#789

Je fais souvent des rêves étranges, mais ceux de cette nuit ont peut-être le pompon…

Tout d’abord, j’ai cauchemardé que nous étions en dictature. Le dictateur se nommait Amédée Ozenfant – oui, le peintre! Amédée Ozenfant avait imposé sur le pays la dictature de son idéologie puriste (du nom du mouvement de peinture qu’il avait lancé en vrai, of course), apparemment une sorte de tyrannie esthétique rigoriste et moralisante à la fois, dont Le Corbusier, son cousin Jeanneret et Charlotte Pierrand étaient les ministres… Et au petit matin, débarquaient en force chez nous des militiens, venus embarquer mon coloc et sa copine sous prétexte d’entrave au purisme! Je vous passe les détails, pas rigolos et assez fièvreux… Le tout avec images de formes pures (et des confusions avec les tableaux de Mondrian), et le nom d’Ozenfant qui me tournait en tête. Raaah… 🙁

Ensuite, je me suis retourné dans mon lit et le drap a fait de larges plis contre mon dos – et je me suis mis à penser à une cape de super-héros. Si, si. Puis me suis rêvé en… super-héroïne! Une grande pépée à gros nichons et perchée sur des talons hauts, que j’étais, avec une immense cape, dans un décor de grattes-ciel… Là je pense que c’est l’influence de Comix Remix, la bédé d’Hervé Bourhis lue hier, qui a jouée – m’enfin, je n’ai jamais eu de fantasmes de transexualité, promis, qu’est-ce que c’est que c’t’affaire?! :-°

#788

Un temps de réflexion: silence sur ce blog pour une durée indéterminée.

« Il suffit que dans le plein des choses, nous ménagions certains creux, certaines fissures — et dès que nous vivons nous le faisons — pour faire venir au monde cela même qui lui est le plus étranger: un sens. » (Merleau-Ponty, « La Prose au monde »)

#787

>> Devon & Cornwall (fin)

Je n’avais jamais vu tant de ports: Penzance, St Ives, Plymouth, Torquay… Ce séjour fut celui du grand bol d’air et du vent qui bouscule. Et chaque fois une mer différente, roulant des vagues qui grises, qui bleues, qui vertes, qui d’une clarté cristaline (à St Ives), qui d’une opacité rébarbative (le dernier matin, au pied de la citadelle de Plymouth, tandis que, sous la bruine, un cormoran étend ses ailes pour se sécher, les palmes plantées sur des rochers couleur de sang séché). Et les ricanements des mouettes ponctuant tous ces décors, qu’ils soient d’alignements de victoriennes, d’humbles maisons blanches, de solides bâtisses en grès, ou de crêmeux hôtels balnéaires.

Il s’avère un peu désorientant, le soir venu, de lire Frédéric et les amis des hommes, l’essai de Jean Borie sur L’Éducation sentimentale de Flaubert — au son des goélands. Fichu Borie, qui frappe si juste et me renvoit tout le temps à mes propres manques, donne des mots aux interrogations qui sont les murs auxquels je ne cesse de me heurter et qui, la nuit, me réveillent par des pointes d’angoisse… Les questions de désir et d’horizon résigné. Et puis aussi, ce cruel « On ne se convertit à la bonté que par impuissance de réaliser ses désirs. »

#786

>> Devon & Cornwall (9)

St Ives — Un petit port devenu dès la fin du XIXe siècle colonie d’artistes, qui profitaient d’une lumière qu’ils jugeaient « méditerranéenne ». En 1939, le couple d’artistes modernistes Barbara Hepworth et Ben Nicholson, respectivement sculpteuse et peintre, en compagnie du sculpteur Naum Gabo, firent de St Ives un véritable centre artistique. Déjà, Nicholson avait découvert en 1928 un pêcheur à la retraite, Alfred Wallis, dont les peintrues naïves, ignorant l’usage de la perspective et n’utilisant que peu de couleurs, l’avaient fortement impressionnées.

Visite de la galerie du Tate St Ives. J’aime bien le terme de « unprocessed visual stimuli » pour décrire certaines toiles aux limites de l’abstraction, au sein desquelles peuvent pourtant se distinguer comme une réprésentation, fugitive, instable, que l’oeil croit reconnaître sans la saisir… Ainsi « Riverbed » de Bryan Wynter (1959).

Wilhelmina Barns-Graham… une peinture abstraite mais encore fort proche de la représentation du réel, par sa tentative de saisir les mouvements et sensations, comme dans son « Volcanic Wind » (1994) qui revisite tardivement sa recherche kinétique, en traduisant chaleur et agitation rapide. Ou bien son « White, Black and Yellow » de 1957, où sont retranscrites en formes pures les sensations d’un paysage d’hiver — avec soudain cette forme cernée, noire sur noire, sous une pente blanche, qui donne à la toile une surprenante profondeur, un ancrage réaliste: fenêtre et toit, surgissant de ce jour enneigé.

Depuis la galerie supérieure, la mer étale, d’un vert translucide tournant subtilement au bleu profond, illumine la rotonde moderniste, blanche et simple, d’une épure qui répond au souci d’abattement des formes, de palette réduite pour être plus expressive, qui est celui des artistes exposés. Lumière et palette éclatante mais réduite d’un Atlantique se prenant pour la Méditerranée. Rare adéquation d’un bâtiment muséographique à l’art qu’il recèle. Ainsi, les toiles qui d’ordinaire sont des monologues entrent, sinon en dialogue, au moins en résonnance — tels par exemple les vert-bleus de la série sur un glacier.

#785

>> Devon & Cornwall (8)

Tintagel — Après avoir été le siège du royaume d’Uther Pendragon, c’est désormais celui du piège à touriste. Tout est arthurian & mystic, on vend dans ce petit village et dans la même foulée celtic books et ice cold drinks, sous les noms enchanteurs de Pendragon Gifts, King Arthur Bookshop, Merlin’s Gifts, Arthurian Café, Camelot Amusements, Kingfisher Restaurant, etc. Mais en dépit de cette…. camelotte, new-ago-mercantile, le site lui-même possède une puissance vertigineuse, grandiose tas de cailloux noirs perchés au-dessus d’abîmes maritimes. Seuls quelques lichens dorés, des fleurs sauvages et des corbeaux semblent pouvoir vivre sur un site aussi désolé.

Face aux ruines des deux chateaux (une par rocher, reliées par une passerelle à quelques mètres des rochers écumants), sur la falaise suivante, un grand hôtel édouardien consièdre la mer avec l’arrogance de ses briques sombres. On a osé nommer ça l’hôtel Camelot.

La modernité ne tarde pas à reprendre ses droits: une poignée de kilomètres plus haut dans les terres, de nombreuses éoliennes brassent l’air marin de leurs bras blancs.

Château de Tintagel

Tintagel