C’est sûr, au pays de Miss Marple, il faut se méfier des vieilles gens.
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#1888
Joie, bonheur et tâche accomplie: je viens d’achever le texte de mon deuxième Dico féerique, celui sur le Bestiaire fantastique. J’ai fait la chasse dans divers carnets à des notes sur le sujet prises au fil des mois, tout est maintenant en place, ouf. Ce week-end je vais aller scanner chez une amie, en Provence, moults illustrations anciennes de livres pour enfants, pour compléter l’iconographie du volume. J’attends aussi encore les travaux de deux illustrateurs, et tout sera bon pour lancer la mise en page — cependant que deux relecteurs plancheront sur le texte.
#1887
#1886
En cette page, je parle surtout de livres — et même, surtout de romans, n’évoquant qu’assez peu le nombre d’essais que je peux lire ou consulter, et ne parlant que rarement de bédé, alors que j’en dévore énormément. Je n’évoque aussi qu’occasionnellement mes goûts musicaux, en dépit du fait que l’écoute de musique représente une facette fort importante de mon existence. Pour oser une comparaison un rien dérisoire, la musique pour moi, c’est comme le thé: pour mon équilibre physiologique comme intellectuel, je ne saurai m’en passer longtemps. Et bien souvent, d’ailleurs, thé et musique se rejoignent chez moi dans une identique provenance culturelle. Car c’est bien entendu la musique anglaise qui retient le plus mon attention, à commencer par la sphère du progressive rock.
Lorsque j’ai véritablement découvert l’univers musical, c’est-à-dire en 1979 alors que je débutais le lycée, ce sont tout de suite les groupes de « progressif » qui m’ont attiré. Il faut dire que Supertramp se trouvait à son apogée, et que le Pink Floyd venait de sortir The Wall. Vous me direz, en 1979 le prog était déjà mort et enterré — mais je ne le savais pas, on ne m’en a rien dit. D’ailleurs, la fiction spéculative aussi, venait de mourir, et c’est pourtant vers elle que je tournais mes appétits littéraires. Mais revenons à la musique: à la médiathèque, je me mis à vouloir aller au-delà de ces quelques succès un peu trop lisses, trop édulcorés, pour trouver ce qui se trouvait à leur origine. Mon premier Genesis fut Wind and Wuthering — encore une prod un peu tardive et aseptisée par rapport à l’âge d’or du genre, mais je m’en approchais. Colosseum me sembla trop vieillot, Soft Machine trop incompréhensiblement jazzy pour mes jeunes goûts, mais je plongeais rapidement dans Yes, Genesis, Caravan et quelques autres… Peu années plus tard, Michel Pagel me faisait écouter « Grendel » de Marillion (oooh c’est comme du Genesis), Bruno Bordier me faisait découvrir Camel et Renaissance, un revival se produisait en Angleterre sur lequel j’écrivis (en anglais) mon premier bouquin, je vis Geoff Mann et IQ au Marquee à Londres, etc.
Bref: sur le millier de CD qui s’élève en rangs serrés à l’entrée de mon salon aujourd’hui, la majeure partie sans doute entretient des accointances avec le prog. Alors jugez de mon plaisir — et de mon intérêt aiguë — lorsque le « monsieur prog » français, l’archiviste et mémoire vivante du Canterbury en particulier, monsieur Aymeric Leroy, sort enfin sa Bible tant attendue… Rock progressif vient de paraître chez le très recommandable éditeur marseillais Le Mot et le reste, et je le dévore en ce moment-même. Maquette sobre et élégante, l’ouvrage est beau. Et le propos me sidère tout autant par sa tranquille érudition (non seulement cet homme sait-il tout, mais il glisse régulièrement des détails aussi pointus, apparemment anecdotiques, que très éclairants) que par son équilibre: entre historicité et jugement critique, faits et recul, Leroy ne donne non seulement pas dans la « pensée unique » habituelle du rock, bien entendu (ces fichus lieux communs réducteurs et faussement rebelles inventés avec le punk), mais pas non plus dans une vision geek du genre. Rien d’étroit dans cette histoire du rock progressif, et un sens de la phrase, une fluidité de l’écriture idéale pour un tel essai. Remarquable. J’en ai déjà lu plus de la moitié, et cet ouvrage sans aucun autre équivalent me semble une réussite quasi parfaite (et encore, je n’ajoute le « quasi » que pour éviter que l’on m’accuse d’exagérer, et parce que l’index aurait pu être plus complet).
#1885
Eh bien, grand grand bien m’a pris d’acheter le roman d’Adam Foulds. C’est une vraie merveille de sensibilité, de style, de clarté, lumineux et précis comme une musique acoustique. Que l’auteur soit poète se ressent dans la densité de sa prose, chaque mot compte, mais rien n’y est encombré. En bref, je suis sous le charme. J’y aperçois comme une identique simplicité et tension émotionnelle que lors des concerts solo de h ou de l’album Less Is More de marillion (que je réécoute en cette minute-même): des moments touchés par une sorte de grâce. Et il y en avait ô combien, de la grâce, dans ce concert de l’autre soir à Islington. Je n’en suis pas encore tout à fait revenu, redescendu. J’y songe encore, la tête pleine de la formidable provision d’images engrangée durant cinq jours londoniens. Tout en achevant avec un immense plaisir, une véritable jubilation, les textes du deuxième Dico féerique. Quelle somme étrange, et quelle force poétique étonnante s’en dégage, naturellement, sans effort conscient de ma part. Je ne fais que réunir les éléments épars, et tout cela est feulant, sifflant, rugissant, griffu, velu, parfois évanescent, les écailles brillent et les queues se tordent, tous ces mystères sont tellement séduisants. Le premier tome était nominé à un prix et ne l’a pas eu, petite déception, mais ce deuxième sera encore plus intéressant, plus original somme toute. Je ne suis pas peu fier, et très amusé, d’avoir concocté hier une entrée entièrement à base de Flaubert et d’un tableau de Turner.