#2880

Printemps ! Et sur la table du jardin les feuilles de l’andromède du Japon (pieris japonica) forment une curieuse horloge. Le feuillage juvénile de cet arbre, d’un rouge vif, chute à cette saison, comme une sorte de pré-floraison. J’en fait souvent des marque-page.

#2864

Les arbres chuchotent sous la grande clarté lunaire qui vernit toute chose. Molle et froide, la nuit roule des nuées bleuâtres au-dessus de la crue immobile des tuiles. Le sol de la terrasse se couvre de grumeaux d’humidité luisante, comme des écailles tombées du sommeil de l’arrière-ville. Un tintement lointain et bref met en relief le grommellement sourd du boulevard, rumeur d’un moment qui serait toutes les nuits dimanche.

#2863

Pas bêcheur, le mimosa se fiche bien de son aspect dégingandé, qui au bout de ses longs doigts offre ses bouquets de lumière, étincelles d’un jaune vibrant, qu’une rencontre de hasard avec le buisson d’en dessous, dru et sombre, les fait contraster avec le mauve délicat des fleurs de la savourée. À leur pied, la houle des capucines roule ses vagues plates et lance quelque tentacules nouveaux.

#2862

La pluie c’est comme le ciel dont elle se décroche, il faudrait l’utiliser au pluriel. L’autre jour je fus médusé, alors que je venais de faire quelques pas dans la rue pour aller chercher ma poubelle et celle de Mademoiselle Rose, sur un trottoir parfaitement sec. Traversant la maison, je m’avise presque aussitôt de sortir dans le jardin — et floc floc, mes semelles constatent que la terrasse est trempée, je manque même de glisser en allant jusqu’au composteur. Il venait de pleuvoir, là seulement, comme un fond d’arrosoir dont on se débarrasse. Bordeaux ville des pluies.

#2861

En cette période où le jour brillant prend des aspects de faux printemps, il m’est bien difficile de résister à l’envie d’aller parcourir la paisible intimité des rues du quartier et, souvent vers les 17h, je m’invente quelque prétexte à sortir un moment. Entre les façades blondes, je lève le nez vers les — ah mais non, on n’a pas vraiment le droit de dire « ciels » au pluriel, en tout cas on n’est pas censé le faire, c’est plutôt d’usage artistique, et cieux est pour sa part un pluriel à usage religieux, ou bien désigne des contrées, comme c’est étrange ; mais alors quels synonymes pour « ciel », bon sang, ces fragments d’espace bleu, ces émois plus ou moins vastes au-dessus des toits et qui, à mon heure de sortie, se teintent d’un rose tranchant et de cette clarté décisive d’avant l’instant indécis où le soleil plongera ?