#2738

J’ai publié il y a longtemps une nouvelle de Marie-Pierre Najman (autrice ayant depuis hélas décidé de cesser d’écrire, c’est une perte), qui postulait une société où les textes de science-fiction seraient parfois réécrits par des auteurs plus récents, afin de leur redonner une actualité de ton et de style. Dans la réalité, ça c’est rarement pratiqué — de mémoire, je ne vois guère à citer que la réécriture par John Scalzi du premier Fuzzy Sapiens de H. Beam Piper (et je n’avais guère été convaincu par l’exercice, vu que Scalzi n’écrit pas notablement mieux que Piper, n’a ni style, ni ton ni idéologie très différents de Piper, et que le texte de ce dernier demeure aussi lisible qu’agréable).

J’ai relu la nuit avant-dernière Une porte sur l’été de Robert Heinlein (en V.O.) et, franchement, dans l’idéal il faudrait que quelqu’un le réécrive, de nos jours. Parce que l’écriture de ce roman de 1957 est indigente, sa narration pesante et mal fichue, les conceptions de l’auteur de la technologie en tant que simple bricolage risibles (ou attendrissantes, si l’on veut être gentil), ses digressions embarrassantes et la fin du roman rien moins que ridiculement réac. Et le tout atrocement daté. Mais cependant, un tel roman demeure dans le souvenir ému de ses lecteurs, et ce n’est pas pour rien : l’attachement du protagoniste à son chat est très touchant, tout l’imbroglio de croisements temporels est fort astucieux. Cette petite comédie lourdingue et réac pourrait somme toute redevenir un joli roman léger et malin, si on le réécrivait de manière plus contemporaine — et ce, même en conservant l’aspect « gros boulons et gros tuyaux » de sa technologie, qui présente une esthétique délicieusement décalée. Mais en l’état, hum, non. Pour moi, c’est juste du « pulp » rigolo mais médiocre ; des idées amusantes mais de la bien mauvaise littérature.

#2733

Dans le flot de tout ce que je lis, torrentiel s’il en est et tous genres confondus, il y a deux auteurs, / deux séries que je saisi avec gourmandise dés parution et qu’en général je me précipite pour lire, aussitôt. Il s’agit des « Bryant & May » de Christopher Fowler (non traduits) et des « Rivières de Londres » de Ben Aaronovitch (traduits). Du polar dans les deux cas, simplement weird dans le premier et carrément fantasy urbaine dans le deuxième — et la nouveauté de ce dernier est arrivée hier matin, j’en ai commencé la lecture hier soir, avec toujours le même plaisir.

Oui, je lis énormément et en permanence — et je ne regarde plus du tout d’images qui bougent, avec la médiocrité du run actuel de Doctor Who, c’est même hélas mes dernières « images qui bougent » qui s’effacent. Alors hier soir, j’ai réalisé qu’il y avait un petit coin du salon qui « manquait » de livres : j’ai poussé à fond contre le mur le bête écran noir et le lecteur argenté de dévédé, et posé devant deux immenses bédés, voilà, c’est mieux.

#2731

Dîné hier soir avec des copains australiens pas vus depuis 30 ans… Évoqué Roland qu’ils avaient connu… Encore bossé aujourd’hui sur le premier dossier d’archives de Roland, qui va atteindre allègrement les 470 pages je pense… Continue de lire Le Chant du cosmos — je n’ose pas écrire « relire » car je ne me souvenais vraiment de rien, zéro mémoire, je le lis donc comme si je ne l’avais jamais lu alors que — et c’est tellement bon…

#2730

C’est terrible, c’est l’engrenage… Tout d’abord j’avais ceux de mon enfance, la plupart des Fantômette, des Club des Cinq, des Plodoc et quelques autres (les Christine Renard en Rouge !)… Et puis j’ai trouvé en boîte à livres un lot de Six Compagnons, puis une autre fois un lot de Michel, puis encore des Alfred Hitchcock… Puis FSM m’a offert un énorme lot de Rouge et Or, Spirale etc. Et puis voilà, l’engrenage, j’ai complété au gré des brocantes et vide-greniers… Mais ce n’est pas là le pire, Votre Honneur : c’est que je les lis, les ai presque tous lus – et que j’attends un lot de Langelot. On est peu de chose, allez.

#2726

Très longue et passionnante interview de Roland issue d’un fanzine de rock. À un moment il y dit : « Le Maître du Haut Château de Philip K. Dick par exemple. L’état de fait, c’est que la côte ouest est occupée par les Japonais et la côte est par les Allemands. Au milieu, il y a les États des Rocheuses, ce qui subsiste des États-Unis. Dick était plutôt germanophile – il n’avait pas de sympathie pour les nazis – mais il était capable de montrer des Allemands sympathiques, ou en tout cas humains. Et pareil pour les Japonais. Dans le bouquin, tu as un mec qui écrit une uchronie sur un monde où les Alliés ont gagné la guerre, mais qui n’est pas le nôtre non plus. Tu as la mise en abyme dickienne. Quand Camus dit qu’il écrit une uchronie sur la guerre d’Algérie, en fait c’est un clin d’œil au bouquin de Dick. L’idée de Dick, c’est qu’à la fin on ne sache plus quel monde est le vrai. Ce qui l’intéresse, c’est de te faire douter de la réalité. »

Douter du réel, c’est ce que j’avais fait, lorsque j’ai lu Rêves de Gloire : n’ayant pas envie de « sortir » de ce formidable roman, je m’étais enquillée derrière la lecture de l’énorme bio d’Albert Camus par Olivier Todd, que mon fils avait lu un peu avant et m’avait recommandée. Bio avec laquelle Roland a bossé, s’avère-t-il. Et dans ma tête les motifs de l’uchronie de Wagner et de la réalité historique de Camus se sont un peu mêlés, plus ou moins sciemment.

Et Roland d’ajouter : « à la fin, quand j’étais dans le bouquin, je ne savais plus du tout où était la réalité et l’histoire. J’étais tellement immergé… Je n’en étais pas encore au point de chercher des disques de Dieudonné Laviolette dans les brocantes, mais pas loin. C’était devenu comme une espèce de réalité. Comme le but c’était de faire que le lecteur s’immerge dedans, c’était pas plus mal. Le tout c’est de ne pas se noyer. »