#2808

Well, ce fut donc ze journée de brûlure maximum, la canicule record — en attendant la suivante, je suppose. Je me suis décidé en début d’après-midi à descendre dans la « chambre d’été », qui après tout est prévue pour cela. Au niveau de la cave, donc sous la maison, juste à l’aplomb de mon bureau, se trouve une petite pièce aux murs clairs. Elle a l’aspect d’une cabine de bateau, plutôt bien éclairée par une demi fenêtre située à ras de trottoir, l’ancien soupirail à charbon. Il y a beaucoup à Bordeaux de ces caves réaménagées en chambrettes. Le lit y est bon et, surtout, Mérédith y avait installé un petit bureau noir, genre écolier, auquel je me suis donc installé. De là, on voit le haut de la porte d’en face, avec son gros sourcil de pierre blonde, la toiture de tuiles rouges et le ciel bleu. il y faisait trois bons degrés de moins qu’au salon, par ces temps-ci ça compte rudement. J’ai écrit 6000 signes, c’est pas trop mal, contre les 10 000 d’hier au salon. Les trois chattes ne sont pas super fans de cette pièce en sous-sol mais tout de même, la petite est rapidement venue s’installer près de moi, sur l’épais coussin du fauteuil qui se trouve là, puis les deux grosses sur le lit.

#2806

Pas vraiment dormi cette nuit, pourtant il ne faisait pas trop chaud mais je me sentais anxieux et déshydraté, au point que je suis descendu reprendre une douche. Dehors, un soupçon de musique arabe flottait dans l’ombre, venue de loin ou jouée très bas. J’ai relu en entier Maigret a peur, où comme de bien entendu il ne cesse de pleuvoir, puis je suis redescendu écrire un peu, j’avais une scène et demi à finir, justement des moments de pluie nocturne, j’en ai profité. Bien sûr ce matin je n’étais pas exactement très frais, c’est les yeux encore enflés et la tête vague que je suis sorti prendre un bus, direction le quartier Saint-Michel. Il me fallait acheter au marché quelques légumes et fromages, et puis ça m’a remis d’aplomb. Peu de livres à la brocante ou du moins les mêmes qu’il y a quinze jours, manque de renouvellement, j’ai cependant eu l’œil attiré par un portrait de jeune mec brun, sur une reliure toilée : un dessin de l’excellent Paul Durand, le genre qui certainement a formé en partie mon goût — mais bref, donc, un recueil de contes de Kipling, chez Delagrave, 1959. Et l’un des derniers du recueil pourrait aussi bien représenter Bordeaux, après tout (quoique nous n’ayons pas, ou plus, ou très peu, de mouettes).

#2803

La journée fut idéale, sur le vert de l’herbe, sous les arbres et l’éclat du ciel, avec les bulles du champagne, à rire et papoter avec les cousins et les cousines ; ç’aurait été beau si un copain ne m’avait annoncé alors qu’un vieux camarade venait de succomber à son cancer. Philippe Monot l’Aixois, dont j’avais récupéré l’un des romans dans la bibliothèque de Roland et qui m’en avait dédicacé un autre, l’été dernier. J’ai un peu pleuré dans les bras de ma cousine Sylvie, fait bonne figure le reste du temps je crois, partagé entre les sourires et le vague à l’âme, le cœur gros. That’s life.

#2801

Une grande clarté blanche éclabousse le ciel depuis le coin ouest, rafraîchissante après les rayons jaunes de la fin de journée, et un babil enfantin sonne là-bas, sous les sifflements des martinets et le souffle d’un petit vent frais, qui fait hocher la tête des plantes. Un avion étincelle brièvement, suivi du ruban pâle que laisse le trajet d’un autre. S’achève un dimanche d’été.

#2800

L’orage m’a réveillé cette nuit, vers 4h je crois, fort et grondant, puis des cataractes, ce ne fut pas très long mais bien que tiré de mon sommeil j’ai trouvé ça agréable, appréciant le vent frais et le grand souffle de l’eau. Et puis, chaque fois qu’il pleut je me dis que c’est bien pour le jardin. Pas que Bordeaux soit avare de pluie, en général, mais je constate que j’aime assez cela, même en dehors des canicules. J’ai donc continué à relire un Maigret et bien sûr il y pleuvait, de cette « pluie longue et froide qui met des hachures claires dans la nuit »… Simenon lui aussi devait aimer la pluie, c’est sûr. J’ai repris mes travaux romanesques et comme de juste il y pleut beaucoup, dans ce texte.