#2702

Chez l’un de mes oncles, dimanche à Budos, le territoire où l’on capte l’eau pour alimenter Bordeaux. Les cloches sonnent l’angélus, les corneilles gloussent dans le laurier géant, les gouttes d’une pluie légère tintinnabulent sur les érables et contre les flancs oranges des citrouilles. De l’autre côté des vignes, un chien aboie. Les poules restent coites.

#2700

D’anciennes demeures fortifiées ponctuent çà et là le sommet des collines, ou parfois le clocher carré d’une église, considérant le paysage depuis la pierre dorée de leur façade avec la sorte de morgue vexée des vieilles personnes qui savent avoir perdu leur rôle social. À leur pied s’éparpillent des ballots de foin comme les pilules tombées de la boîte d’un géant parkinsonien. La rectiligne verte du canal double la voie ferrée en une poursuite immobile. L’alignement des ifs rappellent un peu la Toscane et aux tavelures de soleil des tuiles romaines répondent les feuillages jaunis et racornis des maïs.
(Toulouse-Bordeaux by train)

#2691

Balayé la terrasse, redressé les pieds de moutarde et de poivron (j’aime beaucoup la manière dont ils s’enlacent), et découvert une plume grise dans un arbuste de sauge. Il faut dire que la tempête de cette nuit fut brève mais d’une grande violence. On respire de nouveau.

#2690

Aller / retour

Un fleuve, une rivière, un ruisseau, puis les étendues de pins et de sapins, ensuite la blondeur des champs et le vert des vallonnements : sur son destrier électrique, le capitaine file pour un séminaire de travail des « Indés de l’imaginaire » en notre bonne capitale. De quoi finir le manuscrit qui me reste dans la liseuse ; on ne dira jamais assez l’avantage des lectures ferroviaires.

L’on dépasse à peine l’entassement des banlieues, depuis Montparnasse, que Paris est déjà oublié, le train surgit en plein pays agricole : à perte de vue, le poil dru et blond des chaumes, parfois une bande de terre labourée, et les grandes ombres des nuages qui glissent sur ce décor absolument rural et rigoureusement vide. Le monde technologique ne le marque que de quelques verticales : celles des pylônes électriques, des longs cous des éoliennes ou, parfois, du corps crayeux des silos.