#5054

Ayant étouffé cette nuit, c’est les yeux encore cramés et la cervelle floue que je suis sorti ce matin à la presque fraîche, oubliant carte de bus et téléphone. Suis allé voter puis dans la même trajectoire ai gagné marché et brocante, avec une jolie cueillette à cette dernière : un Fargue, deux Cocteau, un Genevoix et un lot de petits polars anciens. Rentré titubant sans rien regarder des colliers de fenêtres du cours, de la longue meringue de la gare ou du vilain visage de légume de l’immeuble qui lui fait face. Rejoint les chattes épastrouillées pour une sieste nécessaire. Il faudrait travailler, un peu, avant une grosse semaine de séminaire ovin.

#5053

Chaque année j’hésite et chaque année je plante finalement quelques pieds de tomate dans un pot ou un autre : pas tant pour une récolte infime et aléatoire que pour le plaisir d’une verdure aussi vive, leur pousse drue et rapide, et cette senteur dès qu’on les frôle, hum cette senteur, également si vive et si verte.

#5052

L’air pèse plus lourd : alors que la chaleur écrase la ville, réduite au silence, coite de stupeur sous trop de soleil, dans la pénombre prudente de l’intérieur, la maison gronde – gros ventilo dans le bureau, petit ventilo dans le salon. On n’ose bientôt plus : ni sortir ni bouger. Seule visite, celle d’une factrice quémandant de l’eau pour sa gourde, comme à la porte d’une oasis.

#5051

J’aime ces soirées où un souffle d’air porte jusqu’à mon logis les violons des rails, les heurts cadencés des roues, le grondement bas d’un convoi, le tintement d’un wagon, le cri long et aiguë d’un frein, le raclement métallique d’un train, la chanson de fer du chemin de même métal. Et puis sur deux tons, soudain au sifflet, un appel, avertissement sonore avant la cavalcade qui file en tonnerre, tadam, tadam, tadam.

#5050

D’une prédiction d’orage n’est restée en vérité qu’une bruine mince et irritée, juste de quoi m’empêcher ce matin de m’assoir au dehors sur le salon Napoléon III. Par la porte du salon j’aperçois une pie en habit du dimanche sautiller sur la pelouse, et j’entends les sifflements tremblant des rapaces. Hier en fin de journée j’en ai vu une dizaine qui, grandes croix sombres, tournaient et viraient dans le ciel gris, portées au-dessus des prés par la main brutale du vent.