#2819

Lorsqu’il sort pour sa promenade vespérale, deux tourterelles surprises s’envolent dans des claquements d’ailes. Elles se posent sur une antenne, tendant leur cou fin pour le regarder passer. Au bout de l’impasse, le soleil le surprend à son tour, encore vif, qui grille l’ouverture du fossé ferroviaire dans un brasier de lumens. Une grande absence l’accueille au tournant du sentier, le surprenant encore : un soir récent, déjà, un grand effondrement de feuillage désignait la catastrophe, l’arbre qui avait été si bien protégé durant les travaux, tranquille maintenant mais succombant sans doute à son âge, s’était fendu, écroulé. Il n’y a plus rien, ce soir, qu’un espace choquant, un manque d’ombre au sol et au-dessus, le vide comme seul souvenir d’un si bel arbre. Cette placette, de toute manière, constitue un mystère : pourquoi n’a-t-elle pas de nom ? Trois rues découpent son triangle, mais c’est tout. Pourtant, sans doute ne manque-il jamais d’obscurs politiciens à visser sur une plaque bleue, se dit-il. Que n’a-t-on trouvé quelque serviteur de l’État parfaitement oubliable dont le patronyme servirait ici de seule trace ? Sous les tilleuls, des bancs attendent l’hypothétique badaud, ce sera lui, il va s’asseoir, mais tâte tout d’abord, prudent, les deux lattes restantes. Granuleuses et sombres, mais elles ne cèdent pas encore. Il s’installe un instant, pour une solitude estivale à trois pas de chez lui. Quand il repart, il remonte jusqu’au boulevard, observe les petites jungles que chacun abrite derrière chez soi, voit une jeune fille qui traverse, les épaules brillant d’or un instant dans le soleil déclinant. Rebroussant chemin, il jette un regard machinal vers un balcon, mais une vision si ravissante ne se répète pas : un jour, il observa là un jeune homme roux, entièrement nu, se pencher à la balustrade de brique. Comme il remonte la rue, le dépasse un vélo, que chevauche un garçon qui fredonne, au chignon haut serré sur la tête. On ne s’étonne plus d’une telle coiffure masculine, d’ailleurs un autre cycliste passe, à chignon lui aussi.

Partage
RSS
Facebook

#2818

Dimanche en bord d’eau… une rainette arboricole coasse dans le marronnier, le vent souffle et respire en un grand bruit dans les pins… quelques mouettes ricanent au loin, sous un ciel de plombagine qui fait briller le sable et rend toutes les teintes plus acide… quelques pas dans l’eau du lac, sur la vase douce…

Partage
RSS
Facebook

#2817

1983. J’étais étudiant en « métiers du livre », à Bordeaux, et je commençais tout juste à me découvrir un goût pour l’art et le design. Un cours d’histoire de l’art à l’IUT, une expo Turner aux Beaux-arts, une expo Sonia Delaunay je ne sais plus où, l’ouverture du CAPC… Et puis en novembre de cette année-là, une copine me convainc d’aller aux Arts déco voir une expo sur une nouvelle école de design, plutôt italienne (Milan !) mais incorporant deux Bordelaises, oooh. Et puis quoi, un design pour nos années 80, une esthétique pour notre décennie ? Ça me parlait. Ce fut donc l’expo Memphis. Des meubles et objets robustes, épais, colorés, des formes franchement différentes de ce qui s’était fait dans les années 70. Enfant de la ville nouvelle (Cergy-Pontoise), j’étais déjà fort intéressé par l’architecture et l’urbanisme, mais le design c’était très neuf pour moi. Ai-je aimé Memphis ? Je crois bien que non, pas réellement – pourtant, et en tout cas, on se mit à voir cette esthétique partout, sur les pochettes de disques par exemple, ou dans certaines bédés (les silhouettes triangulaires de Serge Clerc), et son application à l’architecture m’enthousiasmait : Number One Poultry, la maison de Jane Porter-Street, The Circle et Butler’s Wharf à Londres, notamment… Je n’apprécie guère les années 80, rétrospectivement, et très banal en cela j’aime le « vintage » 50-60 – je crois bien n’avoir que deux objets en design Eighties, un téléphone et une bouilloire. Enfin, le cercle se boucle et je reviens de la nouvelle expo Memphis aux Arts déco de Bordeaux, trente-six ans plus tard, un peu songeur.
Partage
RSS
Facebook

#2816

Ooooh ce fut un peu rude, aujourd’hui (plaignez-moi) : passé toute la journée sur des tableaux pour notre nouveau diffuseur — je hais Excel… Et dehors non seulement il faisait 33° mais, en fin de journée, une andouille écoutait du Justin Bieber à fond les ballons… Enfin, le soir venu, un coup de fil de mon fils-à-moi-que-j’ai et une discussion Messenger à bâton rompu avec une amie, et tout va déjà mieux… Les grillons stridulent calmement et j’ai récolté dix-sept figues mûres quand il faisait encore jour…

Partage
RSS
Facebook

#2815

Attendant un bus, tout à l’heure, je me suis mis à penser à l’océan. Il y avait du vent, de cette bousculade fraîche qui balaye souvent Bordeaux et qui, avec la pluie, la sauve encore de l’irrespirable. Je me suis souvenu qu’à Lyon, l’été, les fois trop rares où il y avait une telle brise je pensais à l’océan : souvenirs et impressions d’enfance, quand nous allions passer la période estivale à Saint-Brévin, sur l’estuaire de la Loire, et que bien souvent le vent marin nous empêchait d’aller à la plage. Et puis levant le regard, J’ai réalisé qu’un élément supplémentaire m’avait amené l’esprit à la grande eau : remplaçant la toiture d’une des maisons basses, en réfection, l’on avait installé de grandes bâches, qui claquaient et faseyaient comme une voile.

Partage
RSS
Facebook