#2818

Dimanche en bord d’eau… une rainette arboricole coasse dans le marronnier, le vent souffle et respire en un grand bruit dans les pins… quelques mouettes ricanent au loin, sous un ciel de plombagine qui fait briller le sable et rend toutes les teintes plus acide… quelques pas dans l’eau du lac, sur la vase douce…

#2815

Attendant un bus, tout à l’heure, je me suis mis à penser à l’océan. Il y avait du vent, de cette bousculade fraîche qui balaye souvent Bordeaux et qui, avec la pluie, la sauve encore de l’irrespirable. Je me suis souvenu qu’à Lyon, l’été, les fois trop rares où il y avait une telle brise je pensais à l’océan : souvenirs et impressions d’enfance, quand nous allions passer la période estivale à Saint-Brévin, sur l’estuaire de la Loire, et que bien souvent le vent marin nous empêchait d’aller à la plage. Et puis levant le regard, J’ai réalisé qu’un élément supplémentaire m’avait amené l’esprit à la grande eau : remplaçant la toiture d’une des maisons basses, en réfection, l’on avait installé de grandes bâches, qui claquaient et faseyaient comme une voile.

#2814

Sans doute cela me manquait-il le plus, lorsque je vivais à Lyon : la vision du ciel, car là-bas les rues sont de profonds canyons et l’on ne lève guère le nez vers le paysage nuageux ; d’ailleurs il y pleut assez peu, ai-je toujours trouvé. Je m’asseyais souvent à la fenêtre de la cuisine, pour malgré tout saisir un peu de ciel, comme une respiration. À Bordeaux, ville basse, j’ai retrouvé enfin ce lien constant avec le grand spectacle de la météo, et parfois, de mon jardinet, je me surprends à contempler les nuées comme on le ferait d’un tableau, admirant le touché du pinceau et la nuance des tons, je bade au firmament, béat de ce qu’ici il fasse beau… plusieurs fois par jour, si j’ose dire.

#2809

Jour au château. Les grands arbres s’égouttent en un murmure régulier, il fait une douce moiteur que saluent les roucoulements des pigeons. Un petit rapace passe dans le ciel en protestant d’un cri curieusement grinçant. Au bout d’un moment, il se décide à venir se poser au sommet du pin, non loin de moi. Trois autres tournent très haut. À l’intérieur, l’horloge vient de tinter.

#2804

Ne rien faire : depuis le banc, regarder deux citrons voleter dans la lavande, oscillant d’une fleur à une autre comme des lamelles de lumière ivres de parfum ; voir les bambous gesticuler au-dessus du pignon de la maison ; contempler le balancement des gauras au sein du bouquet de pois de senteur ; apprécier le passage sur fond de bleu d’une hirondelle ou d’un pigeon, tandis que de gros nuages tordus défilent en frise blanche tout en bas du grand ciel.