#2688

Lorsque dans un ciel largement ouvert, champ bleu semé d’immenses bâtisses blanches à l’architecture filandreuse, un nuage soudain cache le soleil, c’est toute la réalité qui devient matte, comme s’il venait à manquer une dimension que nous ne soupçonnions pas.

#2687

Le bas du ciel est tout gribouillé, ce soir. Là-haut s’empilent les longues nuées blanches et les grandes masses grises, sagement rangées au-dessus de la ville, mais dans l’échancrure de la voie ferrée l’on voit au loin des striures, des biffures, des nuages en charpie, quelques coins de bleu, tout un désordre.

#2681

L’aurore venue, les moineaux plongent dans l’empelopsis qui couvre la façade ou dans la bignone qui cache le grand mur de côté, et trouvent là leur refuge nocturne, rencognés contre la chaleur rendue par la pierre et camouflés par le feuillage. Lorsque l’ombre qui descend ne laisse plus qu’une mince couche de jour, les grillons commencent à striduler et soudain les pipistrelles fendent l’air en silence.

Les longues tiges du gora blanc s’inclinent l’une après l’autre comme un petit bourdon rayé vient les courtiser systématiquement, puis se relèvent et se balancent en cadence dans un rayon de soleil, tandis qu’à côté un gros bourdon noir aux reflets bleutés butine les fleurs rose des pois de senteur. Deux moucherons montent dans la lumière en tournoyant.

#2680

Quand les martinets s’en sont-ils allé ? Je n’ai pas pris garde au soir exact où leurs petits corps sombres n’ont plus tourné au-dessus du quartier, où ont cessés leurs pressants cris lancés comme des flèches. J’ai l’impression confuse que ce soir où les nuages empêchèrent d’admirer l’éclipse de lune fut également celui où les martinets quittèrent mon morceau de ciel, mais je ne saurai en jurer, peut-être avaient-ils désertés les parages un peu auparavant et n’ai-je pas été attentif. Apus apus est reparti. Je regarde pourtant beaucoup les oiseaux : cette pie qui l’autre jour, juchée au coin de la toiture de la maison voisine, toujours vide, fit la démonstration de toutes les capacités de son chant. J’en admire souvent le plumage blanc et noir, les longues rémiges de sa queue, ses  reflets iridescents. Des merles, beaucoup de moineaux, querelleurs. Trois colombes, les ailes claquantes. Une fois j’ai vu passer un rouge-queue dans le jardin de mon voisin Nicolas. Ce matin j’ai repéré dans le mien, au sein du troène, la poitrine jaune d’un verdier, puis l’ai vu filer sous le figuier, les chattes aussi l’avaient vu mais le petit passereau n’était déjà plus là.

#2679

Il faut être attentif, pour n’en pas laisser perdre. Écarter les larges feuilles rugueuses, se baisser un peu, guetter les sphères et leur couleur. Si l’une a pris une belle teinte d’un violet sombre, éventuellement avec un soupçon d’écarlate au niveau de l’attache, alors il convient de la tâter doucement, d’apprécier ce mélange de tension et de souplesse, sous la peau rêche et pégueuse, qui aussitôt diffuse un léger arôme sucré, avant que de la détacher d’une légère torsion.

Je viens de déguster mes trois premières figues de la saison.