#2772

Rentrant de l’anniversaire d’un copain par les rues calmes du quartier Saint Augustin / Parc de Lescure, que je connais assez peu ; ce doit à peine être ma troisième ou quatrième balade dans ces parages, d’une ample beauté. Marcher sur de larges trottoirs couverts de fleurs roses, sous les blanches façades Art déco, dans une nuit douce, bleue et rousse.

#2758

Hier le temps était au beau et dans cette sorte de clarté humide qui se faisait sous un ciel clair, de nombreux moucherons menaient une danse. Ils tressautaient dans l’espace vert entre les coupelles suspendues de l’abutilon, les grands doigts frais du figuier et la jungle frisée du fuchsia. De temps en temps, un bourdon fendait cette foule de miettes pour aller d’un pied de monnaie-du-pape à un autre. La quiétude de ce samedi semblait presque incongrue, après vingt-deux semaines de tournoiements d’hélicoptères, de bruits sourds dans le lointain et de sirènes plaintives, toute cette confusion brutale d’un régime au pain sec. Au soir, j’allais faire quelques pas sur les boulevards et les oiseaux trillaient, gloussaient, pépiaient, petits corps vibrant et fusant depuis les fils électriques jusqu’aux bas platanes qui sont de « frémissants docteurs glosant les subtilités de la lumière », comme le dirait Réda. Aujourd’hui la ville froide courbe l’échine sous un ciel blanchâtre, qui va rester dans cette hésitation, crachin, quelques traces de bleu, solitude silencieuse, la végétation se gonfle d’ombre et l’arbre de la vieille voisine pleure son feuillage roux comme pour un nouvel automne.

#2782

Dimanche. Ce matin il ne me restait presque pas de monnaie, à la brocante, donc il est heureux que je n’ai point eu à hésiter entre divers achats : c’est même avec un certain amusement que j’ai écarté quelques Robbe-Grillet et Duras dans une pile, pour me saisir de romans de Bonzon, Guillot et Berna que je n’avais pas encore. Chacun ses classiques, et si déjà lu les deux premiers avec intérêt, c’est avec amour que je lis les trois autres. Sans hiérarchie littéraire, car aussi bien une semaine précédente j’avais jeté mon dévolu sur une jolie série de Maupassant et encore sur un Modiano, et je regrette somme toute que l’on ne trouve jamais d’Oster ou de Gracq en chinant.

#2778

Un dimanche. S’il faisait fort beau hier sur la « marche pour le climat », il pleuvotait ce matin, ce qui m’ôta le courage de me rendre à la brocante Saint-Michel, d’autant qu’un vide-grenier s’étendait à deux pas de chez moi, dans la rue, barrière de Bègles. Ainsi font les petites gens, monsieur le président, ils s’échangent des petites choses pour de petites sommes, entre eux. Et un seul livre suffit à mon petit bonheur, sous les nuages grisouilleux : un vieil et bel hardcover anglais de 1969, The Essential James Joyce. Au téléphone, ma mère s’étonna que j’évoque mes capucines, mais si, je viens d’ailleurs de lire sur le ouèb que « Dans les régions sans gel, les capucines se ressèment toutes seules et même, dans certains cas, se développent comme des plantes vivaces. » Eh bien c’est le cas ici, dans le grand bac sous l’une des fenêtres du salon ; elles n’ont cessé de grandir et de s’enchevêtrer tout l’hiver et elles fleurissent déjà, ces capucines dont l’ardeur me remet San Francisco en mémoire. Et puis je suis rentré chez moi, lire un peu et travailler un peu.