#2676

Poursuite de mes lectures urbano-poétiques, avec ce recueil de souvenirs conseillé par mon archevêque de parrain. Mon propre Bordeaux appartient à deux époques : le milieu des années 80, où j’y fus étudiant, le Bordeaux de suie, et maintenant, pour y vivre, le Bordeaux blond — avec en quelque sorte une troisième époque qui se dessine actuellement, du fait des grandes constructions de Bacalan et d’Euratlantique, qui vont bientôt s’approcher de moi avec le nouveau pont de la Palombe et les bâtiments neufs annoncés dans la rue de la gare à la place de la rangée de gros marronniers, hélas. Ce livre-ci est intéressant en ce qu’il compare ma première époque (ce livre date de 1985) avec une autre, celle des années 50 de l’auteur, le tout dans le même style mauriacien que Suffran. Il qualifie même les chauffeurs de tramway de « wattman », terme oublié que l’on ne trouve plus que dans les vieux romans. C’est désuet, charmant, très emprunt comme il dirait, un peu moisi.

#2684

Le frottement des feuillages dans l’air tiède, un filet intermittent de vent, le cliquetis des griffes de la chatte sur le parquet, les sifflements des martinets, la voix atone et atténuée d’une présentatrice de documentaire, un heurt assourdi, le grondement lointain d’une moto, les petits claquements des lamelles du palmier, les martinets qui se rapprochent et repartent, sifflant de plus belle, une lumière dans la cuisine, l’eau qui coule au robinet, le souffle et les frémissements dans les buissons, le plafond gris des nuages qui se bosselle et se lisse à nouveau, risque de pluie 30% dit la météo, un grondement orageux qui tourne, fendant lentement le ciel, puis celui d’un train, le vent se lève.

« Cette heure magique lorsque la lumière est une propriété de l’air. » (Paul McAuley)

#2667

Les températures sont revenues à un niveau normal après cette soudaine explosion de chaleur de quelques jours. Les plantes en ont été saisies, au point que les trottoirs sont jaunes de pollen et que l’autre soir, lorsque Karim et mon sommes rentrés chez moi, toute la maison sentait le parfum citronné et un peu âcre du pierri, le petit arbre de la voisine qui surplombe le bord de la terrasse, couvert de grosses touffes de fleurs blanc-vert. Une des azalées a également ouverte ses fleurs en grand, quand sur l’autre elles ne sont encore que des griffes sombres. Les tulipes ont fanées et un premier iris est déjà fleuri. L’épaisse colonne d’une bardane laisse tomber au sol quelques-unes de ses petites fleurs blanches. Les pervenches couvrent l’herbe sous le figuier.

#2665

Considérations météorologiques. Avril est un mois démonstratif, cette année. Je me sens nettement jet-lagué, ayant passé de l’épisode sibérien de Harrogate (c’est comme ça que les Anglais nomment ce genre de coup de froid avec vent, grêle, neige fondue et grésils divers…) et du gris brumeux saturé d’humidité de Londres au brusque et radieux été-avant-l’heure de Bordeaux ces jours-ci. Et je me disais que les travaux, c’est comme les plantes : vous savez, quand lors d’un épisode de redoux les plantes se font avoir et poussent trop tôt bourgeons ou feuillages? Eh bien d’habitude c’est l’été que les municipalités font pousser partout des tas de travaux, mais là, Bordeaux est en emplie, bon sang de bois, ils ont cru que c’est déjà le temps estival des trous sableux, des chaussées défoncées et des transports pagaillés.

#2625

Aujourd’hui, Bordeaux fait des économies de décor : sur les quais, une masse cotonneuse remplace la rive droite, et à la brocante même au pied de la flèche Saint-Michel le sommet ne s’en distingue pas. Tout se noie de brume, blancheur indistincte, il n’y a plus d’aigu que le froid. Bravant ces temps de brouillard à la Gil Jourdan je me suis tout de même rendu au marché et, aux puces, trouvé quelques petites choses.