#2687

Quelques souvenirs. Primo, celui d’avoir organisé le prix Rosny aîné durant une poignée d’années en compagnie de Roland C. Wagner, les dépouillements de courrier dans son étrange appartement en rez-de-chaussée à Garches (et le tri de certains bourrages d’urnes tentés par des mégalos un peu stupides), les dépouillements lors des conventions… Secundo, un matin chez mon copain nordiste Philippe C. qui devait partir au boulot mais me dit qu’il allait me présenter une amie, elle allait me plaire ; j’étais assis à la table de petit déj, la copine arrive, une certaine Christine, Philippe s’en va, je commence à papoter avec la copine et soudain Philippe revient et se marre, nous n’avons pas bougé de la table de petit déj et pourtant la journée est presque finie, aurions-nous donc papoté tout le jour, allons donc ? Tertio, des années plus tard, je persuade celle qui est donc devenue mon amie d’écrire un article, puis deux, et devant son excellent boulot je lui dis que je ne vais plus arrêter de l’embêter, faut vraiment qu’elle continue à écrire — et à ma grande stupeur, moi qui pensais à d’autres articles, la voici qui m’avoue qu’elle a commencé à écrire un roman il y a un moment et qu’est-ce que j’en pense ?

Quelques années encore plus tard, ce roman c’est Les Papillons géomètres de Christine Luce, paru aux Moutons électriques, et il vient d’être nominé au prix Rosny aîné — et je suis content.

#2678

Bouclage d’un très, très joli roman (Margot Delorme, nouvelle autrice), c’est ce moment dans ma « vie éditoriale » où je me sens à la fois anxieux et exalté, les ultimes corrections, les derniers regards, puis ce livre partira chez l’imprimeur et il appartiendra bientôt aux libraires, aux chroniqueurs, aux lecteurs… En espérant qu’il leur plaise, à tous, mais comment plaire à tout le monde ? Je n’ai jamais appris, en 15 ans d’édition, à « m’en foutre », à n’être pas touché par les retours, qu’ils soient positifs ou négatifs.

#2676

En général j’essaye de ne pas travailler le week-end, afin de me reposer. Mais allez savoir, peut-être poussé par une vague culpabilité de me trouver chez moi tandis que mes petits camarades bossaient sur notre stand à Épinal, ou simplement parce que je ne sais pas m’arrêter lorsque je suis lancé dans de « grands travaux », toujours est-il que j’ai bossé — et pour ainsi dire finie la remise en pages du Panorama, raaah, dans sa nouvelle incarnation en semi-poche (chez Hélios en septembre). Quelques articles en plus, quelques articles en moins, des réécritures, des retouches, des ajouts, et voilà, 640 pages d’une densité certaine.

Pendant qu’au dehors le ciel nous tombait sur la tête : alors que Mérédith me disait fondre de chaleur aux Imaginales, ici c’était le grand cataclysme orageux, les trams transformés en navettes fluviales, certaines rues couvertes de glace, des grêlons gros comme des billes bondissant, cinglant et brisant, des cataractes grondantes, Mollat inondé, les pompiers débordés… Chez moi, les capucines et les fèves furent hachées menu, les pousses de concombre décapitées, le liseron déplumé… et la terrasse couverte de sable fin, la tempête avait-elle arraché au passage un peu de la dune du Pylat ? Émotions, émotions.

#2675

Mine de rien, il y a un petit paquet d’années que je rêvais d’être en mesure de publier une intégrale de  par Jules Lermina… Et puis mon excellent camarade Jean-Daniel Brèque m’a proposé de s’en charger, puis son travail fut complété grâce à Guy Costes, Christine Luce et Marie Morvan, vraiment du travail d’équipe pour parvenir à proposer ce beau pavé. C’est du polar, franchement excellent, réjouissant, astucieux, selon moi un chef-d’œuvre méconnu du genre, j’ai adoré lire ça — mais hélas, impossible de le vendre en librairies de nos jours, alors voici, c’est un « print on demand » et quand même ça a bien de la gueule. On vient juste de recevoir les premiers exemplaires. Et je suis content comme un môme.