#1216

Den Haag 5

Séjour bien réglé: levé vers 9h, petit déjeuner dans la vaste salle à manger (table immensément longue et murs lambrissés de bois sombre), écriture de mon roman jusqu’au déjeuner à 13h, retour à l’ordi jusqu’à 16h, l’heure du thé avec mon parrain, dans le petit salon lumineux attenant à ma chambre. Souvent, nous allâmes ensuite nous promener: dans la forêt tout proche, ou bien au sein des belles demeures d’ambassade, une fois sur la plage de Schreveningen — dans un vent si violent que nous peinions à avancer. Au-dessus de la mer de plomb, virevoltaient des ailes de wind-surf, comme autant de virgules sombres contre le ciel gris où perçait un soleil d’une pâleur lunaire mais d’un éclat brutal.

Je fis tout de même trois musées: le municipal, décevant puisque les Mondrian de la collection permanente ne sont pas exposés actuellement (étrange). Le Museum Meermanno, musée du livre où j’eus la joie de voir l’expo Penguin que j’avais manqué à Londres. Et last but not least, le Panorama Mesdag. Très en vogue juste avant l’avènement du cinéma, les panoramas ont disparus partout — sauf ici, à La Haye, où a survécue cette vision de Schreveningen vers 1850. Un véritable voyage temporel! L’illusion est complète: on émerge en haut de la plus haute dune, sous une pagode. Autour, tout autour, Schreveningen dans le passé, si parfait que l’on hésite à distinguer la limite entre le véritable sable et le mur peint. Et l’éclairage zénital en lumière naturelle ajoute encore à ce choc visuel, cette vision d’un temps enfouis ici presque palpable.

Les trams rouge et jaune passent dans un bruit de feraille sur les grandes artères rectilignes, quelques canaux font miroir au ciel blanc, trois tours archi-contemporaines dominent un centre-ville labyrinthique de ruelles étroites, souvent piétonnisées. Ville calme, charme provincial, déjà mon souvenir se fige en grandes images, douces et couleur de pluie.





#1215

Un peu la flemme de bloguer, là. Cherchez pas.

Reçu L’Onyre du givre, le recueil de mon cousin Bruno B. Bordier chez Rivière Blanche. J’ai fait une petite préface. Neuf nouvelles aussi belles qu’originales.

Bouclé (enfin) le prochain Yellow Submarine, « Envies d’utopie », qui traînait depuis des mois et des années… Trop de boulot(s) par ailleurs, il passait tout le temps après tout le reste… Enfin, beau sommaire! (ci-dessous) Et sortie en janvier 2008 (toujours chez le Bélial’), pile-poil pour le 25e anniversaire (gasp, déjà?).

Utopie et science-fiction, essai de typologie (Marie-Pierre Najman) – Ombres et lumières dans l’héritage de Campanella (Ugo Bellagamba) – De la démocratie en Amérique (et au-delà) (Ugo Bellagamba & Éric Picholle) – Escales chez Temporel ( Jean-Marc Tomi) – Allégorie déchue ( Leon Hunt) – Le rêve des étoiles comme utopie(s) – Helvéties rêvées, Helvéties réalisées (André-François Ruaud) – FICTION Un soleil d’hexagones (David Calvo) – Zippies (Maxence Grugier) – Ferals (Maxence Grugier) – Dernières nouvelles de l’utopie (Serge Halimi) – FICTION Retour au pays natal ( Jean-Pierre Hubert) – LECTURES d’utopie

#1214

C’est certain: sauver le patrimoine de l’Imprimerie Nationale importe peu aux candidats à la présidentielle, et Chirac n’avait déjà rien fait après la pétition qui de 21 000 personnes à ce sujet… En février 2006, Élisabeth Badinter, Yves Bonnefoy, Roger
Chartier, Jacques Rigaud, Bernard Stiegler et Michel Tardieu revenaient pourtant sur le sujet, en publiant dans Libé un appel qui
demeure, un an après, d’une actualité et d’une pertinence éclatantes. Amoureux du livre, allez donc faire un tour sur le site de Graphê, l’association qui se bat pour sauver ce patrimoine incomparable.

Strictement sans rapport: David Sylvian, le crooner british, fait aussi de la photo et ça vaut le coup d’oeil.

#1213

Den Haag 4

Vous voyez le style de manoir que l’on voit dans des épisodes de « Chapeau melon » ou de « Amicalement vôtre »? Avec un lourd escalier de bois sombre partant du hall pour rejoindre une mezzanine aux lourdes balustrades sculptées qui fait tout le tour? Eh bien, la Nonciature apostolique de La Haye, ce’st cela. Et immense, bien sûr, des salons et des chambres de tous les côtés. Avec de grandes fenêtres et, bien spouvent, des demi-pièces vitres séparées du salon par des panneaux coulissants. Comme dans tout châteaux qui se respecte, il y a le salon rouge, le salon bleu, le salon jaune, etc.

Mon parrain, le nonce, est venu me chercher en limousine conduit par son chauffeur, un Colombien tout sourire prénommé José. À deux pas du centre (minuscule), la Nonciature est logée dans une rue calme derrière la silhouette néo-gothique du Tribunal International, pour le coup un véritable château, immense et impressionnant. Des bois entourent la Nonciature: le quartier des ambassades occupe un bout de forêt. Des mouttes criaillent dans el ciel et, tous les matins, je serai réveillé par des vols de canards.

(à suivre)