#2588

Un bon coup habituel : le ou la journaliste qui demande à parler à un auteur (et qui imagine, d’ailleurs, que l’on refile ainsi les adresses de tout le monde sans la moindre gêne), ce pour en réalité lui faire plus ou moins rédiger son article à sa place. Plus la feuille de chou est minable (genre 20 minutes) plus c’est pratique fréquente. Oh je dois rédiger un papier sur gngngn ? Notre journaliste de chercher la référence d’un ouvrage en traitant, de ne surtout pas le lire (d’ailleurs, acheter des livres est anathème pour ce type de journalistes, au mieux en demanderont-ils un exemplaire gratuit, même si l’ouvrage est paru il y a une dizaine d’années), de demander le contact de l’auteur (de préférence dans l’urgence, car un bon journaliste ne travaille jamais que dans la précipitation) et d’interroger ce dernier de manière à ce que les réponses constituent l’essentiel du papier pour lequel il sera, lui, le journaliste, payé. En promettant éventuellement de citer l’ouvrage du questionné, ce qui sera fait ou non.

#2583

Ce ne fut pas une bonne journée. Hier matin j’apprenais plusieurs mauvaises nouvelles, et l’une en particulier qui m’attriste particulièrement. Je ne parviens même pas à pleinement le réaliser : je ne vais plus croiser Henri en librairie ou à Saint Michel, cette figure locale, ce petit monsieur toujours jovial, des rides de rire au coin des yeux, formidable collectionneur de BD, chineur invétéré ; Henri qui pour moi faisait en quelque sorte partie du décor de « mon » Bordeaux, un passant, une constante du monde du livre bordelais ; Henri toujours une plaisanterie et un mot gentil aux lèvres, à la fois familier (depuis 35 ans que je le croisais) et opaque, si public et cependant complètement privé, avec qui j’avais encore discuté il y a peu chez Mollat, sans âge et dont je découvre parce qu’il est disparu mardi qu’il avait 62 ans, seulement. Salut Henri.

#2562

Ah, les « gens connus »… Ça me fait toujours sourire, les célébrités que l’on voit tout dentier étincelant sur les programmes TV avant les caisses de supermarché. Tous de parfaits inconnus (pour moi). Et les trois célébrités qui serrent leurs gros visages sur ces affiches d’une station de radio ? Des têtes de beaufs ordinaires comme l’on en croise partout dans la rue (me semble-t-il). Et comme je ne vais plus non plus au cinéma, depuis longtemps, je suis vraiment hors course, le « mainstream » m’indiffère ou me fait ricaner — comme l’an dernier le concert unanime de louanges lors de la mort d’un vieux beau camé jusqu’aux yeux, chanteur de variété parmi tant d’autres. Vraiment les gens, George Michael, non attendez, vous plaisantez ? (incompréhension) Enfin bref, je suis fichu, je suis « out ». J’ai regardé le premier épisode de The Orville et je n’y ai vu que du Star Trek un peu mou, pas très drôle, et puis zut quoi, les scènes dans un centre commercial genre Mériadeck ou Part-Dieu que l’on essaye de nous faire passer pour un centre de recherches scientifiques du futur, vraiment les gens, on a interdit d’excellentes fan-séries de Star Trek et il ne va pas y avoir de procès pour ce plagiat raplapla ? Je viens de lire l’article du Guardian sur tous les super excellents trucs télé qui vont sortir à l’automne et wow, j’ai juste ricané à la photo d’encore un autre faux Star Trek, c’est tout. Les images qui bougent m’ennuient, les gens célèbres ne sont pas les miens. Allez, le vieux con retourne bouquiner, un peu courbé par l’âge mais avec le sourire.

#2597

Une trentaine d’envois postaux effectués (à deux occasions) pour les Moutons électriques depuis le bureau de Bègles Terre Neuve ne sont jamais arrivés, et deux chèques ont même « disparu » d’une enveloppe, arrivée ouverte chez sa destinataire. Je viens d’écrire à leur direction : on prend les paris que je vais recevoir en réponse une lettre en pure langue de bois, se défaussant complètement ? J’envisage de porter plainte auprès du tribunal de proximité mais je ne sais pas si ce sera accepté, la Poste semble bénéficier d’une complète impunité. Je pense aussi écrire à l’autorité de contrôle de la Poste. 

#2579

Un grand monsieur vient de s’en aller, au bel âge de 92 ans. Brian W. Aldiss. Les quelques fois où j’avais eu l’occasion de correspondre avec lui, il avait été adorable. Notamment pour la trad d’une interview de CS Lewis qu’il avait faite étant étudiant, que j’avais publiée dans Fiction. Et puis lors de quelques questions à propos de son formidable essai Trillion Years Spree, à l’époque où je bossais sur l’histoire de la SF pour les éditions Mnémos. Enfin, j’avais eu l’honneur de réviser la traduction de l’un de ses chef-d’œuvre, Croisière sans escale — la révision était nécessaire car l’auteur avait complètement réécrit son roman. J’en avais profité pour glisser une postface (chez Folio-SF). Il y a quelques mois, je m’étais bien marré en lisant un recueil de souvenirs de ses débuts, Bury my Heart in WH Smith. Respect et hommage à une grande plume.