Jausiers. Dans le cercle des montagnes, le regard perd un tantinet le sens des proportions. Seules les maisons, toutes menues en bas, blotties dans la verdure, permettent de réaliser l’immensité de l’Auguste Personnage qui, balayant tout le flanc montagneux de sa traîne brumeuse, avance à pas majestueux dans le ciel. Son visage se perd au sein des nuées mais ses épaules et le mouvement de son corps se distinguent aisément, au déplacement de sa cape de blanche pluie. Un dieu passe.
Archives mensuelles : août 2006
#1041
Jausiers. Basses-Alpes seulement de nom. Le citadin que je suis redécouvre chaque fois la montagne avec un peu d’émerveillement. Pique-nique en altitude au bord d’un torrent, paradisiqaque. Une cascade, une foumilière d’aiguilles de pin, une petit île de galets, le vaste tapis de la prairie. Les sapins qui descendent jusqu’au bord de notre alpage sont d’une douceur de peluche, les aiguilles si vertes et si douces: ce sont des épinettes, m’apprend mon guide (presque) indigène. Le lendemain, promenade de l’autre côté de la frontière. Bien nommé Piémont, où la montagne s’interrompt soudain pour laisser place à la plaine. Cité de Cuneo, j’emplis mes yeux et mes poumons d’une ville que je ne connaissais pas, toute de voûtes ombragées, d’églises romanes au portail baroque, de façades isabelle et de murs roses. Une librairie: en Italie aussi, ils ont des « hardcovers ». Bon sang, somme-nous donc le seul pays assez sot pour ne pas publier de ces beaux ouvrages reliés « en dur »? Quelle tristesse. J’avais déjà constaté tant aux Pays-Bas qu’en Catalogne que les « Hardcovers » existent là-bas aussi. Quelle absurdité culturelle fit que les éditeurs français ne lancèrent jamais ce format?
#1040
Lambesc. Tous volets fermés, la grande maison provençale reste à une température presque raisonnable. Installé dans le salon, assis sur une chaise en métal de Mallet-Stevens, je tape sur mon tout nouvel ordi portable, en profitant tout de même d’un peu de lumière naturelle — à l’autre bout de la pièce, un carré de jour jette sur le carreau des reflets blancs qu’une rangée de bouteilles en verre bleu teinte légèrement. Ce seul aperçu de l’extérieur me sauvegarde de la claustrophobie estivale. Et puis, tout de même, le matin presque jusqu’à midi, et le soir après que le soleil ait plongé derrière les collines nous pouvons de nouveau profiter de la vaste terrasse, respirer, guetter un gecko sur le mur ou admirer les effets des nuages avec le coucher. Des orages grondent, s’éloignent sans déverser une goutte.
#1039
Back home. Il fait délicieusement frais, fort heureusement, alors que je craignais de revenir dans une fournaise où il est difficile de travailler. Sans accès à une connexion, au coeur de la Provence puis haut perché dans les Basses-Alpes, j’ai cependant rédigé quelques entrées de blogue durant cette « deuxième jambe » (anglicisme) de mes déplacements estivaux. Je les posterai jour après jour, je pense.