#2902

Ben dite-donc, c’est vrai qu’avec la tranquillité du confinement, la nature a repris ses droits. Hier soir je me suis promené dans mon quartier pour la première fois depuis deux mois, et j’ai croisé cinq chats (dont un jeune, un mince félin noir et blanc qui s’est précipité vers moi pour une caresse), deux divans et un fauteuil.

#2892

Sous le ciel que soutient la haute muraille, ce minuscule jardin figure bien les « confins du banal et du magique » que célébrait Jacques Réda. Une paix bourdonnante d’insectes invisibles, couvée par les roucoulements des pigeons. Un morceau de temps confiné où frissonnent troènes, micocoulier, fuchsia, abutilon, lauriers et figuiers. L’océan si proche que l’on devine dans les courants d’air et sur le sable fin des façades impose sa lumière et ses humeurs, nuées fumeuses et azurs éclatants en succession rapide. Vers le soir, en ce début de printemps, le ciel s’ouvrira telle une fenêtre, éclatant et précis comme du verre. Un moment, une heure peut-être, tout sera plus net, une respiration dorée. Puis le bleu tombera, engourdissant la terrasse et but par le désordre végétal, jusqu’à ce que monte une grisaille de la terre, qui troublera d’ombre le jardin alors qu’au-dessus, le visage de la résidence prendra une dimension théâtrale, en angles roses d’une netteté d’autant plus frappante qu’au sol tout se nouera de noirceur. Après le passage à l’outremer, ce sera la nuit et cette lune piquante, si froide, qui aplanira tout d’argent.

#2880

Printemps ! Et sur la table du jardin les feuilles de l’andromède du Japon (pieris japonica) forment une curieuse horloge. Le feuillage juvénile de cet arbre, d’un rouge vif, chute à cette saison, comme une sorte de pré-floraison. J’en fait souvent des marque-page.

#2864

Les arbres chuchotent sous la grande clarté lunaire qui vernit toute chose. Molle et froide, la nuit roule des nuées bleuâtres au-dessus de la crue immobile des tuiles. Le sol de la terrasse se couvre de grumeaux d’humidité luisante, comme des écailles tombées du sommeil de l’arrière-ville. Un tintement lointain et bref met en relief le grommellement sourd du boulevard, rumeur d’un moment qui serait toutes les nuits dimanche.

#2863

Pas bêcheur, le mimosa se fiche bien de son aspect dégingandé, qui au bout de ses longs doigts offre ses bouquets de lumière, étincelles d’un jaune vibrant, qu’une rencontre de hasard avec le buisson d’en dessous, dru et sombre, les fait contraster avec le mauve délicat des fleurs de la savourée. À leur pied, la houle des capucines roule ses vagues plates et lance quelque tentacules nouveaux.