#2573

Les jours se suivant sans se ressembler, hier s’avéra assez atroce, aujourd’hui semble plaisant. De bonne humeur, j’ai donc été faire un brin de jardinage. C’est fou : j’ai semé de l’huître botanique et du jambon du jardinier. Et vu avec délice que les deux sauges dont mon excellent camarade Julien m’avait donné des boutures cet été sont déjà en fleur, petites pointes rouges. Une surprise, tout à l’heure : passant à la cuisine, je discerne une chose noire et minuscule filer par la porte du côté, faire un saut sur les dalles du dehors puis bondir dans l’arbuste au-dessus de la palissade : un merle, sans doute ? Sur la rétine je n’ai eu qu’une impression fugitive, genre les noiraudes chez Miyazaki. Quel culot d’ainsi s’introduire dans une maison où logent trois chattes.

#2567

Mon menu lopin sous le haut mur ne l’a pas encore vraiment réalisé mais la saison rousse est bien là, pour ma part je l’ai compris ce soir. Sous un ciel déjà outremer lorsque sonnent les 20 heures, les têtes orangées emmanchées au bout d’un long cou s’allument timidement, hésitantes, brouillant les ombres. Elles accentuent la teinte automnale qui s’est emparée de la petite place pas loin de chez moi, celle qu’enserrent les grises maisons de cheminots, d’un côté, et les blancs pavillons sixties, de l’autre. Un brin de vent fait crisser les feuillages et lève une senteur sèche, alors que pourtant d’intermittentes averses ont martelé tout le jour. Le sol se jonche de boucles rousses, les tilleuls entament leur calvitie hivernale.

#2577

À force de piquer des graines çà et là, des fois je ne sais plus trop ce que je fais pousser dans certains pots… La jolie plante grimpante aux feuilles très découpées, par exemple, aucune idée de ce que c’est… En revanche, ce que je sais c’est qu’impossible de faire pousser basilic et carottes : les escargots les broutent ras-pied ras-terre à la première percée. J’ai rentré le grand pot de carottes naines, du coup. (Vie ma vie passionnante)

#2576

Qu’ai-je vu ? Des lapins dans le sous-bois. Des chèvres des Pyrénées à la longue barbe blanche. Des dindes noirs du Gers au front couvert de verrues écarlates. De grands arbres aux frondaisons torves. Des chemins blancs. La dureté du gravier et la douceur des sentiers. Quelques canards. Le vert tendre des jeunes chênes et le vert-de-gris des sapins. L’unique fleur blanche géante d’un magnolia couvert de grenades couleur d’anis. Les roucoulements des pigeons, le crissement des feuilles mortes bousculées sur l’asphalte, les rires d’un canard et les gloussements d’un coq. De grises nuées qui s’amoncellaient au-dessus des cimes. Peu de gens, quelle aubaine.

(qq heures au Parc bordelais)