#2905

Il est bien fini, le silence nocturne du temps du confinement. En mon orée de banlieue enclavée par une tranchée ferroviaire, la nuit est redevenue une houle au fond de laquelle se devinent les grands soupirs des locomotives, les longs grincements des trams et le grommellement automobile, que le mouvement de l’air fait battre comme un souffle de marée.

#2903

J’étais sur le point de vivre un drame, mais fort heureusement une ancienne stagiaire est passé hier (avec distanciation respectée : le protocole dit de « tu te tiens au milieu de l’impasse et moi j’ouvre la fenêtre du bureau »), qui m’a offert du thé fumé, aaah la bonne petite ! Je n’en avais presque plus, et effet du Brexit peut-être, le supermarché sur les quais n’a plus non plus du thé du Yorkshire. Vit ma vie de douleur.

#2899

Trois nuits avant le déconfinement. Réveilllé par un bond de la petite chatte sur mon lit, je me retourne et j’écoute la ville silencieuse, seulement troublée par le bourdon menu d’une moto qui s’éloigne. Et je m’interroge : il y a-t-il tant de ces sots à deux roues ou bien paye-t-on en fait quelque figurant, pour qu’il fonce ainsi, seul son nocturne, rendant plus concrète la quiétude des nuits urbaines ?

#2897

Un instant de synesthésie. Dans l’ombre de ma chambre, cette nuit, j’ai senti la petite tête de Jabule s’appuyer sur mon bras comme une lueur d’un pourpre clair et le ronronnement nimbait son corps félin d’une teinte ocre, que je distinguais clairement alors que mes paupières demeuraient baissées. Je me suis rendormi.