#2720

Une étrange roseur c’était emparée du ciel hier soir, lumineuse et vibrante du côté du couchant et de l’autre baignant la ville dans un coton rosâtre qui plongea vite en un violacé trouble alors que les nuées les plus hautes se voilaient encore d’un tendre rose qui se diffusa partout avant de céder à la nuit dans des zébrures brûlantes. On respirait du rose.

#2708

Suis en pays inconnu : ayant pris un car à Agen, je m’enfonce dans ce cœur de Gascogne que je ne connais pas, à bord d’un véhicule cahotant de petite ville en petite ville aux noms inconnus de moi, en compagnie de quelques Anglais — direction Auch. Tuiles romaines. De jolies routes dans une campagne vallonnée dont l’automne commence à peine à faner la verdeur sous le ciel voilé. Un héron blanc marche au sein d’un troupeau de vaches pâles. Des mares brillent çà et là dans des replis de terrain, entre les labours sombres.

#2707

L’un des attraits des voyages ferroviaires se trouve dans le mystère des chemins. Toutes ces sentes que l’on voit courir depuis le point de vue de la voie, dont on ne sait pas et ne saura jamais vers quel horizon elles s’ouvrent, vers quelle destination elles filent. Large allée crayeuse dans une forêt de pins, chemin sinueux de terre ocre entre les genêts, sentier sableux au sein des vignes, miroir rectiligne d’un canal, coude d’une rivière ombragée de saules, traces parallèles franchissant un pré, petite départementale sous les fuseaux drus des cyprès, escalier montant au bord d’un talus, route grise contournant une colline sous le regard d’un cheval blanc…

#2702

Chez l’un de mes oncles, dimanche à Budos, le territoire où l’on capte l’eau pour alimenter Bordeaux. Les cloches sonnent l’angélus, les corneilles gloussent dans le laurier géant, les gouttes d’une pluie légère tintinnabulent sur les érables et contre les flancs oranges des citrouilles. De l’autre côté des vignes, un chien aboie. Les poules restent coites.