#2855

Dans quel monde on vit ? M’étant rendu en ville chez un marchand de thé, j’y fus reçu presque comme si je leur demandais quelque drogue fâcheuse : du tarry souchong, fi donc, vous n’y pensez pas, c’est interdit par l’Union Européenne ! Tiens donc ? Bien, je m’en retourne donc en mes pénates, et chemin faisant me souviens d’avoir entendu dire que certaines marques dont le fumage du thé noir était effectué avec n’importe quel combustible s’était vu interdites de vente… Bon, soit. Je cherche sur le web : tout le monde vend toujours mon thé favori, sauf ladite maison. Euh, hem. Oh, et en rentrant j’ai vu passer sur les quais la devanture d’un vendeur de CBD. Mais dans quel monde on vit ?

#2849

Je ne suis jamais parvenu à rédiger un texte complet sur l’anniversaire campagnard des Moutons électriques, en septembre dernier — ce fut quelques jours tellement intenses, adorables, tendres, drôles, j’en conserve tant d’émotions et de couleurs, que coucher tout cela sur le papier, fut-il virtuel, demanderait trop d’efforts… Tout juste ai-je gardé cette introduction :

La maison toute de brique parée ressemble à celle d’un garde-barrière et même les quelques granges pourraient constituer autant de hangars ferroviaires mais le train se trouve bien plus loin, on l’entend passer, seul son souffle s’approche. La maison s’élève en bordure d’un bois, au centre d’un terrain verdoyant, gonflé d’une humidité d’autant plus rafraîchissante que le pays blondi encore des effets de la canicule estivale. Il y a des étangs non loin, et de l’autre côté de la route quelques vaches qui broutent l’herbe si verte et si drue. La maison possède également quelque chose d’un Tardis, passée la petite cuisine elle s’avère tellement plus grande que vue de l’extérieur.

Quoiqu’il en soit : un souvenir doré. Ce fut beau et chouette, ces 15 ans, tous ces ami.e.s, mon fils, ma cousine, les chats, le feu de bois, les bons plats, le feu d’artifice, la nuit sous la tente, le chemin de petites lumières, le 15 doré tournoyant dans l’arbre…

#2845

De façon régulière, des mots viennent me hanter un moment avant de replonger dans les profondeurs inexplicables de mon cerveau. À l’instant, comme j’admirais paresseusement le paysage de la campagne automnale – tons de terre, d’ardoise, de roux, de citron, de cuivre ou de vert tendre – à travers lequel file le train vers Paris, sous des nuages tour à tour blancs et pommelés ou d’un gris étirement, alors que je me disais combien il me semble plus plaisant que celui du même voyage depuis Lyon et que le jeu de la lumière chaude et rasante découpait de longues ondulations sombres sous un alignement d’arbres en dentelle, tout soudain : Octolasion tyrtaeum ! Le nom latin d’une espèce de vers de terre. Why oh why ?

#2844

Chaque fois que je lis un Modiano, et là je lis son dernier en date (Encre sympathique), cela me fait le même effet : je songes à toutes ces personnes que l’on croise dans une existence, tous ces amis d’un moment qui curieusement s’espacent et s’effacent, ces familiers qui s’éloignent, ces amitiés qui auraient pu être et ces visages qui s’estompent. Cette fille qui tenait à sortir avec moi et dont je ne sais plus que le prénom, Agnès. Ce garçon que j’ai tant aimé pour seulement une poignée de mois, car il ne faisait que passer, Werner. Cette copine de l’époque de la fac, peintre en lettres, Françoise. Tant et tant de monde. C’est encore plus mystérieux que les gens que l’on croise dans la rue et que parfois l’on admire, sur lesquels il m’arrive de m’interroger : ceux que l’on connait et que l’on fréquente un peu dans la vie — et puis qui filent sans nous.