#2531

IMG_0169À quoi ça tient, des fois, une vie d’éditeur… Nous n’avions assurément pas prévu de nous mettre à publier une bonne partie de nos titres en petit format… Le hasard d’un texte court, puis d’un autre, puis d’un autre, et le constat du peu de rentabilité des inédits en format de poche Hélios, peu à peu ces conjonctions ont redessiné le catalogue des Moutons électriques vers ce que nous appelons entre nous la « petite Voltaïque », ce joli format 14 x 18,2 cm qui a une bonne main et semble réellement plaire… Et en voici déjà une belle douzaine de parus, c’est fou.

#2530

Hier encore il faisait beau et chaud, et je m’étonnais avec plaisir que les rues près de chez moi embaument les fleurs — en particulier, la senteur des nombreux lilas, dodelinant de leurs lourdes têtes blanches dans dans tous les jardins. Mais ce matin, après la pluie et sous un ciel gris, d’autres odeurs naturelles montent dans le quartier, cette fois comme un fumet d’humus et de champignon, pas désagréables non plus.

#2529

Vu en librairie l’album avec tout un village de schtroumpfettes. Impression d’étrangeté un peu inquiétante, qui rejoint les théories qu’avait Alexandre Mare dans son article « The village schtroumpf » (in Sexe !, chez les Moutons électriques, rééd numérique récente) et croise une bédé de Thierry Martin relue hier soir dans son gros recueil, où il existe aussi un village d’autres lutins, les schbrols : « ils ont l’air encore plus terribles que les autres, se dit Gargamel terrifié, ça doit être une hallucination »…

#2528

Il y a en bande dessinée des sensibilités, des styles, qui me « parlent » plus que d’autres. Ainsi est-ce dès leurs tous débuts que j’ai été attiré par les travaux de Lewis Trondheim, de Jean-Christophe Menu (tous les deux dans des fanzines) ou de David B. Plus tard, j’ai ressenti un attrait comparable dès les premiers travaux de Jean-Philippe Peyraud, de James, de Nylso, de David De Thuin, d’Hugo Piette, de Pau… Autant de bédéastes pas spécialement célèbres je suppose mais qui construisent sur l’héritage classique de la BD franco-belge, « gros nez » et « ligne claire », pour parfaire une patte personnelle, une élégance frêle et bien reconnaissable. Thierry Martin me semble également être de ceux-là, en tout cas dans mes goûts personnels, mais les premières fois que je me suis intéressé à son travail c’était pour des raisons cocassement anecdotiques car familiales : lorsque ma maman était étudiante, à Tours, elle logeait chez sa grand-mère. Mais mon attention fut vite captée, pour de bon.

Et puisque je viens d’évoquer un splendide pavé, par Mattotti, autant que je parle aussi du Hors cadre de Thierry Martin, chez Black & White éditions. Un grand et gros album jaune, de beau format presque carré mais pas tout à fait, qui a l’audace de constituer une intégrale des travaux de Martin à ce jour : étonnant, pour un relativement jeune dessinateur, et si peu connu. C’est donc toutes ses histoires semées dans Spirou, en particulier, que l’on retrouve là et c’est un grand plaisir, le bonheur du trait et celui de pas mal d’hommages, avec Spirou & Fantasio souvent en avant (qu’il est navrant que la direction de Dupuis n’ait pas retenu son projet d’album, ça dit bien à quel point cette collection des « one shot » de Spirou & Fantasio peut être mal dirigée alors qu’elle donne naissance à nombre d’albums médiocres) — et la bonne nouvelle, apparemment un Mickey en cours pour Glénat. Une belle somme, inattendue et qui se déguste : pour moi une gourmandise.

#2527

Il y a déjà bien des années de cela, me trouvant de passage à Paris je suis allé voir mon excellent camarade Sam, qui bossait alors chez Buchet-Chastel. Lequel ami me déclara qu’il lui fallait rendre à quelqu’un un rouleau de documents, viens donc avec moi, on discutera en route. Nous partîmes donc, empruntâmes le métro jusqu’au boulevard de Ménilmontant, poussâmes un lourd portail en fer sous une vaste voûte, grimpâmes un escalier au-dessus d’une cour élégante, et… que vis-je sur la boîte à lettre du pallier ? D’une calligraphie familière, le nom « Avril ». Délicieux traquenard : Sam m’avait amené à l’atelier de François Avril, artiste que j’admire entre tous.

Surmontant pour une fois ma timidité face aux illustrateurs, je papotais donc avec Avril, très sympa, un rugueux mais passionné Parisien, au sein de son grand atelier dont chaque centimètre-carré de mobilier se recouvrait d’une multitude de petits dessins du maître sur des bouts de papier volants. Au bout d’un moment, on sonne à la porte, et entre… Lorenzo Mattotti. Là, je fus repris par mon trac, c’est à peine si je parvins à bafouiller un quelconque bonjour en lui serrant la main. Avril et Mattotti, dans la même pièce, les deux artistes entre tous dont le moindre dessin me soulève de bonheur et d’admiration. (Ensuite arriva Moebius, si, je vous jures) (Et ensuite j’eus l’occasion deux fois de publier Avril, trop gentil de me confier de ses œuvres pour le vil prix que je pouvais payer)

Bref, tout ça pour dire que je viens de lire Guirlanda, le nouvel album de Mattotti, chez Casterman, un monumental pavé dialogué par Kramsky, et que j’en suis remué / enthousiasmé. Maître de la couleur, lorsque Mattotti se met au noir et blanc c’est également magistral, comme l’avaient déjà prouvé deux des plus beaux albums que je connaisse, L’Homme à la fenêtre et Stigmates. Et il revient là encore dans le domaine du merveilleux, en hommage aux Moumine, à Moebius et à Fred, et c’est oooh, et aaah, et wooow…