#2567

Pour calmer un peu mes nerfs fort ébranlés, j’ai fait pas mal de rangement ce week-end dans mes bouquins, activité qui me mets toujours en joie (ouais, je sais…). Niveau romans (imaginaire et blanche), j’ai constaté que somme toute si j’avais une PàL elle ne serait pas bien haute, j’ai tout au plus une dizaine de romans de retard… Niveau polars (qui sont également des romans, certes, mais rangés sur un autre mur) la situation est plus « grave », une bonne trentaine de livres en retard… Niveau « nature writing », comme j’économise et espace mes lectures afin de n’en pas manquer en ce domaine, c’est une bonne douzaine… Et dans un coin de la bibliothèque de bande dessinée, qui a encore pris de l’ampleur, j’ai découvert avec amusement deux essais dont je ne me souvenais même pas avoir un jour fait l’acquisition, sur le domaine britannique (ah ah, ils ont l’air très bien).

#2596

Peu de mots sur cette page en cette période, car guère l’esprit au blog après les agressions dont j’ai été victime. Je préfère lire des polars que les vivre. Je suis bien entouré, fort heureusement. J’essaye malgré ce cauchemar d’écrire : j’avais prévu de me remettre sur un roman, j’ai deux synopsis complets, que je dois entrelacer / développer, j’avais très envie d’écrire cela. Des bouts à coller, des bouts à réécrire, deux scènes de plus, se souvenir d’un tas de trucs, ça prend lentement tournure, 26 000 signes en deux jours ce n’est pas trop mal pour commencer… (fit-il pour se rassurer)

Sinon, je me suis rendu à un petit raout littéraire à la mairie de Bordeaux, samedi dernier, dans les ors de la République. Amusé de voir que le bling-bling officiel consiste à tout peindre en doré, cadres des miroirs, moulures, fauteuils, chaises, et jusqu’aux chaises pliantes. Il n’y eut pas foule, nous dirons avoir rencontré un succès d’estime, c’est ça : un succès d’estime. Avec pour l’aspect mondain quelques papotages avec d’estimables confrères. En sortant, j’ai croisé not’ bon maire.

Deuxième jour qu’il fait nuit, si j’ose dire. Averses violentes et coups de vent se succèdent sous un ciel plombé.

#2595

Évoquant des romans de fantasy qui se déroulent en cadre contemporain, mon excellent camarade JJR m’écrivait l’autre soir que « ce genre de texte souffre un peu, à mes yeux, de présenter paradoxalement plus de crédibilité dans ses aspects de fantasy ou de fantastique, ici très bien venus, que dans sa partie « réaliste », parfois maladroite, ou trop convenue » … et je ne peux qu’être généralement d’accord avec lui, ayant eu un peu de mal à lire le dernier Charles de Lint, par exemple, où les psychologies de personnages sont toujours un peu gentillettes, brossées avec un pinceau un peu trop épais. Bon, n’arrange sans doute pas que dans ce cas précis, j’ai également été vaguement gêné par le fait qu’un vieux mâle blanc mette en scène toute une galerie d’Amérindiens et leurs mythes supposés. Bref, en fantasy urbaine ce déséquilibre entre surnaturel et réalisme du décor me semble assez bien compensé, le plus souvent, par l’aspect policier, par la manière typiquement polar de camper protagonistes et narration. Mais j’avoue que le manque de psychologie dans les littératures de l’imaginaire me frustre un tantinet, par moments. Disons que c’est une question d’équilibre : à l’inverse, la prétention purement psychologisante d’un roman bourgeois que j’ai lu il y a peu, Call Me By Your Name d’André Aciman, m’a inversement irrité. Outre que c’est situé dans un univers parallèle où tout le monde est blanc, riche et d’une culture classique aussi éblouissante qu’exclusive, chaque petit doute du gamin est détaillé et décortiqué sur au moins trois ou quatre pages, tandis que leur nuit d’amour en fait à peine deux (et provient visiblement d’un hétéro qui ne s’est pas interrogé sur la physicalité de l’amour gay). J’ai trouvé ce roman-là outrageusement précieux, il m’est tombé des mains avant la fin du volume.

À mon goût, point trop n’en faut, quoi, ni dans l’absence complète de psychologie, ni dans la surabondance maniaque de minutieux mouvements d’âme. En fait, formé à la littérature populaire et en faisant l’essentiel de ma diète livresque, je reconnais que je suis sans doute plus aisément « client » de l’aventure pure que des dentelles émotionnelles ; quoique j’ai tendance à équilibrer mes lectures pour éviter les effets de lassitude :  récemment, un Haruki Murakami puis les « Toto Fouinard » de Jules Lermina, suivis d’un Modiano et du Judex d’Arthur Bernède, par exemple… et d’autres nuances : un recueil de nouvelles psychogéographiques par Michel Suffran (Villesonge) et un best-seller américain mêlant SF et fantasy dans un ton que perso je juge un poil trop « young adult » / commercialement calibré pour totalement me convaincre (All the Birds in the Sky, Charlie Jane Anders, pas encore fini).

Le même camarade me faisait le reproche de trop souvent, selon lui, opposer des genres, d’avoir face à mes préférences des « détestations » inverses. J’ai donc songé à sa remarque en relisant le premier Jasper Fforde, The Eyre Affair : de mes lectures des Brontë, Wuthering et Eyre, je conserve certes un souvenir agréable, mais relativisé par un grand romantisme et des éléments gothiques qui n’emportaient pas entièrement mon adhésion — et binaire que je suis, je ne puis m’empêcher de les comparer aux œuvres de Jane Austen, qui à chaque relecture m’emportent vraiment, pleinement. Mais comparer, opposer, soupeser, n’est-ce pas un outil habituel du goût ?

#2594

Curieux sont les artefacts de la mémoire. En particulier, ces souvenirs vivaces de l’enfance qui, longtemps ignorés peuvent soudain ressurgir, si nets et si troublants. Un jour, chez un copain lyonnais, de découvrir dans sa bibliothèque un simple petit album pour la jeunesse, un « Petit livre d’argent », et ma mémoire s’ouvrit d’un coup : peut-être bien mon plus vieux souvenir, celui de la lecture de cet album. Je me revis tout petit à Saint-Brévin, assis par terre, regardant cet album. Chaque image m’en était bien connue, étonnamment familière, alors que je ne l’avais plus lu depuis cette lointaine fin des années soixante. Le rouge des camions de pompiers, chaque scène, gravées dans mes impressions intimes. Ah, et j’avais bon goût dite donc, c’est du Tibor Gergely !

De même le week-end dernier évoquais-je avec mon excellent camarade Pagel une émission télé sur les animaux, dont je ne retrouvais plus le titre. Il chercha dans de vieux Télé 7 Jours en ligne (!) et un tour sur YouTube exhuma le générique de ces « Animaux du monde » de François et Marlyse de la Grange, dont tout deux connaissions par cœur musique et animation, au point que Michel me dit avoir parfois cet air en tête sans s’en rappeler jusqu’à présent la provenance.

Et ce Mickey Parade trouvé cette semaine en boîte à livre ? En voyant la couverture, je sus immédiatement que primo je ne l’avais pas dans ma collection (alors que je m’approche tranquillement de l’intégrale), secundo je l’avais lu étant môme, tertio je me souvenais fort bien de l’histoire avec la civilisation de pingouins intelligents, qui m’avait alors marqué — et qu’il s’agissait forcément d’un Romano Scarpa, vu ce que je me souvenais du dessin. Et bingo, tout bon.

#2593

Rentrant ce soir d’un chouette petit concert (du groupe où joue mon excellent camarade Laurent Queyssi) j’ai loupé le bus que j’espérais prendre et, remontant à pied, ai entendu dans le ciel nocturne passer les trompettes d’un vol de grues. Depuis quatre ans que je vis dans cette douceur d’Atlantique, je suis toujours surpris (agréablement) par de tels aspects encore un peu… exotiques, pour moi.