#2742

Ce matin, je me suis levé trrrrès tôt. Non, mais alors, vraiment trrrrès tôt : vers 6h du matin. Pour aller faire une présentation des Moutons électriques à des bibliothécaires de la région de Saintes, en compagnie de mon gentil confrère de chez Monsieur Toussaint Louverture, le tout organisé par ma camarade d’études, Emma. Et c’était très bien, c’est pas ça, mais bon, 6h c’est… tôt. Et j’ai encore coincé quelque part dans la mémoire, le souvenir un peu halluciné d’une boule d’un jaune citron, vive et brouillée, éclaboussant soudain le bas du ciel, derrière la vitre du train, en plein cœur d’un paysage de bleu roi et d’une brume grisâtre, rayés des stries d’ombre profonde des arbres. Un peu avant 9h du matin. La Saintonge en hiver, y’a pas, c’est du post-apo.

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#2741

Il faisait beau sur Bordeaux, ce matin, cette sorte de soleil froid de l’hiver qui teinte les dessous du réel d’une teinte orangée et vive. J’habitais depuis peu dans un immeuble dont l’architecture mimait un empilement de grands bidons métalliques jaunes, un voisin m’expliquait que le bâtiment était classé mais que l’on songeait malgré tout à rehausser le ton de jaune pour qu’il soit plus pimpant. Descendant la rue vers la gare, je remarquai que l’on avait abattu quelques maisons, laissant seulement la silhouette maigre d’une construction en briques, très haute, avant le pont. Depuis le parvis de la gare Saint-Jean, l’arrondi de la baie laissait monter le murmure des vagues et de l’autre côté, dans le lointain gommé d’une brume lumineuse, se distinguaient les colonnes et les minarets, les immeubles et les maisons, d’une ville sur des collines au bord de la mer, dont je me demandais vaguement s’il pouvait s’agit d’Istanbul, mais non, ce grand temple atlantéen sur le port, ça ne pouvait être ça. La plage était de gravier, au-dessus de laquelle brillait la coupole de la gare, et je resongeais au train qui lorsqu’il arrive à Venise traverse la lagune au ras de l’eau. Du froid montait de la mer et je me suis réveillé.

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#2740

Encore une belle pile, ma foi : un an de publications ovines (et encore, il me manque deux tirages limités, sapristi).

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#2739

Sous ce ciel d’étain, avec ce vent aigre et la pluie menaçant, je ne m’attendais guère à trouver à la brocante dominicale moult opportunités livresques, mais allez, cela faisait plusieurs fois que je n’y allais pas, et puis je manquais de victuailles fromagères. Eh bien, ce ne fut pas si mal, il y avait même une partie des Jean Ray en Marabout — mais avec l’intégrale Alma qui vient de s’achever je fus raisonnable. Un peu d’enfantina, aussi, pas sur la photo. Et l’on va rester à s’enfricher chez soi, vu la météo peu clémente. Ce n’est pas comme si je manquais de lectures.

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#2738

J’ai publié il y a longtemps une nouvelle de Marie-Pierre Najman (autrice ayant depuis hélas décidé de cesser d’écrire, c’est une perte), qui postulait une société où les textes de science-fiction seraient parfois réécrits par des auteurs plus récents, afin de leur redonner une actualité de ton et de style. Dans la réalité, ça c’est rarement pratiqué — de mémoire, je ne vois guère à citer que la réécriture par John Scalzi du premier Fuzzy Sapiens de H. Beam Piper (et je n’avais guère été convaincu par l’exercice, vu que Scalzi n’écrit pas notablement mieux que Piper, n’a ni style, ni ton ni idéologie très différents de Piper, et que le texte de ce dernier demeure aussi lisible qu’agréable).

J’ai relu la nuit avant-dernière Une porte sur l’été de Robert Heinlein (en V.O.) et, franchement, dans l’idéal il faudrait que quelqu’un le réécrive, de nos jours. Parce que l’écriture de ce roman de 1957 est indigente, sa narration pesante et mal fichue, les conceptions de l’auteur de la technologie en tant que simple bricolage risibles (ou attendrissantes, si l’on veut être gentil), ses digressions embarrassantes et la fin du roman rien moins que ridiculement réac. Et le tout atrocement daté. Mais cependant, un tel roman demeure dans le souvenir ému de ses lecteurs, et ce n’est pas pour rien : l’attachement du protagoniste à son chat est très touchant, tout l’imbroglio de croisements temporels est fort astucieux. Cette petite comédie lourdingue et réac pourrait somme toute redevenir un joli roman léger et malin, si on le réécrivait de manière plus contemporaine — et ce, même en conservant l’aspect « gros boulons et gros tuyaux » de sa technologie, qui présente une esthétique délicieusement décalée. Mais en l’état, hum, non. Pour moi, c’est juste du « pulp » rigolo mais médiocre ; des idées amusantes mais de la bien mauvaise littérature.

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