#2544

Bossé vendredi et samedi sur un vieux projet perso, que je pense avoir enfin bouclé / peaufiné à fond. Reste maintenant que l’éditeur l’accepte… les satisfactions de type « j’ai fini ! » ne durent jamais bien longtemps. Et dimanche, profitant du soleil, lu une bonne grosse tranche de Tremontaine, le formidable feuilleton de Ellen Kushner & Co, juste reçu en pavé hardcover. Superbe développement de l’univers de À la pointe de l’épée (je crois que tel est le titre du seul tome traduit ?), par plusieurs auteurs, c’est touchant, amusant, prenant, intrigant – vraiment fort bien troussé.

#2543

Je lis Le Nombril du monde de Roland C. Wagner, que je n’avais jamais lu, repoussé que j’étais par l’une des couvertures les plus atroces qui ait jamais été glissée dans ma bibliothèque : eh, mais c’est très bien, tranquillement fun et niveau Futurs mystères, cette « petite musique » spécifique à Roland, un chouette petit roman… ça me fait un plaisir très doux que de lire un Roland pour moi inédit. Je sens que je vais le rééditer. Je ressors aussi sa Saison de la sorcière, en novembre, ça aussi c’est un grand plaisir. Et on cogite à un ou deux petits recueils originaux.

#2539

« No man can hold himself accountable for the results of his psychological defects, especially those he shares with all his fellow men, such as lack of omniscience » (Nero Wolfe)

En nos temps d’über dominance de l’image qui bouge, on entend souvent parler de binge-watching, alors est-ce que lire énormément et une seule et même série serait en quelque sorte du binge-reading — ou s’agit-il simplement de… reading ? Well anyway, ces dernières semaines, comme il m’en prend de temps en temps l’envie (les Maigret il y a quelques étés de cela, les Harry Potter un hiver récent), je dévore (le terme me plaît plus) une série qui m’est pourtant fort familière (mais justement) : les « Nero Wolfe » de Rex Stout. Vous ne connaissez pas ? Your loss. C’est une série policière américaine, sur un duo d’enquêteurs, un obèse autiste et génial et un petit rusé excellent danseur. Années 1930 à 60, grosso-modo, New York, tous les mecs portent un chapeau (homburg, fedora, même chapeau de paille l’été), toutes les femmes portent une hermine (vison, zibeline, etc.). Drugstores, night clubs, soda fountains, portiers, cabines téléphoniques. Plus les orchidées. Avec un mixte très original et assez subtil du whodunit avec le harboiled — Wolfe c’est un peu Mycroft Holmes et Archie c’est un peu Philip Marlowe. Je viens de m’en envoyer une vingtaine, et je ne m’en lasse pas. C’est pétillant, captivant, vintage, j’y reviens depuis mon adolescence.

#2535

Livres lus ces derniers temps (+ plein de Rex Stout relus sur la liseuse). Les deux Simon Mason sont des polars YA d’une grande beauté de style (ces bribes urbaines ! et ces ombres !) et d’une inspiration remarquablement actuelle, à la fois littéraire et, m’a-t-il semblé, indissociable cependant de la culture « série télé », avec un jeune et bel enquêteur au flegme arrogant comme celui du héros principal des deux premières saisons de Skins, avec une touche de Sherlock, sur une intrigue un peu Twin Peaks. Loved it. 

#2534

Luxe aussi inouï qu’adorable : entrer dans une librairie, et après une bise le libraire de vous annoncer qu’une part de tarte à la fraise vous attend. Et fort bonne, cette tarte à la crème et aux fraises, faut-il dire. Merci Léo, you made my day. Encore une fois, pour moi la Zone du Dehors est bien plus qu’une librairie. Mais foin de gourmandise, c’est d’appétit livresques que je voulais parler : une autre forme de gourmandise, qui prend celle d’une pèche, d’une sérendipité qui m’est chère. À savoir, entrer dans une librairie, errer dans les rayons et se laisser séduire au hasard, par des livres qui vous font de l’œil. Et je dois avouer que cette errance, elle m’arrive bien peu souvent dans les librairies françaises — la faute m’en incombe, je ne me sens pas très à l’aise dans ces rayonnages blanc-beige, la conception germano-pratine de la littérature m’ennuie, le politiquement correct franco-livresque me rebute, la laideur sérieuse et respectable n me met pas en appétit, je (re) connais trop tout cela, la prod locale ne me fait que peu rêver… Alors les rares fois où j’ai l’occasion d’aller dans une librairie anglaise, ah quel bonheur en revanche, quel exotisme soudain : je furète, je découvre, les couvertures me ravissent, les graphismes m’ébaudissent, et je prends des livres qui me font de l’œil, dans un « hasard heureux » qui me déçoit rarement. Tout cela pour dire qu’hier soir, après cette délicieuse tarte aux fraises, pourtant un grand album jeunesse m’a fait de l’œil, je l’ai parcouru, immédiatement sidéré et séduit graphiquement ; je l’ai acheté et je confirme : c’est une pure joie. C’est bien simple, on croirait qu’on l’a fait juste pour moi, cet album : le foisonnement, les animaux anthropomorphes, le format immense, son esthétique… et de découvrir même, à la lecture, que le sujet est discrètement gay : les deux personnages qui se disputent au début et se rabibochent à la fin, c’est bien un couple masculin, visiblement, d’ailleurs à la dernière page se distingue une photo que je suppose être de leur mariage. Auteurs néerlandais, éditeur suisse, chapeau bas.

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