#2782

Il y a sept ans, j’avais eu la chance de faire la connaissance de Monique G. Chateau, fille cadette de l’écrivain populaire Léon Groc. Elle était coquette sur son âge mais avait alors 94 ou 95 ans. Je suis allé la voir plusieurs fois, dans son étroit appartement parisien bourré à craquer de livres (dans le couloir il fallait presque passer de profil) et, comme débutait le plan ReLire de spoliation des œuvres du XXe siècle, j’avais finalement signé avec elle un contrat pour certains romans de son père. Nous les avons publié en numérique, comme prévu, mais ne l’avions pas fait en papier et puis, comme maintenant les Moutons électriques développent une vraie collection de rééditions à tirage limité de littérature populaire (déjà 12 volumes réalisés), nous nous sommes dit que le temps était venu. Voici, c’est arrivé à l’instant, le beau bébé fait 818 pages, rien que ça.

#2781

« To me, dystopia has lost its bite. A, we’re living in it, and B, it’s such a complete crushing series of cliches at this point. The tropes have all been worked and reworked so many times. (…) A positive vision of the future articulated through principles of tolerance and egalitarianism and optimism and the quest for scientific knowledge, to me that’s feels fresh nowadays.( (Michael Chabon)

#2780

Odeurs de feuillage, de fleurs, quelques bourdonnements, les gloussements d’un poulailler non loin d’ici, la chatte qui se roule sur les dalles grises. Hier soir l’existence me paraissait une plate boutique, comme disait Flaubert, et je me suis couché tôt : je n’en fus récompensé que d’une longue insomnie, qui me permit la lecture d’une bonne moitié d’un Simenon « dur ». À 5h 25 le tintement d’un texto, une jolie nouvelle, tandis que par le vasistas entrouvert filtraient les vocalises matinales des volatiles. Matin lecture, encore, mais au jardin, avant que de regagner ma serre de lettres imprimées, comme disait Gébé, pour en préparer d’autres, le flot plaisant des polars fantastiques de Maurice Limat, dont la musique désuète mais habile occupe en ce moment mes journées.

#2779

Au marché ce matin, il y avait mon député : je l’ai salué et remercié pour son action. Avoir un député pour lequel j’ai effectivement voté, voilà qui me change agréablement du résultat de… toutes les élections en général. Et en parlant de citoyenneté, j’ai voté il y a quelques jours pour les options du budget participatif de la ville de Bordeaux, une initiative qui permet d’élire des projets proposés par des citoyens et dont trois vont donc être réalisés. J’ai noté avec intérêt que le maximum de votes allait aux projets de type végétalisation / environnement. Enfin, je viens de lire un papier sur le projet de grand réaménagement du Trocadéro et des environs de la tour Eiffel : je le trouve plus que beau, je le trouve totalement logique — je me souviens d’un voyage à Paris, il y a maintenant longtemps, où assis sur une pelouse au pied de la tour, je m’étais demandé pourquoi l’on ne réalisait pas une vaste végétalisation de tout cela, des arbres, du vert partout… Mais à l’époque ce n’était qu’une vague songerie écolo-utopiste, impossible alors d’imaginer que l’on puisse végétaliser le pont d’Iéna et l’interdire aux sacro-saintes bagnoles. Pourtant, cela va être fait. Un peu d’espoir, maintenant, et ça fait du bien.

#2778

Midi. Un instant au jardin, dans une douceur humide et parfumée, avant que la ténèbre qui montre plein ouest son cul de plomb chargé d’eau ne vienne réjouir les plantes à défaut des hommes. De tous côtés vibrent des fleurs dans cette lumière grise et un corbeau donne de la voix, rauque, couvrant un moment les roucoulements proches et les gazouillis plus lointains. Le vent arrive, les feuillages bruissent, la lumière baisse : rentrons vite. // Plus tard : jour blafard et frileux. Au jardin ne glissent plus que les escargots, tout bave et dégouttelle, les têtes jaunes d’une sauge hochent sous le crachin. Le ciel grommelle.