#2570

Exotismes minuscules. Devant la gare, un moine bouddhiste, l’air songeur dans sa toge orange. Dans le tram bondé, une petite fille basanée évoque le gâteau à la crème mangé par son copain prénommé Stuart. À la brocante, un grand héron en plastique toise de haut un Napoléon chevauchant sa monture rouillée. Accroupi, un petit monsieur asiatique fouille dans un bac de LP marqué « afro-disco ». Dans la basilique, les cierges scintillent au pied des hautes colonnes grises mais l’air sent le renfermé, le moisi, et je tousse. Sous la flèche, un noir à chapeau brandit une hallebarde devant des touristes blancs et ridés. À l’orgue de barbarie, le chanteur de rues livre une strophe oubliée d’ « Une souris verte ». Plus loin, les musiciens arabes jouent du bouzouki et de l’accordéon. Mélanges, mélanges. Et penser à Roland.

#2569

« I waited a good hour after the last flick­ering light had disappeared. Then I crept softly up to the house, and, concealed in its shadow, listened for sounds. There were none, except those strange, almost inexpressible voices which seem to come from nowhere in the dead of night. I do not know that anybody has ever noticed them; but I have always fancied that they were like the breathing of the earth—if such a thing were possible—for they come in regular, rhythmic pulsations. »

Geo E. Walsh, The Mysterious Burglar, 1901

#2568

Depuis le début de l’année, j’ai pris la résolution de ne plus manger chez moi que végétarien + poisson. Et cette nuit j’ai fait un rêve étrangement en rapport avec une telle décision : je me trouvais dans une réunion de famille au restaurant, et nous remarquions que près du sol un large plateau portait des petits animaux ; il s’agissait de l’équivalent de l’aquarium à homards de certains restos, ces petits animaux devaient être tués sur place avant d’être mangé par les clients. Un peu horrifiés, nous constations que cela comprenait plusieurs écureuils volants, tout mignons, et décidions aussitôt d’en adopter deux.

#2567

Je marche beaucoup, en ce moment. Trois petites sorties rien qu’aujourd’hui, pour essayer de m’éclaircir la tête. Jamais loin, le quartier, le boulevard,les barrières, la gare, Nansouty… Le meilleur moment : l’heure entre chien et loup, lorsque l’éclat déclinant du ciel lutte avec les alignements oranges de l’éclairage municipal, que le visage blond des maisons se maquille de frais, que les grillons commencent à crisser dans l’échancrure ferroviaire, que les squares clos s’envahissent d’ombre, que les vélos passent en un souffle et les voitures en une ribambelle de lumignons. L’été m’est toujours plus difficile, besoin de marcher pour relâcher un peu de la pression de la solitude, et les crises d’angoisse qui vont avec. Cueillies quelques graines de rose trémière, dans l’espoir chaque fois déçu qu’un jour, l’une ait le caprice de pousser dans mon jardin plutôt que sur les trottoirs. Récolté aussi pas mal de pourpier, afin de le replanter dans un bac — des provisions pour futures salades.

#2566

La plateforme d’hébergement de mon blog me dit qu’il comprend 2896 articles. Fichtre. Ah, il faut dire que je « blogue » depuis… 2001 je crois ? Une amie en parlait comme d’un « voyage au long cours », il y a peu. Parfois je me demande pourquoi, tous ces mots, et qui les lit donc ? Il y avait un compteur de visites, sur l’ancienne version (chez Blogger), plus sur l’actuelle, je ne me rends donc pas du tout compte. Écrire dans le vide, de nos jours où tant de blogs recherchent notoriété et cadeaux, où chacun donne son petit avis en le baptisant « critique », est-ce dérisoire ?

Je cultive mon jardin, dans le silence de l’été.