#2578

Mon jardin est tout petit mais m’apporte malgré tout bien des menus plaisirs, comme de manger ce midi une salade de pourpier, tomates, oignon et piment doux en provenance de mon espace à moi que j’ai. Et je songeais à ces bonheurs minuscules qu’il faut parvenir à saisir, à entretenir, à chérir pour se sentir bien, notamment à certaines photos qui me sont chères. Celle-ci par exemple, réunissant deux garçons importants pour moi (mon assistant et mon fils), et la lecture, toujours la lecture. Les bougies c’était plus fortuit, mais cela créa une belle ambiance. Au début de mon acclimatation bordelaise, il y avait fréquemment des pannes de courant, l’installation vétuste ne fut enfin remplacée par la compagnie d’électricité qu’après plusieurs protestations des habitants de l’impasse. Maintenant même par les orages les plus violents, comme l’on en a eu un il y a peu, la lumière demeure stable.

Mon traditionnel épuisement estival m’ayant rattrapé, je me suis mis un peu en pause, je (re) lis pour mon plaisir seulement, à savoir pour l’instant Moonheart de Charles de Lint, l’une des premières fantasy urbaines à m’avoir renversé — à la relecture, je trouve que l’auteur tirait un peu trop à la ligne, je passe vite sur certaines séquences, mais la musique particulière de cet auteur me séduit toujours. Niveau bédé, je relis avec jubilation les « Lapinot » de Lewis Trondheim.

#2567

Je marche beaucoup, en ce moment. Trois petites sorties rien qu’aujourd’hui, pour essayer de m’éclaircir la tête. Jamais loin, le quartier, le boulevard,les barrières, la gare, Nansouty… Le meilleur moment : l’heure entre chien et loup, lorsque l’éclat déclinant du ciel lutte avec les alignements oranges de l’éclairage municipal, que le visage blond des maisons se maquille de frais, que les grillons commencent à crisser dans l’échancrure ferroviaire, que les squares clos s’envahissent d’ombre, que les vélos passent en un souffle et les voitures en une ribambelle de lumignons. L’été m’est toujours plus difficile, besoin de marcher pour relâcher un peu de la pression de la solitude, et les crises d’angoisse qui vont avec. Cueillies quelques graines de rose trémière, dans l’espoir chaque fois déçu qu’un jour, l’une ait le caprice de pousser dans mon jardin plutôt que sur les trottoirs. Récolté aussi pas mal de pourpier, afin de le replanter dans un bac — des provisions pour futures salades.

#2566

La plateforme d’hébergement de mon blog me dit qu’il comprend 2896 articles. Fichtre. Ah, il faut dire que je « blogue » depuis… 2001 je crois ? Une amie en parlait comme d’un « voyage au long cours », il y a peu. Parfois je me demande pourquoi, tous ces mots, et qui les lit donc ? Il y avait un compteur de visites, sur l’ancienne version (chez Blogger), plus sur l’actuelle, je ne me rends donc pas du tout compte. Écrire dans le vide, de nos jours où tant de blogs recherchent notoriété et cadeaux, où chacun donne son petit avis en le baptisant « critique », est-ce dérisoire ?

Je cultive mon jardin, dans le silence de l’été.

#2556

On croise tant de monde, dans une vie, et tant de ces personnes faussent à notre regard. Oh dans certains cas tant mieux, les fâcheux, les imbéciles, les indifférents… Mais il y a tellement de gens qu’il aurait été intéressant d’accompagner ; ou au moins, connaître un peu plus avant leur destin. Me viennent ainsi parfois en mémoire des garçons que j’ai croisé plus jeune. Michaël le brun, tout fou, si brillant quand il le voulait mais au versant si aisément sombre, avec sa propension à être sale, je n’ai jamais rencontré cela chez personne d’autre. Un autre tout fou au fort charisme, ce Sébastien bondissant qui aimait les filles trop jeunes et qui partit pour devenir danseur sans une compagnie. Mon blond Werner qui se destinait à reprendre l’exploitation agricole parentales près de Vierzon. David d’Amsterdam que j’ai toujours regretté de perdre de vue. Sylvain. Michel. Christopher. Tant et tant d’autres, croisés quelques années et puis chacun vit sa vie. Autant d’histoires.