#2840

Chaque voyage constitue une sorte de réserve d’images mentales et ce dernier séjour à Londres ne dérogea pas à la règle, avec notamment cette vision de la BT Tower depuis un square de Finsbury Hill — de l’intérêt de se perdre légèrement : je n’avais jamais observé cela et me tromper d’une rue m’offrit ce nouveau point de vue, la tour émergeant du feu du couchant au-dessus d’un semblant de forêt. Ayant essayé de me perdre délibérément un matin, du côté de Fitzrovia et dans Marylebone, j’y échouais malheureusement, avec le constat que je connais sans doute un peu trop bien cette ville désormais, mais cela me fit passer par un petit jardin, Paddington Street Garden, et réveilla le souvenir d’une idée de nouvelle que j’avais eu il y a longtemps — il faudra que je fouille dans mon blog et mes carnets. À raison d’entre 15 et 20 kilomètres de marche par jour, dans la lumière de l’automne ou dans les soirs fauves et bleus, avec la pluie seulement à une occasion, une fois encore ai-je engrangées images, atmosphères, bribes urbaines et fragments de décors — à distiller durant quelques années, peut-être, dans ces fictions que j’ai recommencé à écrire et qui tremblent en moi comme des poussées de souvenirs.

#2836

La majeure partie de mon équipe est en route vers Paris, pour le Salon Fantastique — je vais me sentir un peu seul, snif. Mais il faut dire que je monte justement à Paris la semaine prochaine, en coup de vent, juste le temps d’aller visiter les entrepôts de MDS à Dourdan, notre nouveau distributeur, avant de filer à Londres pour une petite semaine d’une détente bien nécessaire (faut que j’me calme). Eh oui, Londres encore, Londres toujours, et il convient que j’en profite car hélas mes amis vont vendre l’appartement qu’ils me prêtent depuis pas mal d’années. Bon, d’autres voyages sont déjà à l’étude avec mes camarades ovins, dont l’un au Québec, mais Londres, quoi, il me serait difficile de ne pas y revenir de manière régulière. Tout comme de façon livresque, puisque j’ai récemment publié London Noir, un petit guide de la capitale britannique de 1860 à 1960, et que mon court roman de cet été (actuellement en lecture chez les éditeurs) s’y déroule comme de juste.

#2831

Il pleuviote, il pleuvine, ou bien faut-il écrire pluviote, pluvine, je ne sais, mais en ce premier jour d’automne ça semble très adéquat — et ô combien bienvenue après tant de chaleur et de sécheresse. C’est avec plaisir que je retrouve la petite musique de l’averse, et puis ce n’est pas comme si je manquais de lecture pour m’occuper.

#2827

Lorsque j’écris de brèves descriptions, ce que je nommais fut un temps mes « instants lucides », il s’agit pour moi de saisir par écrit un peu de ce que capterait une photographie. Par définition, l’on se trouve alors en mode contemplatif, et maintenant si je resonge à ces deux jours délicieux que je viens de vivre, ce week-end d’anniversaire à la campagne, je me trouve plutôt en peine de coucher souvenirs et émotions sur le papier. Car en lieu et place de contemplation, ces jours furent ceux d’une volonté claire de vivre chaque seconde, de saisir chaque instant, avec autant d’acuité que possible, conscient comme je me trouvais du caractère marquant, sorte de « moment historique » intime, de mon histoire personnelle. Alors aucune phrase ne s’est tissée, je ne pouvais pas penser à écrire alors que je m’occupais à apprécier, regarder, écouter, saisir — et rire, et déguster, et bavarder. Un discours, un discours, demandèrent les amis plusieurs fois, mais il n’en était pas question pour moi, je voulais simplement savourer l’instant présent, la tendresse, cette « famille logique » comme dirait Armistead Maupin dont je viens de lire avec émotion l’autobiographie, ce groupe réuni presque miraculeusement dans un instant privilégié. Au sein d’une verdure vibrante, sous les feuillages bruissants, avec l’éclat du jour déclinant et celui du feu de camp dans l’obscurité, la fumée et les braises des bûches, une danse esquissée, des chats discrets, les vaches non loin, un hamac refermé comme la cosse d’un petit pois, le tiède abri d’une tente sous un bouleau, un minuscule crapaud dans la nuit comme couvert de diamants, l’émerveillement d’un feu d’artifice, le meilleur tofu du monde, des bouteilles de vino verde, des cartons de bouquins sur l’herbe, les lampions dans l’érable, le chemin de lumière en pots de verre, la complicité, les discussions, les fou-rires, et tout cela qui file si vite. Un grand bonheur. Merci.