#2670

Je ne sais jamais si je dois m’amuser ou m’attrister de cette espèce de culte du maussade qui règne sur la littérature « blanche » en France. Entre telle librairie « sérieuse » dont l’intérieur est pénombreux au point que le manque de lumière me tire sur les yeux les rares fois où j’y vais, et cet auteur de chez Finitude qui l’autre jour commençait à raconter son roman et s’interrompit soudain pour nous assurer qu’il ne s’agissait pas d’un roman « feel good » — ah ah ah, eh bien OK alors garde-le, ton roman pas « feel good » mon gars… À croire que pour cet establishment français qui dit « blanche » dit forcément « triste », quelle misère franchement que cette idéologie du sérieux-chiant. Ça en devient ridicule : je lis en anglais un Salman Rushdie, dont le texte de 4e de couv chez Vintage laisserait presque à penser qu’il s’agit de fantasy urbaine, tandis que le 4e chez Actes Sud est du lugubre de rigueur chez nous ; et un roman traduit du suédois, que j’ai en anglais (je ne sais plus l’auteur, flemme de chercher sur les étagères), annoncé comme plein d’humour tandis que le petit éditeur français l’ayant publié évoque sa mélancolie ! Ne l’ayant pas encore lu je ne sais laquelle de ces deux 4e reflète correctement le texte, mais un tel écart, ça devient un peu caricatural. La littérature peut être lumineuse sans manquer de sérieux, tout de même, eh.

#2669

Ma vie d’éditeur : chaque mois, je reçois un ou deux petits colis hyper bien ficelés / kraftés / bullés, en provenance de chez l’imprimeur… Ce sont les « justifs » (exemplaires justificatifs de tirage), les premiers exemplaires en provenance directe de l’imprimerie. Et j’adore ça, l’ouverture un peu fébrile du paquet, la découverte des nouveautés… Ooooh ! Ce matin par exemple, ce sont nos deux sorties de juin, deux livres qui furent en gestation lente et que je suis sacrément content de voir — le Camphrier de mon voisin et ami Nicolas Labarre (eh oui, j’ai un auteur qui habite à deux rues derrière chez moi), superbe dystopie douce-amère à la Transperceneige, sous une couverture de Melchior dont pour une fois j’ai fait le « brief » et qui bénéficie d’un motif supplémentaire en vernis sélectif (invisible sur la photo mais super beau en vrai) ; et puis la Ville-vampire de Féval, que j’avais envie de sortir depuis très longtemps et que les « Saisons de l’étrange » ont accepté d’accueillir en leur sein vénéneux, avec une postface du camarade lyonnais Adrien Party. Tout cela est bel et bon.

#2668

Réinsertion graduelle dans le quotidien. Chaque fois que je rentre d’un voyage, cela me fait le même effet : non, je ne parle pas de la fatigue (quoique je vienne de passer une semaine à me remettre véritablement), mais des souvenirs qui remontent en mémoire, des images qui viennent en tête, un coin de rue, une perspective, tous ces fragments, ces brefs aperçus et impressions qui m’enrichissent désormais et que je savoure comme par bouffées. Oh, et j’ai même continué à boire du thé du Yorkshire, c’est dire.

#2667

Les températures sont revenues à un niveau normal après cette soudaine explosion de chaleur de quelques jours. Les plantes en ont été saisies, au point que les trottoirs sont jaunes de pollen et que l’autre soir, lorsque Karim et mon sommes rentrés chez moi, toute la maison sentait le parfum citronné et un peu âcre du pierri, le petit arbre de la voisine qui surplombe le bord de la terrasse, couvert de grosses touffes de fleurs blanc-vert. Une des azalées a également ouverte ses fleurs en grand, quand sur l’autre elles ne sont encore que des griffes sombres. Les tulipes ont fanées et un premier iris est déjà fleuri. L’épaisse colonne d’une bardane laisse tomber au sol quelques-unes de ses petites fleurs blanches. Les pervenches couvrent l’herbe sous le figuier.