#2478

(Vers 3h et demi du matin)

La maison est-elle endormie ? Il serait abusive de l’affirmer. Carmilla pousse la porte de la chambre pour sortir et l’escalier en bois grince légèrement sous son pas. L’invité ronfle. Jabule aussi, puis elle siffle, se réveille, me léchouille en ronronnant. L’invité grince. Mandou fait sa toilette. Un soupçon de grondement monte, non de l’invité cette fois mais du passage d’un train au dehors. Jabule chute lourdement au sol puis ses griffes cliquettent dans l’escalier. L’invité flbllb. En bas la chaudière murmure.

#2477

Cette année débute dans les brumes et sous des cieux cotonneux, la ville se nappe de gris-blanc et son parfum est de fumée. Le matin, et pourtant je ne me lève jamais tôt, un soleil rougissant peine à s’extraire des tremblements diffus et des nuées basses.

#2476

Traversant tout Bordeaux en bus hier soir, pour me rendre au réveillon, et contemplant la ville nocturne depuis ce long véhicule grinçant, ai encore une fois eu la conviction qu’être chez soi ailleurs constitue le plus beau cadeau que je me sois offert. Bientôt trois ans que j’ai installé mes pénates en la blonde ville de Bordeaux et le plaisir, que dis-je, la tranquille jubilation, ne m’a pas quitté. Je ne cesse guère de me féliciter du changement et d’en savourer ce qui demeure encore, plus ou moins, une forme de nouveauté ou du moins un aboutissement. J’avais beaucoup aimé lorsque Laurent Queyssi, devant moi, avait déclaré à un copain que « André avait toujours dit qu’un jour il viendrait habiter ici mais je ne l’avais jamais cru ». Ah ! I did it, homme de peu de foi.
 
Trois années à savourer le présent, tandis que les trois précédentes n’avaient pas été que joyeuses, à dire vrai. Après le départ d’Axel pour poursuivre ses études à Paris, je n’avais pas réalisé tout de suite que jamais nous n’habiterions plus ensemble, et que vraiment la solitude devait se faire si pesante, après une bonne dizaine d’années de cohabitations diverses et variées. Avec les travaux sous mes fenêtres, une famille de freaks hurlant dans la cour, un quartier congestionné d’immeubles neufs et laids, une pollution et une surpopulation inversement proportionnelles à ma vie sociale… après 28 ans Lyon me pesait, et il devenait nécessaire de partir ailleurs, enfin.
 
Je vais entamer la quatrième année de cette nouvelle existence, avec une vie sociale, affective et… bref, une vie renouvelée, un climat tempéré, une maison cocon, des Moutons fringants et même, c’est fou, une blanche moutonmobile… well, cet ailleurs devenu chez moi me semble toujours aussi doux.
carte-voeux-2017

#2475

Ce matin j’ai rêvé d’une grande ville à la campagne, le souvenir s’estompe déjà mais m’en demeurent quelques impressions entre Londres et Lisbonne… Je ne sais pourquoi je pense tant à cette dernière, ces jours-ci, si ce n’est qu’il s’agit d’un de mes coups de cœurs, un des voyages que j’ai préféré. Qu’est-ce qui fait que j’ai tant aimé Lisbonne, San Francisco, Édimbourg ou Venise et que j’ai moins eu de feeling pour Amsterdam, Florence, Vienne ou Barcelone? Mystérieuse alchimie des villes.

Je crois que si j’avais de l’argent, je voyagerai pas mal. En l’état, eh bien, au moins puis-je me réjouir à la perspective d’un petit tour à Bruxelles en mars prochain (pour la foire du livre) et, plus encore, d’une semaine à Londres réservée en compagnie d’une amie chère pour début avril. Je note déjà des expo qu’il faudrait que l’on aille voir – Tove Jansson au South Bank, l’art queer à la Tate Britain, le nouveau musée du design…

Mais les façades multicolores de Lisbonne hantent étrangement mon paysage mental en ce dernier matin de l’année.

#2474

C’était bien la petite fête d’hier soir chez moi. Bon, il y a eu quelques épisodes un peu curieux, en particulier de trouver dans un coin, après le départ de tout le monde, une bougie « Nuit érotique » (c’est marqué dessus). Mais sinon, on a notamment bu du champagne en levant nos coupes pour célébrer la mort annoncée de la spoliation ReLire, en l’honneur de Yal et Sara.