#2942

Début d’automne, entre moiteurs, chairs de poule et pluies soudaines. Bordeaux retrouve le climat que je préfère : il fait beau plusieurs fois par jour. Le virus vibrionne hélas de plus belle et la vie sociale se délite de nouveau. Le « présentiel » balayé aussi vite que les nuées par ce vent de tempête, je passe mes jours sur Skype et Slack, ou bien au bout du fil, et même mes promenades vespérales se font le masque sur le nez, dans la lumière qui diminue.

#2941

Hier soir le ciel était en flammes, comme en célébration d’une dernière soirée d’été avant la soudaine arrivée de l’automne. Je suis resté un bon moment à admirer les effets de lumière, comme on le ferait d’un tableau — les étagements de nuées incendiées, celles d’un bleu sombre les mettant en perspective, les rayonnements roses… Bref, la cellule de mon téléphone ne pouvait rendre justice à tant de luminosité, grillée par trop de feu solaire, et au bout d’un moment j’ai fait quelques pas dans la rue, jusqu’à tomber en arrêt devant un spectacle de fantastique, une maison hantée très certainement.

#2940

Ciel gris, ce matin, et bien du mal à me réveiller. La « bascule » arrive enfin : cet été outrecuidant tire à sa fin et la semaine prochaine apportera nous dit-on une fraîcheur automnale — et même, oooh, de la pluie. La pluie me manque, j’aime la pluie : d’ailleurs, à Bordeaux c’est même une attitude conseillée, vu la pluviométrie de notre bonne ville. Il y a quelque chose de confortant dans le bruit de la pluie, elle constitue une présence alors que le plein soleil est une vacuité. Ah, et puis pouvoir de nouveau s’habiller correctement.

#2928

Un dimanche en cœur d’été, les sons de la ville n’appartiennent qu’au domaine de la quiétude. Nombreux bourdonnements et tournoiements frisés d’insectes – un corpulent bourdon noir butinait tout à l’heure les corolles des courges, plongeant profond dans les fleurs jaunes. Je ne peux hélas plus dormir la nuit sur la terrasse, maudits moustiques. Épars tchip-tchip des oiseaux discrets à cette saison, et ce matin quelques « pioup » isolés. La rumeur presque inexistante du boulevard. Le grommellement puis le grand souffle d’un train. La ville qui sonne belle, le samedi matin comme le dimanche : les cloches d’une église, voix de métal claire et sage. De minuscules « miaou », un instant, les trois chatons sont de passage en haut du mur. Les grincements sourds d’un autobus. La chute d’une feuille du figuier, froissement sec. Rien d’autre. Le chaud silence.

#2919

Un train passe et dans ce vent froid du matin le souffle pousse vers moi son long grondement de bronze, entre marée et orage. J’ai lu que de nouveaux habitants de Lormont voudraient que cessent les appels sonores obligatoires : s’installer au-dessus d’une zone ferroviaire trouée de tunnels et vouloir que les trains se taisent, quelle effarante sottise.