Mais sous le physique d’une jeune femme calme se cachait une volonté de fer et Rossetti, n’étant pas insensible aux capacités artistiques des femmes, contrairement à la majeure partie de ses contemporains, répondit aux aspirations picturale de Lizzie en lui donnant quelques cours de dessin à partir de 1952. D’abord naïf et maladroit, le style de Lizzie Siddal prit rapidement de l’assurance et ses croquis de 1854 (exposés de nos jours à l’Asmolean Museum d’Oxford) témoignent de son talent. Hélas, ils témoignent également de son manque de moyens financiers : il s’agit de dessins de petite taille, tout comme ses tableaux suivants.

Lizzie était une jeune femme de santé instable, peut-être anorexique, en tout cas à la fois intense et dépressive, souvent malade. Tout le monde ne compatissait pourtant pas à sa fragilité et, en 1852, Millais la fit poser durant plusieurs heures, toute habillée, dans une baignoire pleine d’eau froide. Le tableau qui en résulta est l’un des indiscutables chefs-d’oeuvre du Préraphaélisme, « Ophelia », mais Lizzie tomba gravement malade suite à cette épreuve. À la même époque, Christina Rossetti, soeur de Dante Gabriel, rédigea une ode à la beauté de Lizzie, « In An Artist’s Studio », où elle la compare à un saint ou un ange, claire comme une lune et joyeuse comme la lumière.

(à suivre)

#636

C’est dingue, quand j’y pense: six mois que je travaille d’arrache-pied sur le Panorama illustré de la fantasy & du merveilleux.

Et non seulement six mois, mais combien d’années de lecture, de recherche, d’écriture d’articles? L’ouvrage part jeudi chez l’imprimeur, et une page massive se tourne.

Non pas que j’entende cesser là mes recherches sur le merveilleux: j’ai déjà trois « petits maîtres » en chantier pour la revue Faeries, un article à terminer pour un bouquin de chez Autrement, une conférence à rédiger pour le colloque de Nice… Mais tout de même, ainsi le principal est fait. J’y rêvais depuis très longtemps, à ce Panorama illustré de la fantasy & du merveilleux. Déjà à l’époque de Cartographie du merveilleux: Gilles Dumay, sachant que je songeais à un gros pavé sur la fantasy, un peu du genre de l’histoire de la SF par Sadoul, m’avait proposé d’en faire d’ores et déjà une sorte de résumé, une version « petit guide ».

Tiens, hier soir j’ai revu Brisby & le secret de Nimh, admirable petit joyau d’animation. Et en achetant un loukhoum à l’épicerie arabe, j’ai repensé automatiquement à cette scène du début du Lion et la Sorcière blanche de C.S. Lewis, lorsqu’Edmund trahit sa famille pour un turkish delight… Gravement contaminé au merveilleux, je suis!

#635

Distractions estivales…

Vu le deuxième film d’Harry Potter. Je n’ai pas vu le premier & n’en ai pas spécialement envie, mais puisqu’on m’avait prêté celui-ci… Et en définitive je ne regrette pas: sympa. Pas génial, mais bien fichu, fidèle, amusant comme tout. Un divertissement pas bête, qui restitue agréablement la magie des livres de J.K. Rowling.

Vu aussi La Prophétie des grenouilles, un beau dessin animé français, pour les petits. Vraiment pour les petits: limite chiant pour les grands, par endroits. Mais ni sot ni gnangnan, un scénario plutôt fûté. Enfin, je vais l’offrir à ma filleule, que je néglige beaucoup trop. Et puis c’était joli & rigolo, ça ressemble à des dessins de Rémi Courgeon qui bougeraient, c’est chouette.

#634

Un correspondant, bibliothécaire à Marseille, m’a envoyé la photocopie d’un intéressant article de Roger Bozzetto: « William Morris et la naissance des mondes de fantasy ». Paru dans une revue universaitaire de Valenciennes.

Très intéressant, oui, car primo il n’est pas si fréquent que la critique en général, et les universitaires en particulier, parlent de la fantasy. Secundo, parce que j’y constate avec une certaine satisfaction que Bozzetto aussi utilise volontiers le terme « merveilleux » comme équivalent de « fantasy ».

Là où le bas blesse, cependant, c’est lorsque Bozzetto écrit: « William Morris est considéré par tous les critiques comme le premier écrivain qui ait sciemment composé des textes qui relèvent de ce qu’on désignera comme fantasy. »

I beg your pardon? Tous les critiques? Contre-vérité flagrante, voilà qui est parfaitement absurde: les romans de Morris, The Wood Beyond the World et The Well at the World’s End, datent respectivement de 1895 et 1896. Ce sont assurément des précurseurs de la fantasy.

Seulement voilà: et George MacDonald? Phantastes date de 1858, et Lilith de 1895. Quant à ses romans pour la jeunesse, qui présentent plus fortement encore toutes les caractéristiques de la fantasy telle qu’on l’entend depuis le succès international de Tolkien, ils sont de 1871 (At the Back of the North Wind), 1872 (The Princess and the Goblin) et 1883 (The Princess and Curdie).

Si ce n’est pas de l’antériorité, ça? 🙂

#633

Un joli lien: le site consacré (en anglais) à un ancien éditeur japonais pour la jeunesse. Voilà qui rejoint partiellement mes préoccupations du Panorama illustré de la fantasy & du merveilleux, mais d’un point de vue exotique. Il y a de vraiment très belles choses — dommage seulement qu’on ne puisse pas agrandir encore un peu plus chaque reproduction. J’adore particulièrement les vues urbaines/industrielles de Yasui Koyata.