#2827

Lorsque j’écris de brèves descriptions, ce que je nommais fut un temps mes « instants lucides », il s’agit pour moi de saisir par écrit un peu de ce que capterait une photographie. Par définition, l’on se trouve alors en mode contemplatif, et maintenant si je resonge à ces deux jours délicieux que je viens de vivre, ce week-end d’anniversaire à la campagne, je me trouve plutôt en peine de coucher souvenirs et émotions sur le papier. Car en lieu et place de contemplation, ces jours furent ceux d’une volonté claire de vivre chaque seconde, de saisir chaque instant, avec autant d’acuité que possible, conscient comme je me trouvais du caractère marquant, sorte de « moment historique » intime, de mon histoire personnelle. Alors aucune phrase ne s’est tissée, je ne pouvais pas penser à écrire alors que je m’occupais à apprécier, regarder, écouter, saisir — et rire, et déguster, et bavarder. Un discours, un discours, demandèrent les amis plusieurs fois, mais il n’en était pas question pour moi, je voulais simplement savourer l’instant présent, la tendresse, cette « famille logique » comme dirait Armistead Maupin dont je viens de lire avec émotion l’autobiographie, ce groupe réuni presque miraculeusement dans un instant privilégié. Au sein d’une verdure vibrante, sous les feuillages bruissants, avec l’éclat du jour déclinant et celui du feu de camp dans l’obscurité, la fumée et les braises des bûches, une danse esquissée, des chats discrets, les vaches non loin, un hamac refermé comme la cosse d’un petit pois, le tiède abri d’une tente sous un bouleau, un minuscule crapaud dans la nuit comme couvert de diamants, l’émerveillement d’un feu d’artifice, le meilleur tofu du monde, des bouteilles de vino verde, des cartons de bouquins sur l’herbe, les lampions dans l’érable, le chemin de lumière en pots de verre, la complicité, les discussions, les fou-rires, et tout cela qui file si vite. Un grand bonheur. Merci.

#2816

Ooooh ce fut un peu rude, aujourd’hui (plaignez-moi) : passé toute la journée sur des tableaux pour notre nouveau diffuseur — je hais Excel… Et dehors non seulement il faisait 33° mais, en fin de journée, une andouille écoutait du Justin Bieber à fond les ballons… Enfin, le soir venu, un coup de fil de mon fils-à-moi-que-j’ai et une discussion Messenger à bâton rompu avec une amie, et tout va déjà mieux… Les grillons stridulent calmement et j’ai récolté dix-sept figues mûres quand il faisait encore jour…

#2812

Des manuscrits, des manuscrits, des manuscrits : c’est finalement une bonne part de mon existence. Des livres en devenir, ou qui le pourraient. Manuscrit de mon propre roman que je vais sans doute finir vendredi. Manuscrit perso de Yacoub dont je dois faire la mise en page. Manuscrit de mon vieil ami Francis que suis en train de transformer en (beau) livre. Manuscrit d’un autre vieux copain dont je viens de lire 50% ; pas pour les Moutons, c’est du polar, juste pour lui donner mon avis (et ça me semble fort bon). Manuscrit d’une amicale relation, pour les Moutons celui-ci, et pour le moment, fingers crossed, ça me semble très bien. Manuscrit très chouette d’une toute jeune autrice, apporté par Julien et bon sang que j’y crois. On ne les arrose pas mais ça pousse quand même, eh.

#2803

La journée fut idéale, sur le vert de l’herbe, sous les arbres et l’éclat du ciel, avec les bulles du champagne, à rire et papoter avec les cousins et les cousines ; ç’aurait été beau si un copain ne m’avait annoncé alors qu’un vieux camarade venait de succomber à son cancer. Philippe Monot l’Aixois, dont j’avais récupéré l’un des romans dans la bibliothèque de Roland et qui m’en avait dédicacé un autre, l’été dernier. J’ai un peu pleuré dans les bras de ma cousine Sylvie, fait bonne figure le reste du temps je crois, partagé entre les sourires et le vague à l’âme, le cœur gros. That’s life.

#2795

Visite inaugurale ce midi de la Meca, l’arche brutaliste géante qui, au bord de la Garonne à Bordeaux, accueille désormais les trois agences culturelles locales – Le livre et le cinéma, le spectacle, et l’art contemporain – sous un ciel déjà impitoyable. Les instances culturelles seront-elles hantées par les fantômes des abattoirs qui s’élevaient auparavant ici ?