#2496

J’abandonne, je ne parviens pas à lire Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson. Je croyais y trouver un plaisant récit de cheminement dans la campagne, au lieu de quoi ce ne sont que récriminations d’un réac fermé sur lui-même, et qui écrit assez pauvrement, j’ai envie de biffer son texte comme je le ferais d’un manuscrit — il n’y a plus d’éditeur chez Gallimard ? Tout cela est ordinaire, à l’image de la seule culture qu’il étale, ces références calcifiées, momifiées, de la littérature officielle. Là où des promeneurs anglais comme McFarlane ou Mabey nous parlent d’aujourd’hui et d’une culture ouverte, et bien sûr de notre rapport à la nature, Tesson ne fait que grinchouiller entre deux plates exaltations. Quel paradoxe : se promenant dans l’espace naturel, il se recroqueville au monde. Tesson ce n’est pas du « nature writing », c’est Jean-Pierre Pernaut. Triste France, triste NRF.

#2487

La Poste dans ses bonnes œuvres : hier un client VPC des Moutons électriques me dit qu’il a bien reçu l’enveloppe dans laquelle je lui ai expédié le tirage de tête du Christine Luce… mais qu’à la place il y a avait un sweat-shirt rouge ?! Et aujourd’hui un autre souscripteur me dit que l’enveloppe reçue était ouverte, des deux tirages limités commandés il y avait bien le Jules Lermina mais pas le Luce… Allons bon, Christine, tu vas devenir favorite chez les postiers indélicats ?

#2471

C’était aujourd’hui la journée mondiale de lutte contre le sida. Je me souviens encore parfaitement du moment où j’ai appris la mort du chanteur Klaus Nomi, je traversais la rue un peu au-dessus de la galerie des beaux-arts, j’étais étudiant à Bordeaux, je découvrais ma sexualité et l’on parlait soudain de cette maladie, je ne comprenais pas. Je me souviens encore parfaitement du moment où j’ai appris la mort de Michel Foucault, je remontais le cours de l’Yser depuis les Capu, je ne comprenais toujours pas, une peur, un vertige, une abstraction.

#2467

On apprend ce matin que le maire d’Angers a fait retirer toutes les affiches de la campagne sur la prévention du ministère de la Santé, ces sobres et belles images d’hommes en couple, qui font rugir les homophobes. Comme toujours, ces fâcheux invoquent une hypocrite protection de l’enfance pour justifier leur censure : « C’est centré sur un type de sexualité. Une telle campagne dans des magazines pour adultes ne me choquerait pas. Mais sur des panneaux devant des écoles primaires, oui », prétend le maire, tandis qu’un ancien porte-parole de la Manif pour tous parle de : « pubs infligées aux enfants. » Ah oui, c’est que chez ces gens-là, on ne pense pas, Monsieur, on ne pense pas, on prie. On ne veut pas les voir, ces vilains pédés, oh non, quelle horreur, pas de ça sur nos murs : ni égalité entre les citoyens ni réalité de la vie, oh non, cachons ce que l’on ne veut pas voir. Laissons-les dans des ghettos, la voie publique, la voix publique, n’est pas pour eux, bien entendu. Et les enfants alors ? Ah oui, toujours ce bon vieil amalgame de l’homosexualité avec la pédophilie, tandis que cette Église qu’ils aiment tant peut bien toucher petites filles et petits garçons. Faut vous dire, Monsieur, que chez ces gens-là on n´vit pas, Monsieur, on n´vit pas, on triche.

Eh bien figurez-vous que moi, j’aurai bien aimé que l’on m’en inflige, des publicités comme celles-ci, lorsque j’étais ado. Parce que lorsque j’étais ado, dans les années 1970, le terme même d’homosexuel ne m’était pas accessible, et les garçons comme moi, les filles aussi bien sûr, devaient chacun chercher son chemin seul, tellement seul, parce que l’unique chose que nous savions, chacun, c’est que les autres n’étaient pas comme nous. Je me souviens encore d’un jour où, rentrant de classe, je vis s’éloigner la fille que tout le monde trouvait super jolie, et de me demander pourquoi je devrais la trouver jolie, pourquoi je devrais avoir du désir pour elle alors que je n’en ressentais aucun, et de me dire que seul son côté un peu garçon manqué me plaisait chez elle. Je me souviens encore du jour où, devant rapporter je ne sais quoi à cette fille, la porte me fut ouverte par son frère, cette sorte de révélation : il était aussi joli que sa sœur, mais tellement plus joli justement, puisqu’il s’agissait d’un garçon. Je me souviens encore des manuels d’éducation sexuelle à la bibliothèque, qui n’expliquaient rien, qui ne disaient rien qui me concerne, ou alors seulement pour me vilipender. Oui, j’aurai bien aimé en voir, des publicités comme celles de cette campagne, devant mon école. Parce que durant toute mon éducation on m’a opprimé, menti, nié, centrant tout sur un type de sexualité, comme dit l’autre, me laissant seul pour comprendre et faire mon chemin malgré le manque de repères.

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