#2658

Gris pesant et bleu profond se succèdent à grande vitesse dans le ciel bordelais, on ne sort pas sans parapluie, et mes nuits sont percées de torrents et tambourins. À la brocante ce matin nous accélérâmes le pas, sous une pluie légère, et j’ai trouvé seulement un joli petit pot fifties — encore un, mais je n’y résiste pas. Je consulte beaucoup la météo en ce moment, partant dans le nord de l’Angleterre dans un peu plus d’une semaine avec l’équipe ovine (pour faire l’Eastercon). Blizzard ce week-end, brr. Et nous revenons pile sur deux jours de grève, oups. Bon, on verra bien, et pendant ce temps my long suffering apprenti gardera le fort.

#2657

Back to the past : je viens d’effectuer un voyage dans le temps… simplement en descendant à la chambre d’en bas et en rallumant le vieil ordi, pour y chercher d’anciens fichiers. Bon, il y en a deux sur lesquels je n’ai pas remis la main (ou la souris), snif, mais je suis retombé sur un texte que j’avais presque oublié et, surtout, sur des photos oooh, dont une poignée de l’époque où Nicolas-le-stagiaire-marseillais et Axel-mon-fils-à-moi avaient tenu en ma compagnie un stand des Moutons électriques sur le plateau de la Croix-Rousse, comme le temps passe… Je suis remonté de tout cela la tête un peu à l’envers, comme d’une transition subite Lyon-passé / Bordeaux-présent. Un hoquet du réel.

#2650

Je porte deux sortes de livres fantômes. Il y a ceux qui sont écrits mais ne sont jamais parus — deux suites de romans que les premiers éditeurs ont jugé de vente insuffisante et ce recueil psychogéographique dont l’éditeur ne s’est finalement pas concrétisé ; regret. Alors ceux-là, allez savoir, peut-être trouveront-ils un jour chaussure à leur pied, au moins sont-ils écrit, ils pourraient sortir, posthumes si besoin. Mais il y a aussi ceux que je n’ai pas terminé, et puis encore ceux que je n’ai pas écrit — ç’en fait deux maintenant que j’ai longuement cogités, amplement documentés, construits dans ma tête au point de me dire que leur écriture serait aisée, et puis patatra ! l’éditeur laisse tomber, livre annulé. Je viens de connaître l’un de ces discrets avortements livresques, et ma foi c’est du travail en moins, très bien, mais les idées étaient là et alors que les projets achevés voient généralement leur sujet s’étioler en moi, la connaissance acquise se faner, tandis que ces volumes parus prennent la poussière tout là-haut sur les deux étagères au ras du plafond où s’entassent livres de moi et livres avec moi, curieusement ces livres fantômes-là continuent à passer dans mon paysage mental, à me hanter un peu, en silence, intimement.

#2646

Et voici le printemps. Brutal, le changement, mais le résultat est plaisant. Un moment Tillieux, tout à l’heure en redescendant la rue de Bègles : devant un garage qui possède une rampe d’accès vers le toit, comme dans une fameuse course-poursuite de « Gil Jourdan », soudain une porte s’ouvre et… sort en trombes une belle Simca 1000 gris-bleu pâle.

#2641

Hier j’ai profité de la lumière et du bleu du ciel pour aller me promener dans un coin de banlieue proche, plus spécifiquement afin d’aller voir le bout de parc qui s’étend au sein des grands ensembles de Talence, non loin du boulevard. Outre ma fascination pour le foutoir urbain qu’est la banlieue, j’étais curieux de marcher dans ce grand espace vert porté sur la carte. Une légère brume adoucissait les vallonnements entre les arbres, des fleurs blanches flottaient comme des étoiles sur les branches indistinctes et dans l’air humide résonnaient les cris de deux enfants, à l’autre bout du terrain, étonnamment forts dans la quiétude du samedi, tellement plus que les pigeons et les merles. Quelle aventure se devait être, qu’avoir près de chez soi une telle étendue, où jouer, courir, se poursuivre et inventer des histoires ; et je me dis  que si un jour ces enfants, devenus adultes, revenaient voir ce fragment de leur enfance, sans doute seraient-ils surpris de le découvrir si étréci, tellement plus petit que dans leur mémoire, comme moi lorsque, lycéen, je vins avec mon copain Michel Pagel faire un peu de camping à Nantiat, Limousin, et découvris que l’étang des Rats, ce long et large lac de mes souvenirs, avait curieusement réduit presque aux dimensions d’une mare…