#5111

Actuellement je relis le manuscrit d’un livre, un essai, à la fois fascinant et difficile, dense et souvent lumineux, que les Moutons électriques doivent sortir dans un an — un texte d’un bel esprit que j’attendais depuis fort longtemps, qu’il fait vraiment du bien de lire. Et qui m’interroge aussi sur ma propre écriture, sur ces petites fictions d’uchronie que je m’entête à produire pour si peu de lecteurs pourtant. Pourquoi ? Parce que le veux et le peux. On me dit souvent « Mais repose-toi », par exemple en ce moment qu’une tendinite me fait boiter. Mais quoi, ce qui est fait ne sera plus à faire, et la peine de la disparition d’un grand monsieur comme François Corteggiani, si terriblement inattendue, me conforte dans cette volonté de boucler mon cycle dès maintenant, sans plus tarder, tant l’on peut disparaître aisément. De m’activer parce qu’après tout c’est simplement possible : une réunion de chantier demain matin suivie par trois jours de festival Hypermondes, et voir du monde, et dîner avec des amis, et construire de belles choses.

#5108

Week-end immobile, tendinite oblige. Comme me le disait mon hôte, les oiseaux sont de retour à Champignac après l’éclipse d’août. Pas seulement la pie qui ricane au-dessus de ma tête dans le mélèze, ça j’en ai un amusant trio dans mon quartier, mais tous les volatiles piaillant et gazouillant. Pour occuper le temps lent je tapote une nouvelle de Bodichiev à Bordeaux – bientôt 12 000 signes et il ne s’est toujours strictement rien passé niveau intrigue, tss. Je m’amuse à évoquer le Bordeaux en habits de suie des années 1980 plutôt que la ville blonde actuelle. Allusions aussi à une Algérie restée française dans cet univers. Jamais trouvé l’occasion d’aborder la question d’un colonialisme certainement très prégnant dans un tel cadre historique, vais un peu essayer.

16 776 caractères et le drame débute pour de bon. Bodichiev est convoqué par la police. J’interromps pourtant mon travail pour observer un écureuil qui, trompé par mon immobilité, s’approche tout tranquille, furète au sol, grimpe dans le magnolia avant de filer par un bras tendu du mélèze. J’ignorais que les écureuils fassent tant de bruit, clics et gloussements, le petit animal grommelle longuement dans les branches.

#5104

La ville grondait, cette nuit. Un tonnerre au loin ou un train mal réveillé, je n’ai su le définir, occupé que j’étais à regarder la lune. Une belle lune bien ronde dans un ciel d’un bleu de soie, et je me demandais comment décrire ce gros bouton de nacre cousu sur un coussin : ma nouvelle en cours sera certainement une histoire de (plus ou moins) loups-garous, j’ai donc trouvé intéressant que le hasard m’offre la documentation nécessaire, si j’ose dire. Je vous rassure, il n’y avait nul hurlement dans les parages, seulement ce roulement percussif et bas qui grondait dans le lointain nocturne.

#5100

L’application météo ne sait plus à quelles données se vouer, qui annonce des averses fantômes et repousse de semaine en semaine le retour d’une pluie d’ordinaire si habituelle pour Bordeaux. Gris mélancolique ou bleu métallique, le ciel ne promet plus rien, et le capitaine en son jardin meurtri de guetter les derniers fruits d‘une saison déjà automnale. Le minuscule miracle d’une grappe d’arbouses le fascine plus particulièrement, tandis qu’avançant sur sa nouvelle bruxelloise il rumine un peu sur une nouvelle bordelaise, au principe que ce qui est fait n’est plus à faire.