#3003

Reminiscence drive. Une remarque primesautière hier soir de mon camarade graphiste m’a fait songer à un ami disparu. Avouerai-je que j’ai oublié son nom ? Thierry. Son prénom était Thierry. Il s’est suicidé, après son divorce. Un beau jeune homme rouquin, qui était amateur de danse contemporaine et qui, avec un autre copain de cette époque lointaine, m’initia un tout petit peu à ce domaine artistique que je ne soupçonnais pas pouvoir aimer — mais si, bien entendu, j’ai adoré les quelques spectacles que nous vîmes alors, maison de la danse, ballets, compagnie Philippe Gentil, butō… Plus tard, lors d’un voyage à Amsterdam, je vis encore une chorégraphie, à la fois drôle et narrative, tellement esthétique — et je crains bien n’avoir plus jamais revu de danse contemporaine depuis, tant il est vrai que « on ne peut pas tout faire », et qu’en culture, beaucoup repose sur des découvertes avec des compagnons. Cela m’a fait resonger aussi à ce phénomène lyonnais d’une ville de passage, où sans cesse je devais reconstruire des cercles amicaux car chacun partait, au bout d’un moment, peu restaient à Lyon. Alors, des cercles successifs, comme des ronds dans l’eau de ma vie, le roux Thierry donc, Lionel, Jérôme, Charlotte, les pow-wows, Béatrice, David, Régis, Werner, la Gang, Olivier, Axel… et puis marre, je suis parti à mon tour.

#3002

Après plusieurs jours de beau ciel bleu que voilait un fin film de pollution gris-rose, le temps revenant à la pluie vient d’opter pour la grande grisaille et l’on dirait que la vie, au dehors, a du mal à embrayer, ni la nuit ni le jour, dans une tiédeur poussiéreuse qui retient son souffle avant l’averse.

#3001

Une bibliothèque n’est pas chose figée, elle ne cesse d’évoluer et, parce que l’espace est fini, j’ai retiré de mes rayonnages pas mal de volumes ces temps derniers, condition sine qua non d’acquisitions nouvelles. L’exercice est intéressant, qui exige de s’interroger sur la pertinence de certains choix et des opportunités de relecture. Pleinement subjectives, ces décisions écartent donc Asimov et Clarke comme des ringards que je ne me vois pas relire un jour, tout en conservant Paul Béra, Algis Budrys, Chad Oliver ou Lloyd Biggle Jr. qui pourtant ne sont pas moins « has been ». Pourquoi avoir gardé du David Gemmell, allez hop. En littérature « classique » prennent un peu plus leurs aises Carco, Colette, Giono, Modiano et Sagan. Et de redescendre en l’espace un peu dégagé des titres « jeunesse » comme Tove Jansson ou Brian Jacques que je préfère voir ici. On bouge, on change, ou pas.

#2999

J’ai lu hier soir les deux préfaces de Timothée Rey à ses pavés chez Mnémos consacrés à Fritz Leiber, un boulot formidable. Je ne lis quasiment jamais de traductions (de l’anglais) mais là, il s’agit d’omnibus sans équivalents américains, c’est remarquable. Et en début d’une des préfaces, Tim se permet de citer Paul Morand, avec les précautions d’usage : eh oui, il est clair que Morand était un absolu sale type — il faut lire par exemple l’essai Le Soufre et le moisi de François Dufay (chez Tempus), ah ce titre formidable ! —, mais oui aussi, quel style, et les carnets de voyage de Morand demeurent très lisibles, sans le poids de l’idéologie rance du bonhomme ni de ses mondanités rassies, de beaux documents dans une grande langue. Quel style, oui, que j’admire vraiment comme travail de pure écriture – et je me souviens qu’un jour, Ugo Bellagamba m’avait fait lire le début d’une traduction de Babbit de Sinclair Lewis dans un vieux Livre de Poche à couverture peinte, et ces premiers paragraphes étaient du bonheur parfait — traduction de Morand, stylistiquement supérieure à l’original (même si le roman de Lewis est superbe).