#2587

Descendant tout à l’heure vers la gare (je vais passer le week-end chez mon excellent camarade Pagel), j’ai fait l’expérience d’un trouble de la réalité : un panneau routier annonçant, tout près de chez moi, un temple bouddhiste ? Et je n’avais jamais vu ça ? Bon, un peu plus loin deux autres panneaux me rassurèrent quant à leur aspect flambant neuf, mais tout de même : les nouvelles sur lesquelles je (re) travaille en ce moment se déroulent dans une uchronie où le bouddhisme est la religion d’État, et j’en débute une qui serait à Bordeaux… Et du coup, j’ai guetté le long de ce chemin connu par cœur d’autres signes jamais observés. J’ai donc découvert une grosse poule blanche, qui grattait la terre sous un buisson, dans un jardinet ; et un portillon ouvrant sur un sentier, marqué « ter » et « quarter » sur la boite à lettres.

L’image contient peut-être : plein air

#2586

Nous avons nommé cela le Club de l’Hydre : un petit groupe de fins connaisseurs et amateurs des littératures de l’imaginaire, des images qui bougent et de celles qui sont en cases, se réunit quelque part dans la nuit bordelaise le premier lundi de chaque mois et c’est fort agréable. Hier soir c’était à mon domicile que cette société pas si secrète et de bonne compagnie se donna rendez-vous pour explorer les mystères de la confiture banane-rhum, entre autres artefacts inconnus du vulgaire, en tenant de savanturières et distinguées considérations. Ce fut plaisant.

#2585

L’averse passée, Saint Michel luit, glisse, perle et dégouttelle… Fatras hebdomadaire, rituels, quotidienneté apaisée. Les voyages en Orient de Nerval, un pot en verre, une chayotte, des piments, des patates nouvelles, un Sainte-Maure, deux baguettes… La ville brille, les quais repeints de frais sous un ciel à la Sisley, avant l’averse suivante.

#2584

Une brume nimbait l’air nocturne d’un mince voile, d’un trouble, lorsque je suis sorti ce soir, un tulle qu’irisaient les lampadaires et que perçait la pleine lune. Un phare bleu fumait dans le lointain de la géométrie des caténaires. Quelques pas lents par les rues calmes, et des lueurs, des étincelles, saisies fugitivement par des fenêtres — le sweet home de l’un est toujours le mystère de l’autre.

#2583

Ce ne fut pas une bonne journée. Hier matin j’apprenais plusieurs mauvaises nouvelles, et l’une en particulier qui m’attriste particulièrement. Je ne parviens même pas à pleinement le réaliser : je ne vais plus croiser Henri en librairie ou à Saint Michel, cette figure locale, ce petit monsieur toujours jovial, des rides de rire au coin des yeux, formidable collectionneur de BD, chineur invétéré ; Henri qui pour moi faisait en quelque sorte partie du décor de « mon » Bordeaux, un passant, une constante du monde du livre bordelais ; Henri toujours une plaisanterie et un mot gentil aux lèvres, à la fois familier (depuis 35 ans que je le croisais) et opaque, si public et cependant complètement privé, avec qui j’avais encore discuté il y a peu chez Mollat, sans âge et dont je découvre parce qu’il est disparu mardi qu’il avait 62 ans, seulement. Salut Henri.