#2566

Je lisais à l’instant sur le blog de Christopher Fowler que « The more you look at old films, the more you realise that London passes through distinct cycles, from sumptuous cleanliness to appalling filth. » C’est finalement un cycle par lequel passent toutes les grandes villes, je pense. Et curieusement, autant j’apprécie que Bordeaux soit maintenant largement entré dans sa période « sumptuous cleanliness », en espérant que le haut du cours de l’Yser et tout le cours de la Marne rejoignent enfin ce mouvement… autant j’ai bien au contraire des réticences et bien des regrets concernant Londres, que je vois au fil des années se modifier au point d’effacer la plupart de mes repères favoris. Le canal du Régent est en train d’être transformé du recoin tranquille que j’aimais tant en une autre de ces débauches d’immeubles pour riches et de toc pour touristes ; idem Camden Market, déjà rasé en grande partie ai-je constaté la dernière fois ; le marché de Smithfield, le seul indemne jusqu’à présent, va être en partie transformé en une nouvelle incarnation du London Museum, et que va-t-il advenir de la rotonde qui abritait historiquement ce dernier dans le quartier de Barbican ? Sans parler de la hausse des loyers (et de la montée inexorable de l’illettrisme), qui a fait disparaître la majorité des librairies et bouquinistes de la capitale britannique. Un ami postait l’autre jour sur mon mur FB le strip ci-dessous, qui se moque clairement du style abscons et prétentieux de Iain Sinclair (je désespère de jamais parvenir vraiment à lire ce grand auteur de Londres, hélas), et j’avoue que concernant le « disapproving of gentrification » je suis guilty as charged… et ce non en raison d’un snobisme, comme Sinclair, mais simplement parce que j’ai de l’âge et une mémoire, sans doute…

#2565

Maxi insomnie cette nuit, j’en ai profité pour finir de lire l’épigone lovecraftien précédemment évoqué et pour revoir la comédie sherlockienne Without A Clue, avec Michael Caine, Ben Kingsley et Jeffrey Jones. Je n’en avais guère de souvenirs, eh bien ma foi, c’est assez impeccable. Genre fascinant que la comédie (quand elle est réussie). Eh oui, des images qui bougent : vers 5h du matin je n’avais pas les neurones assez actifs pour continuer à lire le bouquin suivant, à savoir Krollebitches, les « souvenirs même pas en bande dessinée » de Jean-Christophe Menu. Une sorte d’autobiographie de ce bédéaste et éditeur, sous forme d’évocation des chocs bédé de son enfance, de ses débuts, de sa jeunesse. Une lecture qui m’intéresse à plusieurs niveaux, puisque Menu a mon âge, que je le suis depuis toujours — je lui achetais ses fanzines à chaque Angoulême, autrefois — et que tant ses propres œuvres que son parcours me « parlent », bien souvent. Bien que n’ayant jamais eu l’occasion de discuter avec lui, j’ai l’impression d’un peu le connaître, et ses souvenirs / analyses offrent une lecture assez originale. Une vie en livres, en pages, versant « culture populaire », forcément que cela me parle.

#2563

J’ai beaucoup fait de rangement, ces quinze derniers jours. C’est un principe : quand j’m’ennuie un peu, je range… des livres, j’aime ça ranger des livres (oui, un rien marteau, je sais). Du coup, j’en redécouvre, je feuillette, je furète… et hier soir, tombé sur cette belle et amusante image, que j’ai eu envie de partager. Maurice Rosy, 1954.

#2562

Ah, les « gens connus »… Ça me fait toujours sourire, les célébrités que l’on voit tout dentier étincelant sur les programmes TV avant les caisses de supermarché. Tous de parfaits inconnus (pour moi). Et les trois célébrités qui serrent leurs gros visages sur ces affiches d’une station de radio ? Des têtes de beaufs ordinaires comme l’on en croise partout dans la rue (me semble-t-il). Et comme je ne vais plus non plus au cinéma, depuis longtemps, je suis vraiment hors course, le « mainstream » m’indiffère ou me fait ricaner — comme l’an dernier le concert unanime de louanges lors de la mort d’un vieux beau camé jusqu’aux yeux, chanteur de variété parmi tant d’autres. Vraiment les gens, George Michael, non attendez, vous plaisantez ? (incompréhension) Enfin bref, je suis fichu, je suis « out ». J’ai regardé le premier épisode de The Orville et je n’y ai vu que du Star Trek un peu mou, pas très drôle, et puis zut quoi, les scènes dans un centre commercial genre Mériadeck ou Part-Dieu que l’on essaye de nous faire passer pour un centre de recherches scientifiques du futur, vraiment les gens, on a interdit d’excellentes fan-séries de Star Trek et il ne va pas y avoir de procès pour ce plagiat raplapla ? Je viens de lire l’article du Guardian sur tous les super excellents trucs télé qui vont sortir à l’automne et wow, j’ai juste ricané à la photo d’encore un autre faux Star Trek, c’est tout. Les images qui bougent m’ennuient, les gens célèbres ne sont pas les miens. Allez, le vieux con retourne bouquiner, un peu courbé par l’âge mais avec le sourire.

#2561

Une fois, une copine libraire m’a dit que s’ils ne vendaient que ce que les gens allaient effectivement lire, ils ne feraient pas leur chiffre — et ma foi, je vois exactement ce qu’elle voulait dire, étant coutumier du fait d’acheter tel ou tel livre et… de ne pas le lire, du moins pas tout de suite, parfois pas avant des années et des années. Là par exemple je suis replongé dans du Charles de Lint, car j’en avais plusieurs de retard. Hier soir en retirant la jaquette de The Cats of Tanglewood Forest, pour ne pas l’abîmer, j’ai réalisé que ooooh que cette couv est belle, et je crois bien que je ne l’avais jamais regardée ! Il s’agit d’un court roman plutôt jeunesse, un conte de fée entièrement illustré par Charles Vess, une merveille pour s’envoyer en l’air le regard. Je ne l’avais pas tout de suite lu car il y avait eu auparavant une version plus brève, en album. Et puis je viens de lire la trilogie Wildlings, et là c’est parce que c’est du YA que je n’avais pas eu de suite l’impulsion de les lire. C’est chouette pourtant — mais bien imparfait : on voit qu’il n’y a pas eu d’éditeur sur cette série, à la fois au niveau du texte, par endroits trop long et un peu déséquilibré, et encore plus dans le produit-même, auto-édition maladroite aux couvertures hideuses et entachée d’erreurs diverses (grosses fautes de mise en page, mots manquants, coquilles). J’ai eu un peu de mal à y rentrer, du coup, mais le troisième a pour moi bien fonctionné, très beau.