#2778

Un dimanche. S’il faisait fort beau hier sur la « marche pour le climat », il pleuvotait ce matin, ce qui m’ôta le courage de me rendre à la brocante Saint-Michel, d’autant qu’un vide-grenier s’étendait à deux pas de chez moi, dans la rue, barrière de Bègles. Ainsi font les petites gens, monsieur le président, ils s’échangent des petites choses pour de petites sommes, entre eux. Et un seul livre suffit à mon petit bonheur, sous les nuages grisouilleux : un vieil et bel hardcover anglais de 1969, The Essential James Joyce. Au téléphone, ma mère s’étonna que j’évoque mes capucines, mais si, je viens d’ailleurs de lire sur le ouèb que « Dans les régions sans gel, les capucines se ressèment toutes seules et même, dans certains cas, se développent comme des plantes vivaces. » Eh bien c’est le cas ici, dans le grand bac sous l’une des fenêtres du salon ; elles n’ont cessé de grandir et de s’enchevêtrer tout l’hiver et elles fleurissent déjà, ces capucines dont l’ardeur me remet San Francisco en mémoire. Et puis je suis rentré chez moi, lire un peu et travailler un peu.

#2748

Lorsque j’étais enfant, j’avais une vocation : devenu grand, je serais auteur de bédé – ou bien je fabriquerai des livres, c’était bien aussi. Bon, un sur deux. Et je passais mon temps, durant quelques années, à créer de petites revues et des tas de bandes dessinées, avec le plus souvent les héros récurrents Zozo et Bibiche, très influencés par Placid et Muzo dont la… disons, la simplicité, me paraissait constituer un niveau atteignable. L’on m’offrit un jour une sorte de pâte à modeler qui pouvait devenir dure une fois plongée dans l’eau chaude : miracle, ainsi pouvais-je façonner mon propre merchandising ! Il reste des exemples de ces œuvres juvéniles çà et là dans ma famille, et j’ai une boîte en fer contenant les figurines (j’aime toujours bien le méchant à cagoule). Voilà. Le minuscule cirque intime d’un imaginaire d’enfance.

#2744

Je viens de plonger dans mon tiroir à courrier — je reçois de nos jours si peu de lettres papier de copains qu’un simple tiroir suffit… je voulais réunir ma collection des cartes de vœux dessinées de Patrick M. et sacrédié j’en ai… trente et une ! Ça c’est de la persévérance, et ô combien précieux. Plus une pour un déménagement de Cathy & Roland. Et puis revu de tas de petites choses touchantes, par exemple les deux lettres de monsieur Georges Chaulet. Ou la lettre de rupture d’un garçon prénommé Patrick quand j’étais à la fac, à l’encre bleue. (Sinon j’ai à la cave plusieurs sacs des lettres de ma jeunesse, les correspondances de Roland, de Michel Pagel, de Michel Jeury, par exemple…)