#2787

Le jaune vibrant des genêts à perte d’horizon. Trilles d’oiseaux et bourdonnements d’insectes saturent l’air sur le grand fond silencieux de l’azur, que viennent souligner à traits noirs quelques croassements épars (week-end chez le sieur Michel Pagel).

#2778

Midi. Un instant au jardin, dans une douceur humide et parfumée, avant que la ténèbre qui montre plein ouest son cul de plomb chargé d’eau ne vienne réjouir les plantes à défaut des hommes. De tous côtés vibrent des fleurs dans cette lumière grise et un corbeau donne de la voix, rauque, couvrant un moment les roucoulements proches et les gazouillis plus lointains. Le vent arrive, les feuillages bruissent, la lumière baisse : rentrons vite. // Plus tard : jour blafard et frileux. Au jardin ne glissent plus que les escargots, tout bave et dégouttelle, les têtes jaunes d’une sauge hochent sous le crachin. Le ciel grommelle.

#2758

Hier le temps était au beau et dans cette sorte de clarté humide qui se faisait sous un ciel clair, de nombreux moucherons menaient une danse. Ils tressautaient dans l’espace vert entre les coupelles suspendues de l’abutilon, les grands doigts frais du figuier et la jungle frisée du fuchsia. De temps en temps, un bourdon fendait cette foule de miettes pour aller d’un pied de monnaie-du-pape à un autre. La quiétude de ce samedi semblait presque incongrue, après vingt-deux semaines de tournoiements d’hélicoptères, de bruits sourds dans le lointain et de sirènes plaintives, toute cette confusion brutale d’un régime au pain sec. Au soir, j’allais faire quelques pas sur les boulevards et les oiseaux trillaient, gloussaient, pépiaient, petits corps vibrant et fusant depuis les fils électriques jusqu’aux bas platanes qui sont de « frémissants docteurs glosant les subtilités de la lumière », comme le dirait Réda. Aujourd’hui la ville froide courbe l’échine sous un ciel blanchâtre, qui va rester dans cette hésitation, crachin, quelques traces de bleu, solitude silencieuse, la végétation se gonfle d’ombre et l’arbre de la vieille voisine pleure son feuillage roux comme pour un nouvel automne.

#2772

Direction Paris pour un aller-retour dans la journée. La température presque printanière pourrait semer le doute mais l’hiver n’est pas achevé, le vert ne s’affiche qu’aux sapins, avec à leur pied l’écume jaune des ajoncs, vive sous le ciel gris. Le reste du paysage demeure pâle et griffu, les branches nues, l’herbe rase, les fougères en une mousse roussâtre. Les pins tendent leur long cou au-dessus des fantômes de bois encore du blanc-rosé du sommeil, les champs sont en pyjama raillé, les vignes des bâtonnets tordus, la caillasse blanche comme os, parfois un petit arbre se couvre de l’éveil de fleurs blanches, d’un minuscule cimetière jaillissent les flèches d’ifs sombres.