#2633

Où étant parti armé d’un solide parapluie et sous un ciel gris, l’intrépide explorateur urbain arriva sous un soleil radieux mais sur un parvis inondé et en large part déserté par des vendeurs craignant l’eau du ciel. Qu’importe, l’ambiance suffisait, un guitariste ajoutant d’ailleurs encore du soleil avec quelques reprises de Santana, et dans l’habituel brassage l’œil aiguisé du chineur dominical repéra tout de même un tantinet d’enfantina plaisant, avant de s’en retourner vers sa thébaïde solitaire.

Aucun texte alternatif disponible.

#2631

Je fini de lire un gros essai sur l’architecture et l’urbanisme anglais après la guerre (Concretopia de John Grindrod), c’est-à-dire l’invention des grands ensembles, des villes nouvelles, des centres commerciaux, des groupes scolaires, des cheminements piétons, des reconstructions ; les rêves de monorail, les utopies du béton, le brutalisme, le design émergeant… En enfant de Cergy-Pontoise, une des villes nouvelles pompidoliennes, tout cela me passionne et me parle intimement. Ces folies architecturales, ces révolutions sociales, ces esthétiques, ces échecs aussi, sont dans mon univers mental comme dans mon vécu.
Avec la mode du « vintage » j’ai refait mon intérieur dans un mélange fifties – sixties – seventies et, tout en m’intéressant également beaucoup à l’architecture et au design contemporains, je ne peux jamais me départir d’un allant, d’une attirance pour ces réalisations depuis si souvent décriées – par exemple, Mérédith m’avait dis pis que pendre de Lorient et la fois où je m’y suis rendu pour un salon, j’ai découvert un joli petit port délicieusement sixties, une petite ville comme dessinée par Franquin et Jidéhem. J’aime à Londres la Southbank, le Brunswick Centre et le quartier de Barbican, ou bien ici celui de Mériadeck. Et à lire le récit de certains échecs, les grands gâchis créés par le dumping social des gouvernants, certains principes erronés aussi, les futurs avortés, je ne peux m’empêcher d’une certaine tristesse, un pincement doux-amer (tout comme je fus peiné d’apprendre l’autre jour sous la plume de Dominique Douay l’échec d’un quartier de Villeurbanne que j’ai aimé, le Tonkin).
J’apprends aussi, amusé, que mon goût d’antan pour le bowling dans de vastes salles parquetées est à la fois un fruit de cette époque (on mettait des bowlings au sous-sol des centres commerciaux pour faire à l’américaine) et hélas d’après Mérédith déjà un artefact du passé. Enfant des seventies, j’en regrette certains aspects, le multicolore, les passerelles, le futurisme, l’audace utopique… Et j’avais été heureux il y a quelque temps de constater qu’au moins l’une de ces utopies urbaines, celle de mon adolescence, le sud de Cergy, a finalement si bien vieilli. Même si les monorails et les hélicoptères pour tous ne se sont pas concrétisés.

#2627

Je poursuis mes lectures et quelques réflexions sur ce phénomène qui me passionne au sein de l’imaginaire, ce que je nomme le « néo-pulp »… Je viens de regarder avec grand plaisir les deux saisons de la série Dirk Gently, j’ignore quel rapport ça avait réellement avec les romans de Douglas Adams, dont je ne me souviens plus, mais en tout cas quel allant, quelle folie, et pour une fois voici une deuxième saison qui me plaisait encore plus que la première — le rapport à l’enfance, cet univers de fantasy, la réaction horrifiée du mage lorsqu’il découvre qu’il est un personnage imaginaire… Vraiment, ce fut un beau trio de détectives de l’étrange ! Et j’ai commencé hier soir à relire le comics de Gabriel Ba, Umbrella Academy, ayant réalisé que je m’avais jamais lu le deuxième volume. C’est bien fun, et graphiquement très esthétique (je trouve).

#2620

Je confiais il y a peu à ma copine Sylvie Denis que lors de la sortie de son recueil en Folio-SF, Jardins virtuels, il y a maintenant pas mal d’années, j’avais été presque aussi heureux/fier que s’il s’était agit d’un de mes propres bouquins. Je suis ainsi avec les livres, parce que mon entourage est notablement constitué d’écrivains, certaines parutions me « touchent » presque intimement. Un nouveau Calvo, par exemple — je viens juste d’acheter Toxoplama et ai hâte de le lire. Ou bien cette bio de Philip K. Dick en bédé, que viens juste de sortir mon excellent camarade Laurent Queyssi et qu’il m’avait fait lire en avant-première sur mon iPad. Ou ainsi encore d’un nouveau Xavier Mauméjean, par exemple.

Eh bien, c’est que c’est un ami, mais plus encore, j’ai écrit plusieurs essais avec lui — les bio de Holmes et de Poirot, que la collection de poche « Hélios » vient de juste rééditer avec ma bio solo de Lupin. Et lorsque Mauméjean, mon excellent camarade Xavier, sort un nouveau roman (dernier en date : La Société des faux visages) je suis curieux, très curieux. Curieux de savoir quelle « machine » il a fabriqué et de voir comment elle fonctionne. D’autant que la veine qu’il explore depuis maintenant trois romans n’est guère éloignée de ce qui motiva nos biographies. Les commentateurs germano-pratins, jamais à cours d’inculture, ont récemment forgé l’étiquette d’exofiction pour les plus ou moins bio romancées, les vies réinventées, ce genre de choses — pour la fiction, quoi ! Alors avançons que Mauméjean est le roi de l’exofiction, et pas depuis peu. Avec Alma il semble avoir de plus trouvé son éditeur idéal, des petits formats élégants, sobres à la française, et cette fois il propose un titre fort mystérieux, une énigme très étrange, une histoire bien folle. C’est étonnant combien ces « exofictions » mauméjeanesques fonctionnent bien pour moi, alors qu’elles se situent en dehors de mes propres sentiers lus et battus. Je ne saurai dire exactement pourquoi, je ne me prétend pas « critique », il y a cette documentation subtilement glissée (touchant du doigt presque son versant essayiste), il y a cette sécheresse de style (moi qui aime le lyrisme), il y a cet étonnant intellectualisme de concept allié à une tendresse pour ses protagonistes (cette fois Houdini, Freud et Jung), cet imaginaire de l’étrange, du freak, du tordu, curieusement plus souvent chaud que sombre. Drôle de type, Mauméjean. Je l’aime bien. Et idéal, cet éditeur l’est vraiment pour lui : rouge, brun, violet, voici déjà trois jolis petits volumes qu’il aura aligné chez eux, on a envie d’en avoir d’autres. Le brun, c’était son précédent, ce Kafka à Paris si léger et étonnant, comme une sorte d’aventure de Spirou (Franz Kafka) et Fantasio (Max Brod) dans le Paris de la fin d’été 1911. Avec beaucoup d’humour, fait d’absurde et de tendre ironie. Avec une belle langue charnue. Avec de jolies tranches de psychogéographie (il n’y a pas pour rien, en tête de roman, une citation de Walter Benjamin). Avec de nombreuses rencontres et un usage formidablement vivant de la documentation historique.

Et le rouge c’était son premier, American Gothic, oserai-je le qualifier de majeur ? Cela demeure mon impression, en tout cas : un roman qui parvient à dédoubler la légende d’Henry Darger en la teintant de Oz, qui accumule les simples (?) documents tout en parvenant à créer un puissant effet de suspense. Pour moi, une fiction virtuose, un merveilleux vertigineux, dupliquant à sa manière la froide jubilation d’un Steven Millhauser et la brûlure d’un Jonathan Carroll…

Bon, la suite monsieur Mauméjean ?