#1073

Le train roule très lentement, par moments il permettrait même que quelqu’un monte à bord en pressant juste un tout petit peu le aps. Hum, il me semble que c’est une idée que j’avais trouvé dans L’Univers-ombre de Jeury, une de mes références en matière de SF utopiste — mais je ne suis plus certain. En tout cas, je me trouve effectivement dans une utopie. Mais dans une partie du pays très peu peuplée. Le train roule à son bonhomme de rythme au sein de grandes forêts de bouleaux, puis de pins, descend tout d’abord du plateau puis dans une étroite plaine entre les monts. Le train traverse un pont immense, en fait le sommet d’une sorte d’immense digue qui, d’un côté, retiens une forêt, et de l’autre plonge en à-pic au-dessus d’une brutale rupture des montagnes. Dans l’échancrure d’une profonde ravine, un vent fou souffle, souffle, le train s’immobilise parfois à cet endroit, juste le temps pour moi d’admirer la vue plongeante dans ce décoletté montagneux, aux deux pans couverts de grandes éoliennes. Elles tournent dans le vent, leur vrombissement empli cette passe, le train vibre un peu.

Au-delà… Eh bien, l’objet de cette narration étant que je trouve le sommeil, il s’agit généralement du point le plus lointain que je parvienne à atteindre avant de sombrer entre les bras de Morphée. Mais, parfois, il m’est arrivé de rêver la suite. Ou bien de partir dans le sens inverse — vers une ville bâtit dans le cône d’un ancien volcan. Ou bien encore, de poursuivre de l’avant et d’enfin arriver à ma destination, une ville construite comme une immense barrière en travers d’une vallée haute, une ville qu’il m’est arrivé de visiter en songe, sur son toit (ici, mon imaginaire se confond un peu avec celui qui avait présidé à la création de la Cité d’en Haut, dans mon premier roman) ou dans ses douces entrailles… Ah, mais gardons encore de la matière pour, peut-être, une prolongation de ce récit, un jour. J’en ai déjà beaucoup révélé, ces derniers posts, sur une sphère onirique très privée… Tout ça, je m’en souviens, sur la base de mes lectures de Transit de Pierre Pelot et L’Univers-ombre de Michel Jeury, avec une forte influence d’une image d’Alan Lee vue un jour dans un catalogue de beaux livres…

#1072

Ici, la narration varie selon les fois. Dans certaines occasion, je monte les marches jusqu’à la petite mezzanine qui surplombe les rails. Sur le mur, une carte en mosaïque me rév!èle l’aspect de ce monde — qu’il serait trop compliqué de décrire ici. La plupart du temps, cependant, je me contente de faire quelques pas sur le quai puis de rmeonter celui-ci vers la gauche, un train attendant à son extrémité. Je monte, il n’y a pas de battant à la porte des wagons blancs et fuselés. À l’intérieur, un seul compartiment mais pas de sièges, juste des tas de coussins multicolores répandue un peu partout au sol, des tables basses, des tapis couvrent le sol — une exhubérance vaguement orientale en complet contraste avec les parois d’un blanc froid, percées de simples vitres. Je passe dans un autre compartiment, même agencement. Il n’y a personne, de-ci de-là la haute silhouette d’un narguilé ou celle d’une théière lève la tête au-dessus du désordre de coussins. Tout est immaculé, parfois une paroi en métal blanc sépare l’espace de la porte de celui des coussins, des étagères y portent des cartons également blancs. Rien d’autre. Je n’ai aps l’occasion de remonter jusqu’à l’avant du train: celui-ci démarre. Lentement, très lentement. Je pourrais descendre en marche, si je le voulais.

(à suivre)

#1071

Il s’agit d’un bâtiment bas, tout en longueur. Je m’approche par le côté où une bâtisse rectangulaire s’appuie à la voûte de béton de l’édifice principal. Il s’agit d’un bar, une baie vitrée courant sur toute sa longueur à mi-hauteur, un peu comme dans le fameux tableau d’Hopper. Une petite porte vitrée s’ouvre à l’endroit où je fini par arriver, à l’extrémité du bar. Un comptoir de couleur noir court sur le mur du fond, des tables sont disposées sous la baie vitrée. À l’autre extrémité, une double porte s’ouvre sur le paysage de cailloux irréguliers. Le bar est vide, rien sur les tables, il n’y a même rien sur les étagères derrière le comptoir, tout semble abandonné. Je pousse une petite porte, face à celle par laquelle je suis entré. Une porte pleine, cette fois, peinte du même vernis noir que le comptoir et les tables.

Je me retrouve dans le hall de la gare: sur la droite, sous une mezzanine, sont les portes principales, deux battants massifs décorés de losanges de verre. Un escalier aux marches larges montent sur la mezzanine, qui surplombe les voies. Au-dessus de ma tête, la voûte se poursuit en verrière, entrelac familier de poutres métalliques sombres, c’est bien une gare — s’il fallait en douter: les rails sont là pour en attester.

(à suivre)

#1070

Cette construction narrative — cette histoire pour m’endormir — commence ainsi…

Je me réveille un peu groggy, endolori, j’étais allongé sur un sol de caillous irréguliers, qui me meurtrissaient l’épaule. Me mettant debout, je me demande où je suis. Une grande étendue de cailloux, formant comme un plateau au milieu des montagnes. Tout autour, des sommets rendus bleutés par l’air, entourent en couronne irrégulière l’espace où je me trouve. Un peu plus loin, sur ma gauche, quelques buissons bas, églantine ou quelque plante épineuse de ce genre. Il fait un peu froid, le ciel est gris, couvert. J’effectue un tour sur moi-même, pour tenter de me repérer. Un bâtiment se distingue, tout de même, au bout de l’étendue caillouteuse. Dans les autres directions, rien, juste quelques mauvaises herbes, et la pente qui disparaît ici dans un nuage trop bas, là dans un ébouli rocheux. Faisant attention à ne pas me tordre les pieds sur les arrêtes sombres des cailloux, je me dirige vers le bâtiment…

(à suivre)

#1069

Etant en train de lire un Pierre Pelot, je repense à l’un de ses romans que je préfère, Transit, et de là, à… Non, j’allais écrire un rêve, mais il ne s’agit pas de cela. J’ai déjà pensé à en parler ici, plusieurs fois, mais c’est en définitive le fait que je sois en train d’enfin réaliser le numéro de Yellow Submarine sur les « envies d’utopie » qui me conduit à évoquer tout ça ici… Tout ça? Pas un rêve: une envie de rêve, en quelque sorte.

Lorsque j’ai du mal à m’endormir, depuis des années je songe à quelque chose… Toujours la même chose, la même construction narrative, que je ne suis que fort rarement parvenu à mener jusqu’à sa conclusion, tant elle fonctionne bien pour me plonger entre les bras de Morphée…

(à suivre!)