#2775

« Dans l’avenue, c’était le silence trouble des nuits parisiennes. Des autos passaient avec un sourd feulement mécanique. Des tramways laminaient sans hâte leurs rails infinis, luisants sous les arcs électriques. Le ciel était d’un violet fortement rabattu de gris, Romain marchait au hasard. »

Pour tout ce qu’ils ont de très populaire dans l’esprit et la narration, et de rapide dans l’écriture, ces romans de Renée Dunan n’en recèlent pas moins, par moment, de bien belles phrases…

#2773

La situation se présente avec une régularité terrible et d’ailleurs, il me semble probable que j’en ai déjà parlé ici. Toujours est-il que cela m’a encore pris, ce soir : « Que lire ? ». Non que je manque de lecture, fort loin de là, mais que je ne savais sur quoi porter mon choix, mon caprice. Cette fois cependant, une certitude : je n’ai envie que de lire en français, un peu lassé pour le moment de tant lire en langue anglaise. J’en discutais l’autre jour avec un camarade traducteur, qui me confia le même phénomène. J’ai donc lu beaucoup de Simenon, ces temps derniers, mais aussi du Giono, du MacOrlan, du Francis Carco (auteur pour lequel j’ai un fort faible), quelques vieux polars jeunesse (remarquable Marc Soriano, faiblard Pierre Lamblin), deux volumes de plus de la curieuse série d’Hervé Picard au Castor Astral (L’Arcamonde) — tout en maugréant contre leur médiocrité de fabrication et la typographie aberrante de leurs dialogues, mais sinon c’est fort plaisant, étrange, précieux mais pas trop et quoique sans fantastique je remercie Jean-Luc B. de m’avoir orienté vers cela… Enfin bref, ce soir je ne me décidais pas, mais savais tout de même vouloir du français, du style soutenu et du polar… J’essayais un Giono, dont le caractère historique me rebuta — simple question d’humeur, il faudra bien que je les lise, ces Chroniques de la demi brigade que j’ai enfin trouvées il n’y a pas si longtemps à la brocante, moi d’ordinaire si fan de Giono… Et puis un J.L. Sanciaume, style trop plat, et puis, et puis… Ah, enfin : je me suis soudain souvenu avoir lu il y a quelque temps l’un des polars que Greg, le grand bédéaste, avait écrit dans les années 80, j’en ai trois sur les cinq parus. Alors voilà, Greg c’est. Et là aussi, il était bon, ce monsieur, quoiqu’un peu et curieusement décalé, réac pour tout dire : c’est paru à la fin des eighties mais les mentalités, les situations, font encore très seventies ; tandis que la tournure, superbe, est clairement à la Simenon. Sinon, sur la liseuse et en cas d’insomnie (une la nuit dernière) j’ai du british: un Enid Blyton, conseillé par le traducteur déjà évoqué, Pierre-Paul D. (vous comprendrez que je préserve son anonymat), Le Mystère de l’île verteSecret Island puisque je le lis en V.O. Qui débute sur un contexte très rude et évolue en une robinsonnade dont je conçois aisément la séduction pour les enfants d’antan.

#2772

Direction Paris pour un aller-retour dans la journée. La température presque printanière pourrait semer le doute mais l’hiver n’est pas achevé, le vert ne s’affiche qu’aux sapins, avec à leur pied l’écume jaune des ajoncs, vive sous le ciel gris. Le reste du paysage demeure pâle et griffu, les branches nues, l’herbe rase, les fougères en une mousse roussâtre. Les pins tendent leur long cou au-dessus des fantômes de bois encore du blanc-rosé du sommeil, les champs sont en pyjama raillé, les vignes des bâtonnets tordus, la caillasse blanche comme os, parfois un petit arbre se couvre de l’éveil de fleurs blanches, d’un minuscule cimetière jaillissent les flèches d’ifs sombres.

#2771

Je lisais dehors, le cul sur un coussin pour me protéger de la rudesse de la chaise en fer, et le bleu lumineux du ciel se voilait d’à peine quelques volutes blanches en ce printemps de février. Des petits bruits de dégringolade crépitaient de temps à autres du côté du mur, comme des miettes,  et la chatte, à mes pieds, se tenait aux aguets. Au bout d’un moment le coupable se montra, en équilibre sur une branche du troène, au-dessus de la haute muraille. Le merle picotait des graines, ça grinçait et se balançait, tranquille. La chatte monta sur l’autre chaise, en miaulant parfois et me coulant des regards interrogatifs. Notre bonhomme merle, son repas fini, sauta sur le sommet du mur et demeura là longtemps, parfois silencieux, attentif, parfois chantant, artiste. La chatte épuisée par tant d’émotions rentra et monta à l’étage se coucher sur mon lit. Le gros volatile noir gazouillait, pépère, pensif, puis se décida à prendre son envol.