#2969

A long time ago, genre il y a 7 ou 8 ans juste avant de quitter Lyon, j’avais compté les romans alignés dans ma bibliothèque et étais parvenu aux alentours de 5000 volumes, et ma foi ayant recompté hier soir, cette quantité s’avère stable, du fait de mes « purges » régulières et en dépit des achats, hum, fréquents ; ça va. Oui je sais : petit joueur. En revanche, il ne s’agit là que des romans, je n’ai compté ni les essais, biographies et beaux livres (pas en quantité considérable), ni tout l’enfantina (quoique je n’en achète plus guère depuis que la crise sanitaire me barre le chemin de la brocante dominicale) ni, surtout, les BD : c’est dans ce domaine que l’acumoncellement devient grave au point que toutes les bibliothèques adéquates sont remplies — et ce, alors que j’ai « purgé » il y a peu, et envahi d’autres espaces. Damned and gosh.

#2966

Enfant d’une certaine modernité, celle forgée dans les années Pompidou, et d’une ville nouvelle, Cergy-Pontoise, où j’ai grandi, j’ai toujours été et je demeure fasciné par certains artefacts d’un « avenir radieux qui n’avait jamais été », comme l’écrit Philippe Vasset. C’est pourquoi dans mon nouveau roman, Menace sur l’Empire (comment, vous ne l’avez pas encore commandé ?), je mets en scène notamment une arcologie et un aérotrain. Un ouvrage de Vasset que je vient de lire, Une vie en l’air,  évoque ce dernier, et comme l’auteur je suis fasciné de longue date par le rail de béton qui traverse encore la Beauce, « parapet d’un projet oublié ». L’aérotrain aurait du venir à Cergy, justement : las, ce rêve technologique fut abandonné. Vasset en parle superbement et… rêveusement, en habitué des propos psychogéographiques. Dans une nouvelle finie hier, que je vais soumettre à une anthologie, j’évoque également les ailes volantes, autre objet hautement rétro-futuriste.

#2951

Ivresses d’encre. Acheté ce matin un chef-d’œuvre de fantasy, Castelmaure de Trondheim & Alfred, et me suis enivré ce midi à la fois de sa puissante senteur d’encre fraiche, de sa beauté graphique et de la force d’un conte de fées post-moderne. Et puis, en début d’après-midi, un livreur m’a apporté sans prévenir à l’avance un colis des premiers exemplaires de Celtes !, le pavé splendide concocté par ma petite sœur Sara et mes frangins Mérédith et Melchior — oh le choc esthétique, je ne m’attendais pas à les recevoir et considérer soudain cette pile de beaux livres, dans leur écrin vert et or, quel bonheur ; et puis en ouvrir un et cette fois encore, humer le puissant arôme de l’encre fraîche… J’suis camé.

#2943

La nuit dernière, je me suis réveillé soudain. Non pas alarmé, simplement éveillé et me demandant pourquoi. En bas, dans le faux plafond des toilettes, les hôtes mystérieux — merles, peut-être ? — grattaient plus fort que d’ordinaire, les imprudentes et impudentes bestioles, serait-ce ces sots grincements qui me tirèrent des bras de Morphée ? Je restais un moment à écouter plutôt les bruits nocturnes de la ville, ayant profité d’un redoux pour entrouvrir le vasistas. Las, la nuit s’avéra si silencieuse, grommelant à peine, que je repris le roman en cours et en lu un grand pan supplémentaire — il s’agit du Piranesi de Susanna Clarke, nouvelle pierre (ah ah) à l’édifice des fictions de maisons géantes. Vertigineux, un peu inquiétant, et j’ai maintenant dépassé le point où la nature de cette fiction change, où l’on réalise quel est son rapport au réel, cet espèce de Gurdjieff qui… Mais non, pas de « spolier ». Roman remarquable en tout cas, étrange et prenant.