#5049

Force est de reconnaître que je n’avance pas aussi bien que je le souhaiterais sur mon roman : les travaux divers des Moutons électriques, les visio, l’organisation des déménagements, un séminaire bientôt, la participation à une librairie, les dossiers de ceci et les soucis de cela… je n’écris qu’en pointillé, en vérité. Je vais donc tacher de me ménager, si possible, une majorité de petits week-ends estivaux afin d’aller chez mon parrain en « retraite » d’écriture, il me suffira pour cela de prendre l’iPad sur lequel j’écris souvent. Et puis le climat sera sans doute plus doux dans cette chartreuse sous les grands arbres que dans mon échoppe en ville. Enfin, nous verrons, c’est de l’ordre des vœux pieux. Écrire demeure à la fois une évasion et une lutte.

#5048

C’était donc il y a un an. De mes impressions d’alors sur mes séjours chez mon parrain, j’ai brodé l’avant-dernière nouvelle de mon cinquième recueil de polar uchronique, Archives d’un détective à vapeur. « Les deux morts de mademoiselle Rose » est le titre de cette nouvelle quasiment contemplative. Et je retrouve aujourd’hui le plaisir de cette observation tranquille, assis dans les hautes herbes entre la mare et un cerisier. Une pause. Le temps de me familiariser de nouveau avec les épis hauts, les marguerites au long cou, le grumeleux odorant des menthes blanches, le tapis de pétasines sous le couvert près de l’eau, ces odeurs vertes et résineuses que soulève la chaleur du jour. Des papillons folâtrent, hésitent. Au ras du sol, posé ainsi dans l’ombre légère, j’écoute le chant des oiseaux et les crissements des sauterelles, tout à l’heure deux rapaces tournaient en sifflant au-dessus du petit bois, derrière moi des corneilles craquètent. Le niveau de la mare est bien bas, hélas. Soudain des aboiements : c’est un chevreuil tout roux qui, trompé par mon immobilité, s’inquiète et, en quelques bonds, s’enfuit plus loin, me regarde surpris, la tête portant une jolie couronne, puis en râlant derechef file dans la prairie.

#5047

Samedi matin en forêt, à remonter un ruisseau intermittent en évitant les embâcles (les tas de branchages accumulés par les flots d’orage) et un peu en pataugeant, fraîcheur verte sous les chênes et les pruniers, ces derniers offrant quelques délicieux fruits jaunes et sucrés. Un écureuil, des chevaux. Et ensuite, un an après, retour à la chartreuse de mon parrain pour un bref week-end campagnard (qui sera tout de même écourté par l’obligation civique).

#5046

« Il faut pas du beurre pour demain ? … Il faut du beurre ! … Oui : du beurre ! … Pour toi, il y a du boudin… »
Le charmant menu de la grosse dame brune dans le tram, voix éraillée et accent sans doute espagnol.
« Et alors tu ne sais pas ce qu’elle m’a dit ? »
On ne le saura pas, non, et l’identité d’elle demeurera pareillement inconnue.

#5045

Pour ne savoir guère identifier les chants d’oiseaux, je passe pourtant d’assez fréquentes pauses matinales ou vespérales à tendre l’oreille et écouter nos familiers à plumes. Ce que le chant des oiseaux me dit c’est que je ne suis pas seul, que l’on peut se taire un peu, qu’il est bon de s’arrêter pour juste écouter, et laisser remonter des souvenirs et des sensations. Ainsi de ce matin entre deux averses légères propices aux escargots. Des pia-pia répétitifs, des cra-cra rauques, des trilles évasives, en ce presque dimanche le quartier apaisé n’ajoute que le souffle d’un bus à la chanson des volatiles.