#2755

Au fait, hier j’ai reçu le troisième numéro de la revue Le Novelliste et, si j’avais une petite nouvelle dans le deuxième, cette fois je suis au sommaire avec un long article d’histoire de l’art, cosigné avec Mireille Meyer & Jean-Jacques Régnier, sur une artiste des années 20 bien oubliée, Reno. Nous avions écrit cela il y a des années pour la revue Les Cahiers dessinés, qui s’était alors arrêtée, damned. Cette fois est la bonne, et il y a deux repros de dessins de Reno, dont un grand en couleur. De plus, croisons les doigts, un article court mais plus largement illustré devrait voir le jour cet été dans le magazine Les Arts dessinés.

#2753

Et puisque je vous disais il y a quelques jours que je publiais sous le pseudo d’Olav Koulikov dans la collection « Les Saisons de l’étrange », eh bien figurez-vous que cette structure vient de définitivement acter son indépendance et qu’elle propose aujourd’hui un financement participatif pour sa deuxième saison. Voilà, c’est ici et bien entendu j’en suis !

#2750

Tout a commencé il y a un peu plus d’une vingtaine d’années, déjà. À l’époque, j’ai débuté l’écriture d’un cycle de nouvelles relevant à la fois de l’uchronie et du polar, plus exactement du « roman gris » (les atmosphères à la Simenon), avec une influence également de l’excentricité à la Chapeau melon et bottes de cuir, et d’un peu tout ce qui m’alimentait, constituait le cœur de ma culture : je m’étais dit que pour devenir un bon écrivain, un « vrai » écrivain, je devais essayer de faire œuvre le plus personnellement possible. Et cela semblait bien démarrer : mes camarades de la Gang lyonnaise, un groupe de lecteurs et d’auteurs (Lainé, Régnier, Bellagamba, Girardot, Mergey, Le Breton, etc.) qui se réunissait tous les jeudi midi, lisaient, corrigeaient et appréciaient semble-t-il mes nouvelles, et tout de suite une anthologie prestigieuse accepta la première : Escales sur l’horizon de Serge Lehman ; nous étions en 1998.

Seulement voilà : ensuite, impossible de placer une seule de ces nouvelles, c’était trop polar pour les uns, trop SF pour les autres, toujours trop ceci et pas assez cela, et puis des nouvelles quoi. Deux furent acceptées qui ne parurent finalement pas, et le tout continua à traîner — mais je ne me décourageais pas, j’avais pris le virus, et d’ailleurs j’écrivais d’autres nouvelles très personnelles, en dehors de ce cycle, qui ne trouvèrent guère plus preneurs — avant qu’en 2010 ce cher fou de Philippe Gindre accepte de faire le recueil Le Garçon doré, chez La Clef d’Argent.  Mais le virus était donc pris, cet univers très personnel je tenais à le creuser, à l’explorer, et je poursuivis de manière égoïste, presque thérapeutique. Au moment où je ne supportais plus mon job de libraire, je me mis même à accélérer le mouvement : chaque midi, au lieu de manger je filais à la bibliothèque couvrir des cahiers de mes pattes de mouche. Et puis arriva la fin 2003, la création des Moutons électriques, enfin la liberté, mais devant l’échec éditorial de mon cycle uchronique et ô combien occupé par ma propre maison d’édition, engagé dans d’autres aventures d’écriture (le Panorama, les « Bibliothèque rouge », tant d’essais), je me mis à décrocher peu à peu, jusqu’à cesser tout à fait de persévérer dans cet univers. Le recueil, énorme, fut refusé par quantité d’éditeurs, je me souviens de 10/18, de Mnémos, et il y en eu encore quantité d’autres. Le découragement s’installa et je sortis du « mode uchronique », cessant d’imaginer de nouvelles histoires chaque fois que je me rendais à Londres ou ailleurs. En 2008, la revue québécoise Solaris en pris une, mais refusa d’envisager d’en publier plus. En 2010, l’année de la publication du Garçon doré, je réunis le manuscrit en une auto-édition, histoire que ça existe vaguement, et puis voilà.

Je me souviens avoir eu une envie de « mode uchronique » lors d’un voyage à Vienne (Autriche), sans aller plus loin, je n’avais plus la motivation. Et puis un jour, ayant découvert les fascicules publiés par Le Carnoplaste, j’envoyais tout ça à Robert Darvel, qui fini par me dire que ça pouvait l’intéresser. Mais au même moment, des camarades et collaborateurs des Moutons électriques s’emparaient d’une idée de collection que j’avais commencé à mettre en place, et décidèrent d’en faire une structure éditoriale d’abord autonome, puis indépendante. Et de m’accepter mon cycle, ooooh. Et de me faire retravailler, et… Voilà, mon détective privé, Jan Marcus Bodichiev, vit enfin véritablement le jour. Avec un premier recueil, les Mémoire d’un détective à vapeur, chez les Saisons de l’étrange l’année dernière. J’avais décidé de jouer le jeu de l’uchronie jusqu’au bout, de vraiment faire de ce livre un « objet uchronique », et donc je l’ai signé Viat & Olav Koulikov, Viatcheslav étant l’assistant de Bodichiev qui vers la fin de sa vie aurait rédigé des fictions sur la carrière de son boss, et Olav le fils de Viat, attaché à réunir après la disparition de son père tout ce matériau historique.

Ce n’est pas sans remue-méninges et sans remue-émotions que de se réinvestir sur un projet aussi personnel, c’est retrouver le contenu de sa propre tête, fouiller dans les sentiments anciens, travailler le souvenir et réanimer la flamme, reprendre un chemin familier qui avait presque commencé à s’effacer… J’ai donc écrit une nouvelle entièrement neuve, « Péril en l’île », pour l’antho Trailer de la saison 2, et durant la trêve des confiseurs j’ai écrit une enquête de Noël pour l’antho suivante (je ne sais encore ce qu’elle vaut, j’attends le retour de mes éditeurs). J’ai également repris un vieux projet de roman, l’été dernier, et puis là j’attends les notes de mon éditeur en vue de la dernière réécriture du recueil de mars, Souvenirs d’un détective à vapeur.

Et puis, comme cadeau de Noël, mes camarades m’ont offert une grande et si belle affiche, une création originale de Melchior sur la base des couvertures des deux recueils. Noir et rouge, constructiviste, mon imaginaire intime transposé en graphisme. Je l’ai mise sous cadre, sur le mur du salon, et elle me fait chaud au cœur.

#2748

Lorsque j’étais enfant, j’avais une vocation : devenu grand, je serais auteur de bédé – ou bien je fabriquerai des livres, c’était bien aussi. Bon, un sur deux. Et je passais mon temps, durant quelques années, à créer de petites revues et des tas de bandes dessinées, avec le plus souvent les héros récurrents Zozo et Bibiche, très influencés par Placid et Muzo dont la… disons, la simplicité, me paraissait constituer un niveau atteignable. L’on m’offrit un jour une sorte de pâte à modeler qui pouvait devenir dure une fois plongée dans l’eau chaude : miracle, ainsi pouvais-je façonner mon propre merchandising ! Il reste des exemples de ces œuvres juvéniles çà et là dans ma famille, et j’ai une boîte en fer contenant les figurines (j’aime toujours bien le méchant à cagoule). Voilà. Le minuscule cirque intime d’un imaginaire d’enfance.

#2746

La grisaille et l’humidité du dehors offrant bien peu de distractions (la campagne, c’est froid et tout mouillé), je lis et j’écris. Seules notes de couleur, les pensées violettes sur l’appui de la fenêtre du bureau paternel, et les chatons dorés qui couvrent le noisetier. Le conte policier de Noël entamé récemment avance sans heurts. J’écris dans le gros volume qui était la « maquette en blanc » par l’imprimeur du Panorama semi-poche (une reliure non imprimée, pour nous donner une idée de l’aspect exact de l’objet prévu). Le stylo file à la vitesse de la pensée : ce qui fera plus suer ensuite sera de recopier le texte sur l’ordi, mais cette méthode permet un « deuxième jet » très naturel.