#2937

Une tristesse. Il y a dans mon minuscule fond d’impasse plusieurs présences animales familières : les trois chatons que je viens encore de voir courir au sommet de la muraille ; la tourterelle brune qui, maintenant qu’une voisine lui donne des miettes, ne quitte plus guère l’asphalte de notre ruelle ; et un hérisson de bonne taille, que je croisais parfois lors de mes promenades vespérales et que je n’ai jamais osé essayer de prendre en photo. Las, je viens de voir le pauvre petit corps de ce dernier dans un caniveau, ça m’a serré le cœur. C’est bête mais il va me manquer.

#2928

Un dimanche en cœur d’été, les sons de la ville n’appartiennent qu’au domaine de la quiétude. Nombreux bourdonnements et tournoiements frisés d’insectes – un corpulent bourdon noir butinait tout à l’heure les corolles des courges, plongeant profond dans les fleurs jaunes. Je ne peux hélas plus dormir la nuit sur la terrasse, maudits moustiques. Épars tchip-tchip des oiseaux discrets à cette saison, et ce matin quelques « pioup » isolés. La rumeur presque inexistante du boulevard. Le grommellement puis le grand souffle d’un train. La ville qui sonne belle, le samedi matin comme le dimanche : les cloches d’une église, voix de métal claire et sage. De minuscules « miaou », un instant, les trois chatons sont de passage en haut du mur. Les grincements sourds d’un autobus. La chute d’une feuille du figuier, froissement sec. Rien d’autre. Le chaud silence.

#2921

Hier soir le ciel ouvrait sur les toitures basses ses cuisses grises et cette nuit, avant une fine pluie, il repeignait la ville d’une grande lactance blafarde sur laquelle les nuages s’inscrivaient en négatif, nuées sombres et filandreuses qui glissaient en biais au-dessus du jardin, comme des contorsions de suie, presque inquiétantes dans leur lente détermination.

#2917

À eux trois, figuier, fuchsia et abutilon, ils emplissent l’étroit jardin d’une jungle terrible jungle, dont l’on verra à l’hiver si je me résous à la sabrer un tant soit peu. Sous le ciel hésitant, en lisière d’orage, ils bourdonnent et grésillent dans l’air durci, tandis que très loin une tondeuse qui hoquette donne la mesure du vide comme d’une grande boîte dominicale (« Mais c’est samedi ! »).

#2915

Odeurs d’été. Celle fruitée des fleurs couvrant d’une neige drue les deux grands troènes dominant les jardins ; celle lourde et capiteuse des magnolias géants du parc sur le boulevard ; celle verte et franche des plants de tomate ; et le poivré, dans la cuisine, du bouquet de basilic acheté hier au marché ; ou ce mélange de périchor et d’humidité chaude, après l’arrosage, le soir. Cette nuit, lors d’une promenade, le quartier sentait le brûlé, une senteur âcre comme si après l’écrasante température du jour la ville se tenait prête à exploser.