Un jour, je me trouvais en voiture avec mon père qui conduisait. Nous avions cessé de discuter et je ne sais pourquoi, j’ai fermé les yeux. Me suis mis à imaginer quel paysage continuait à se dérouler de l’autre côté du pare-brise, cette campagne tourangelle connue et prévisible. Je déroulais la route dans ma tête, sur l’écran de mes paupières, tournant en fonction des mouvements de la voiture : des arbres, des maisons, des collines, des haies… Puis enfin, au bout d’un moment, je me décidai à rouvrir les yeux. Et fut un instant sidéré par le paysage, si différent de celui que je venais de me construire avec un tel réalisme : pas la même route, pas les mêmes arbres, pas la même lumière.