#2821

Parfois, il descend jusqu’au boulevard et, sous le halo du soleil déclinant, il observe les chamailleries des étourneaux. Comme des copeaux tombant du ciel gris-rosé, les petits corps foncent d’un bord à l’autre de la rue, toujours du feuillage des mêmes six platanes. Pourquoi ceux-là, il y aurait-il un office HLM aviaire qui les leur aurait attribués ? On nomme cela une murmuration, mais de près, quel vacarme. Tous les soirs cette nuée va et vient, chacun cherchant la meilleure place, les copains, la sécurité des autres, et l’on dirait qu’ils repoussent ainsi le moment de dormir, comme des enfants turbulents. Il regarde les arbres mais ne distingue des oiseaux que ceux qui fusent, la lumière poudreuse camouflant les autres, pourtant si nombreux sur les branches. Curieusement, ce miracle urbain journalier semble passer inaperçu.

#2818

Dimanche en bord d’eau… une rainette arboricole coasse dans le marronnier, le vent souffle et respire en un grand bruit dans les pins… quelques mouettes ricanent au loin, sous un ciel de plombagine qui fait briller le sable et rend toutes les teintes plus acide… quelques pas dans l’eau du lac, sur la vase douce…

#2815

Attendant un bus, tout à l’heure, je me suis mis à penser à l’océan. Il y avait du vent, de cette bousculade fraîche qui balaye souvent Bordeaux et qui, avec la pluie, la sauve encore de l’irrespirable. Je me suis souvenu qu’à Lyon, l’été, les fois trop rares où il y avait une telle brise je pensais à l’océan : souvenirs et impressions d’enfance, quand nous allions passer la période estivale à Saint-Brévin, sur l’estuaire de la Loire, et que bien souvent le vent marin nous empêchait d’aller à la plage. Et puis levant le regard, J’ai réalisé qu’un élément supplémentaire m’avait amené l’esprit à la grande eau : remplaçant la toiture d’une des maisons basses, en réfection, l’on avait installé de grandes bâches, qui claquaient et faseyaient comme une voile.

#2814

Sans doute cela me manquait-il le plus, lorsque je vivais à Lyon : la vision du ciel, car là-bas les rues sont de profonds canyons et l’on ne lève guère le nez vers le paysage nuageux ; d’ailleurs il y pleut assez peu, ai-je toujours trouvé. Je m’asseyais souvent à la fenêtre de la cuisine, pour malgré tout saisir un peu de ciel, comme une respiration. À Bordeaux, ville basse, j’ai retrouvé enfin ce lien constant avec le grand spectacle de la météo, et parfois, de mon jardinet, je me surprends à contempler les nuées comme on le ferait d’un tableau, admirant le touché du pinceau et la nuance des tons, je bade au firmament, béat de ce qu’ici il fasse beau… plusieurs fois par jour, si j’ose dire.

#2809

Jour au château. Les grands arbres s’égouttent en un murmure régulier, il fait une douce moiteur que saluent les roucoulements des pigeons. Un petit rapace passe dans le ciel en protestant d’un cri curieusement grinçant. Au bout d’un moment, il se décide à venir se poser au sommet du pin, non loin de moi. Trois autres tournent très haut. À l’intérieur, l’horloge vient de tinter.