#2999

J’ai lu hier soir les deux préfaces de Timothée Rey à ses pavés chez Mnémos consacrés à Fritz Leiber, un boulot formidable. Je ne lis quasiment jamais de traductions (de l’anglais) mais là, il s’agit d’omnibus sans équivalents américains, c’est remarquable. Et en début d’une des préfaces, Tim se permet de citer Paul Morand, avec les précautions d’usage : eh oui, il est clair que Morand était un absolu sale type — il faut lire par exemple l’essai Le Soufre et le moisi de François Dufay (chez Tempus), ah ce titre formidable ! —, mais oui aussi, quel style, et les carnets de voyage de Morand demeurent très lisibles, sans le poids de l’idéologie rance du bonhomme ni de ses mondanités rassies, de beaux documents dans une grande langue. Quel style, oui, que j’admire vraiment comme travail de pure écriture – et je me souviens qu’un jour, Ugo Bellagamba m’avait fait lire le début d’une traduction de Babbit de Sinclair Lewis dans un vieux Livre de Poche à couverture peinte, et ces premiers paragraphes étaient du bonheur parfait — traduction de Morand, stylistiquement supérieure à l’original (même si le roman de Lewis est superbe).

#2998

Mes rêves sont tumultueux et bien symptomatiques en ce moment du sentiment d’enfermement et de perte de vie sociale, de toute ces frustrations. Cette nuit je me trouvais plus ou moins à Londres en compagnie de Melchior et Mérédith (et de leurs compagnes), mais horreur malheur, nous portions des masques, même dans mes rêves maintenant j’ai intégré cette contrainte-là. Et de jour, horreur malheur il n’y avait pas un brin de vent la semaine dernière et à chaque sortie je me suis payé un beau mal de crâne, particulièrement carabiné samedi en rentrant des parages pourtant si verts du pont d’Aquitaine : pollution maximale et empoissonnement au dioxyde de carbone — d’ailleurs on distinguait à l’œil nu le voile fatal, un trouble gris-rose sur la ville. La pluie cette semaine devrait au moins rabattre les particules. C’était le message grognon du lundi matin.

#2997

Brève escapade ce midi pour respirer : une balade rive droite jusqu’à Pola, pour aller déjeuner au bureau de mon camarade David, éditeur à l’enseigne de l’Arbre vengeur. Bord de Garonne et ragondin familier (voilà qui est autrement plus original, comme animal d’éditeur, qu’avoir des chats), respiration en effet.

#2996

La nuit dernière, j’ai été sauvé par des livres de chez ActuSF. Vers 5h du matin, klong ! Je suis réveillé en sursaut par un claquement, et un affaissement du matelas de mon lit. Les chattes s’enfuient, sauf Jabule toujours impériale. Je soulève le matelas – uh, le pied du sommier a cassé, étrangement l’extrémité de la barre centrale n’était qu’un truc en plastique, collé à l’entourage en fer et qui vient de se briser. Je descends chercher un mètre, je remonte mesurer la hauteur du sommier : 21 cm. Je redescends, vais à la cave et trouve aussitôt un petit carton bien lourd et solide, des invendus d’ActuSF qui datent d’un salon d’il y a deux ans. 19 cm de haut, bon, je prend aussi une petite planche et je remonte : je glisse le carton sous le lit, surélève et protège ce socle improvisé avec la planchette, soulève la partie brisée du sommier et la pose dessus, remboite les trois lattes déboîtées, et voilà : un sommier de nouveau solide. Les chattes de retour approuvent le dispositif, il est 5h 30 et je me recouche. Merci ActuSF, ça c’est de la littérature qui réconforte.