#2778

Un dimanche. S’il faisait fort beau hier sur la « marche pour le climat », il pleuvotait ce matin, ce qui m’ôta le courage de me rendre à la brocante Saint-Michel, d’autant qu’un vide-grenier s’étendait à deux pas de chez moi, dans la rue, barrière de Bègles. Ainsi font les petites gens, monsieur le président, ils s’échangent des petites choses pour de petites sommes, entre eux. Et un seul livre suffit à mon petit bonheur, sous les nuages grisouilleux : un vieil et bel hardcover anglais de 1969, The Essential James Joyce. Au téléphone, ma mère s’étonna que j’évoque mes capucines, mais si, je viens d’ailleurs de lire sur le ouèb que « Dans les régions sans gel, les capucines se ressèment toutes seules et même, dans certains cas, se développent comme des plantes vivaces. » Eh bien c’est le cas ici, dans le grand bac sous l’une des fenêtres du salon ; elles n’ont cessé de grandir et de s’enchevêtrer tout l’hiver et elles fleurissent déjà, ces capucines dont l’ardeur me remet San Francisco en mémoire. Et puis je suis rentré chez moi, lire un peu et travailler un peu.

#2777

De mon temps d’étudiant, il y a déjà 35 ans, charbonneux pouvait qualifier tout Bordeaux, aux façades maquillées de suie. En ces jours blonds, le noir d’ombre a reculé, les artères bordelaises d’une digne pâleur n’exhibent plus que rarement une face sombre, des exceptions. Revenant d’une « manif » par les petites rues, j’admire une fois encore une grande demeure abandonnée, que borde une sente presque campagnarde et que camouflent les arbres. Le mystère confus, le temps arrêté et le triste scandale d’une maison sans habitants. Et dans le ciel bleu se dispersent les sillons blancs des avions, le climat, quel climat ?

#2771

Je lisais dehors, le cul sur un coussin pour me protéger de la rudesse de la chaise en fer, et le bleu lumineux du ciel se voilait d’à peine quelques volutes blanches en ce printemps de février. Des petits bruits de dégringolade crépitaient de temps à autres du côté du mur, comme des miettes,  et la chatte, à mes pieds, se tenait aux aguets. Au bout d’un moment le coupable se montra, en équilibre sur une branche du troène, au-dessus de la haute muraille. Le merle picotait des graines, ça grinçait et se balançait, tranquille. La chatte monta sur l’autre chaise, en miaulant parfois et me coulant des regards interrogatifs. Notre bonhomme merle, son repas fini, sauta sur le sommet du mur et demeura là longtemps, parfois silencieux, attentif, parfois chantant, artiste. La chatte épuisée par tant d’émotions rentra et monta à l’étage se coucher sur mon lit. Le gros volatile noir gazouillait, pépère, pensif, puis se décida à prendre son envol.