#2956

Plusieurs vols de grues dans le ciel bordelais, hier, en grands V cancanant bruyamment, c’est le chant de la saison. Et si les arbres de mon jardin ne virent pas à la rousseur automnale (le micocoulier perd simplement ses feuilles, le figuier pas encore, les troènes et l’andromède ne changent pas), les fleurs pour leur part sont soudain presque toutes dans des tons de jaune-orange : l’abutilon en cloches toujours abondantes, les quelques pensées dans un bac, les dernières floraisons des courges en corolles fripées, les suzanne aux yeux noirs sur leurs lianes, les capucines sous la houle de leur feuillage en soucoupes.

#2952

L’œil de la caméra et celui de l’homme ne distinguent pas les mêmes choses. Étant sorti dans le soleil luisant après une pluie d’orage, je vis tout au bout d’une rue une grande montagne blanche, qui dominaient les maisons blondes. Sur la photo, pourtant, il ne restait que de frêles nuages, alors qu’à mon œil continuaient de s’ériger de grandes épaules solides et neigeuses.

Des feuilles jaunes ou rouges jonchent les trottoirs noirs d’humidité, en des géométries automnales. En ville, les mêmes collines blanches dominent chaque échancrure de rue, sous un ciel d’un bleu innocent qui prétend tout ignorer des orages et des averses. Sur les quais d’en face, les arbres paraissent fumer des nuées grises, qui s’amassent en dôme au-dessus de l’autre rive.

#2948

Lisant tout à l’heure un article sur le drapeau breton noir et blanc qui va certainement flotter bientôt sur la mairie de Nantes, je me suis dit que s’il fallait un drapeau à Bordeaux alors il serait peut-être bleu, blanc, gris : comme le ciel changeant de ce dimanche, qui passait en un instant d’une « transparence de ciel napolitain » au voile sombre d’une averse puis lumière nette, passage de nuages blancs et ainsi de suite. Mais le soir éteint les couleurs et il fera bientôt nuit en cet automne atlantique.

#2942

Début d’automne, entre moiteurs, chairs de poule et pluies soudaines. Bordeaux retrouve le climat que je préfère : il fait beau plusieurs fois par jour. Le virus vibrionne hélas de plus belle et la vie sociale se délite de nouveau. Le « présentiel » balayé aussi vite que les nuées par ce vent de tempête, je passe mes jours sur Skype et Slack, ou bien au bout du fil, et même mes promenades vespérales se font le masque sur le nez, dans la lumière qui diminue.

#2941

Hier soir le ciel était en flammes, comme en célébration d’une dernière soirée d’été avant la soudaine arrivée de l’automne. Je suis resté un bon moment à admirer les effets de lumière, comme on le ferait d’un tableau — les étagements de nuées incendiées, celles d’un bleu sombre les mettant en perspective, les rayonnements roses… Bref, la cellule de mon téléphone ne pouvait rendre justice à tant de luminosité, grillée par trop de feu solaire, et au bout d’un moment j’ai fait quelques pas dans la rue, jusqu’à tomber en arrêt devant un spectacle de fantastique, une maison hantée très certainement.