#2970

Un long moment, je suis resté le nez en l’air, à regarder les tours jumelles du Sacré Cœur se hausser au-dessus des toits. Dans la lumière dorée de ce jour d’hiver, les deux torsades de pierre me frappèrent par leur réalité. A force de ne plus sortir, j’en oublierai déjà presque la beauté urbaine, le simple plaisir d’une architecture sous le ciel translucide. Des passants approchant j’ai mis mon masque et, pour me donner une contenance, suis allé m’asseoir sur un banc. Pas longtemps, juste pour un autre et bref moment de réel. Je m’étais donné pour défi de rejoindre le supermarché des quais en n’empruntant que des petites artères, afin de croiser un minimum de monde. Voilà la vie en temps de pandémie : rechercher cette solitude pourtant si aliénante, filer son chemin en étranger, juste le cœur allégé d’un peu de marche.

#2969

A long time ago, genre il y a 7 ou 8 ans juste avant de quitter Lyon, j’avais compté les romans alignés dans ma bibliothèque et étais parvenu aux alentours de 5000 volumes, et ma foi ayant recompté hier soir, cette quantité s’avère stable, du fait de mes « purges » régulières et en dépit des achats, hum, fréquents ; ça va. Oui je sais : petit joueur. En revanche, il ne s’agit là que des romans, je n’ai compté ni les essais, biographies et beaux livres (pas en quantité considérable), ni tout l’enfantina (quoique je n’en achète plus guère depuis que la crise sanitaire me barre le chemin de la brocante dominicale) ni, surtout, les BD : c’est dans ce domaine que l’acumoncellement devient grave au point que toutes les bibliothèques adéquates sont remplies — et ce, alors que j’ai « purgé » il y a peu, et envahi d’autres espaces. Damned and gosh.

#2968

La toujours étonnante coutume des cadeaux de fin d’année par les fournisseurs… Le chef de fabrication qui m’envoie du thé, chouette. L’imprimeur des Hélios qui m’envoie… euh, des chaussettes de Noël ?! et elles sont très jolies ! Et le diffuseur qui m’envoie… beuuuh, des chocolats, je suis allergique au cacao — mon assistant va être ravi, ils seront pour lui !

#2967

Ma vie passionnante : hier soir, je me trouvais sous la douche lorsque soudain deux scènes de l’univers de Bodichiev me vinrent en tête, et à peine séché je me suis précipité sur l’iPad pour les rédiger toutes deux, près de 5000 signes tout de même. C’est étonnant, deux petites tranches de vie de Viat, comme si maintenant j’étais « branché » sur cet univers parallèle et en recevait des bribes. (Non non ça va, je n’en suis pas encore au chapeau en aluminium)

La semaine dernière, je suis parvenu de haute lutte, c’est-à-dire en pointillé entre deux petites tâches pour les Moutons ou pour AENA, ou entre deux réunions visio, à écrire une nouvelle dans ce même univers et, grand bonheur, l’éditeur me l’a promptement acceptée avec le qualificatif de « parfaite ». Comme par ailleurs mon fils (partiellement modèle de Viat, de même que Bodichiev m’est en partie un alter-ego) venait de me dire plein de jolies choses sur mon dernier roman, cela illumina mon week-end.

#2966

Enfant d’une certaine modernité, celle forgée dans les années Pompidou, et d’une ville nouvelle, Cergy-Pontoise, où j’ai grandi, j’ai toujours été et je demeure fasciné par certains artefacts d’un « avenir radieux qui n’avait jamais été », comme l’écrit Philippe Vasset. C’est pourquoi dans mon nouveau roman, Menace sur l’Empire (comment, vous ne l’avez pas encore commandé ?), je mets en scène notamment une arcologie et un aérotrain. Un ouvrage de Vasset que je vient de lire, Une vie en l’air,  évoque ce dernier, et comme l’auteur je suis fasciné de longue date par le rail de béton qui traverse encore la Beauce, « parapet d’un projet oublié ». L’aérotrain aurait du venir à Cergy, justement : las, ce rêve technologique fut abandonné. Vasset en parle superbement et… rêveusement, en habitué des propos psychogéographiques. Dans une nouvelle finie hier, que je vais soumettre à une anthologie, j’évoque également les ailes volantes, autre objet hautement rétro-futuriste.