#2912

Curieuse heure que celle où les ors du ciel drossent la grisaille dans les jardins alors que, perché sur la plus haute cheminée de l’impasse, le merle trille encore en pleine clarté. Au niveau du sol, les teintes mineures s’imprègnent imperceptiblement de bleu soir, tandis que massés en épaisse frange au ras des toits, les nuages rêveront bientôt dans ce contre-jour à la Magritte caractéristique des nuits urbaines.

#2910

Par-dessus les jardins étroits et obscurs, la brume tombée des nuées, ou bien ces dernières décrochées de la nuit sous la force des bruines précédentes, brouille le bleu sombre où se dilate seulement le halo blafard d’un lampadaire lointain, dans l’échancrure entre les bâtiments. Beaucoup plus haut, les étoiles battent à peine sur un buvard humide et, entre les deux, un tintement électrique perce quelques fois avant que la rumeur paisible de cette heure tardive ne retrouve son souffle. L’oreille se tend en vain, pas de voix ni de moteurs, et si peu de lumière, tout dort.

#2902

Ben dite-donc, c’est vrai qu’avec la tranquillité du confinement, la nature a repris ses droits. Hier soir je me suis promené dans mon quartier pour la première fois depuis deux mois, et j’ai croisé cinq chats (dont un jeune, un mince félin noir et blanc qui s’est précipité vers moi pour une caresse), deux divans et un fauteuil.

#2892

Sous le ciel que soutient la haute muraille, ce minuscule jardin figure bien les « confins du banal et du magique » que célébrait Jacques Réda. Une paix bourdonnante d’insectes invisibles, couvée par les roucoulements des pigeons. Un morceau de temps confiné où frissonnent troènes, micocoulier, fuchsia, abutilon, lauriers et figuiers. L’océan si proche que l’on devine dans les courants d’air et sur le sable fin des façades impose sa lumière et ses humeurs, nuées fumeuses et azurs éclatants en succession rapide. Vers le soir, en ce début de printemps, le ciel s’ouvrira telle une fenêtre, éclatant et précis comme du verre. Un moment, une heure peut-être, tout sera plus net, une respiration dorée. Puis le bleu tombera, engourdissant la terrasse et but par le désordre végétal, jusqu’à ce que monte une grisaille de la terre, qui troublera d’ombre le jardin alors qu’au-dessus, le visage de la résidence prendra une dimension théâtrale, en angles roses d’une netteté d’autant plus frappante qu’au sol tout se nouera de noirceur. Après le passage à l’outremer, ce sera la nuit et cette lune piquante, si froide, qui aplanira tout d’argent.

#2880

Printemps ! Et sur la table du jardin les feuilles de l’andromède du Japon (pieris japonica) forment une curieuse horloge. Le feuillage juvénile de cet arbre, d’un rouge vif, chute à cette saison, comme une sorte de pré-floraison. J’en fait souvent des marque-page.