#2667

Les températures sont revenues à un niveau normal après cette soudaine explosion de chaleur de quelques jours. Les plantes en ont été saisies, au point que les trottoirs sont jaunes de pollen et que l’autre soir, lorsque Karim et mon sommes rentrés chez moi, toute la maison sentait le parfum citronné et un peu âcre du pierri, le petit arbre de la voisine qui surplombe le bord de la terrasse, couvert de grosses touffes de fleurs blanc-vert. Une des azalées a également ouverte ses fleurs en grand, quand sur l’autre elles ne sont encore que des griffes sombres. Les tulipes ont fanées et un premier iris est déjà fleuri. L’épaisse colonne d’une bardane laisse tomber au sol quelques-unes de ses petites fleurs blanches. Les pervenches couvrent l’herbe sous le figuier.

#2630

Un cyprès… « Intrusion sévère, violemment protestataire, de l’univers des solides parmi la folle agitation féminine, hystérique, des feuilles et des vergettes à chaque instant mises en émoi par le vent. Tout ici est refus exemplaire de la flexion. Les rameaux se referment sur le tronc comme le faisceau contreforté d’un parapluie, se soudent durement par la pointe comme les poils d’un pinceau encollé. Les fruits, minéralisés, d’une rigidité étrange de fossiles, font penser à de minuscules ballons de football éclatés aux coutures, mais ces segments disjoints qui provoquent l’ongle, nulle force ne peut les séparer. » (Julien Gracq, Carnets du grand chemin, 1992)

#2573

Les jours se suivant sans se ressembler, hier s’avéra assez atroce, aujourd’hui semble plaisant. De bonne humeur, j’ai donc été faire un brin de jardinage. C’est fou : j’ai semé de l’huître botanique et du jambon du jardinier. Et vu avec délice que les deux sauges dont mon excellent camarade Julien m’avait donné des boutures cet été sont déjà en fleur, petites pointes rouges. Une surprise, tout à l’heure : passant à la cuisine, je discerne une chose noire et minuscule filer par la porte du côté, faire un saut sur les dalles du dehors puis bondir dans l’arbuste au-dessus de la palissade : un merle, sans doute ? Sur la rétine je n’ai eu qu’une impression fugitive, genre les noiraudes chez Miyazaki. Quel culot d’ainsi s’introduire dans une maison où logent trois chattes.

#2567

Mon menu lopin sous le haut mur ne l’a pas encore vraiment réalisé mais la saison rousse est bien là, pour ma part je l’ai compris ce soir. Sous un ciel déjà outremer lorsque sonnent les 20 heures, les têtes orangées emmanchées au bout d’un long cou s’allument timidement, hésitantes, brouillant les ombres. Elles accentuent la teinte automnale qui s’est emparée de la petite place pas loin de chez moi, celle qu’enserrent les grises maisons de cheminots, d’un côté, et les blancs pavillons sixties, de l’autre. Un brin de vent fait crisser les feuillages et lève une senteur sèche, alors que pourtant d’intermittentes averses ont martelé tout le jour. Le sol se jonche de boucles rousses, les tilleuls entament leur calvitie hivernale.

#2577

À force de piquer des graines çà et là, des fois je ne sais plus trop ce que je fais pousser dans certains pots… La jolie plante grimpante aux feuilles très découpées, par exemple, aucune idée de ce que c’est… En revanche, ce que je sais c’est qu’impossible de faire pousser basilic et carottes : les escargots les broutent ras-pied ras-terre à la première percée. J’ai rentré le grand pot de carottes naines, du coup. (Vie ma vie passionnante)