#2771

Je lisais dehors, le cul sur un coussin pour me protéger de la rudesse de la chaise en fer, et le bleu lumineux du ciel se voilait d’à peine quelques volutes blanches en ce printemps de février. Des petits bruits de dégringolade crépitaient de temps à autres du côté du mur, comme des miettes,  et la chatte, à mes pieds, se tenait aux aguets. Au bout d’un moment le coupable se montra, en équilibre sur une branche du troène, au-dessus de la haute muraille. Le merle picotait des graines, ça grinçait et se balançait, tranquille. La chatte monta sur l’autre chaise, en miaulant parfois et me coulant des regards interrogatifs. Notre bonhomme merle, son repas fini, sauta sur le sommet du mur et demeura là longtemps, parfois silencieux, attentif, parfois chantant, artiste. La chatte épuisée par tant d’émotions rentra et monta à l’étage se coucher sur mon lit. Le gros volatile noir gazouillait, pépère, pensif, puis se décida à prendre son envol.

#2766

Ce n’est pas grand-chose, mon jardin est minuscule, mais les merles s’égosillent, le perce-neige a fleuri, le mimosa aussi, et le jasmin ; les iris, les tulipes et les jonquilles ont percé… La nature renaît encore, me dis-je un peu rassuré.

#2763

Depuis que je suis (de nouveau) Bordelais, chaque fois m’émerveillent les vols de grues. En ce moment, il y en a plein, mais lorsque je suis sorti tout à l’heure, le spectacle était encore plus sidérant : les oiseaux se trouvaient tellement bas sur la ville que pour la première fois, au lieu d’admirer une flèche d’accents circonflexes passer dans le bleu du ciel, j’ai distinctement discerné les plumages blanc et gris. Vous m’excuserez de n’avoir pas pris le temps d’une photo, j’étais bien trop occupé à bâiller aux grues, si j’ose m’exprimer ainsi.

#2742

Ce matin, je me suis levé trrrrès tôt. Non, mais alors, vraiment trrrrès tôt : vers 6h du matin. Pour aller faire une présentation des Moutons électriques à des bibliothécaires de la région de Saintes, en compagnie de mon gentil confrère de chez Monsieur Toussaint Louverture, le tout organisé par ma camarade d’études, Emma. Et c’était très bien, c’est pas ça, mais bon, 6h c’est… tôt. Et j’ai encore coincé quelque part dans la mémoire, le souvenir un peu halluciné d’une boule d’un jaune citron, vive et brouillée, éclaboussant soudain le bas du ciel, derrière la vitre du train, en plein cœur d’un paysage de bleu roi et d’une brume grisâtre, rayés des stries d’ombre profonde des arbres. Un peu avant 9h du matin. La Saintonge en hiver, y’a pas, c’est du post-apo.