#2700

D’anciennes demeures fortifiées ponctuent çà et là le sommet des collines, ou parfois le clocher carré d’une église, considérant le paysage depuis la pierre dorée de leur façade avec la sorte de morgue vexée des vieilles personnes qui savent avoir perdu leur rôle social. À leur pied s’éparpillent des ballots de foin comme les pilules tombées de la boîte d’un géant parkinsonien. La rectiligne verte du canal double la voie ferrée en une poursuite immobile. L’alignement des ifs rappellent un peu la Toscane et aux tavelures de soleil des tuiles romaines répondent les feuillages jaunis et racornis des maïs.
(Toulouse-Bordeaux by train)

#2698

J’avais plus ou moins pris l’habitude de faire de façon régulière une photo des bouquins que j’avais lu dernièrement, mais j’en ai eu la flemme cet été — alors je dirai simplement que j’ai lu deux Annie Duperey, l’un sur ses chats, l’autre sur sa basse-cour, et quel talent elle a pour parler avec une telle intelligence de choses simples. Une petite pile de Jacques Réda en prose, lus ou relus, ses évocations urbaines, pour moi un sommet de poésie, de style et de regard. Un Michel Suffran, toujours magistral de style et de mystère (L’Aubier). Relu une fois encore la Rue des boutiques obscures de Modiano et lu un autre, Les Boulevards de ceinture. Eh bien oui, beaucoup de « blanche » pour ces lectures estivales. Le captivant et étrange recueil de Christian Rosset chez Hippocampe. Un roman japonais sur un chat et son maître. Un « nature writing » anglais sur les corbeaux (par Mark Cocker), lumineux et touchant. Voyons voir, quoi d’autre? Deux anthos dans l’univers d’Hellboy. Un Doctor Who par Mark Morris. Des tas de nouvelles de mon regretté ami Roland C. Wagner. Niveau « pro », les beaux prochains romans de Brice Tarvel (oh, deux jeunesses du monsieur, aussi) et de Nicolas Texier. Et un gros paquet de romans pour la jeunesse, actuels, en anglais : pas du « young adult » mais une superbe recrudescence du roman ado, soit polar soit magique soit steampunk – eh oui, les engrenages et la vapeur entrent beaucoup en jeunesse. Voilà. J’en oublie.

#2697

Pourtant il n’a pas plu cette nuit. L’étage de ma maison, deux petites pièces sous le pointu du toit, était devenu un bateau, dont la cale / rez-de-chaussée avait prise l’eau, qui clapotait au débouché de l’escalier en colimaçon. Les trois chattes se trouvaient sur mon lit. Me hissant sur les tuiles en basculant le vasistas, je grimpai sur le faîte et constatai avec soulagement que Mérédith s’y trouvait déjà, conduisant avec sureté notre navire sur une mer laiteuse de lumière lunaire, forcément, nous étions encore la nuit. Le sommet de certains arbres émergeait des vagues en bouquets hirsutes.