#363

« Demeurer égal à soi-même ». Quelle ironie. Car je me trouve un peu trop « égal à moi-même », ces temps derniers. C’est-à-dire un peu trop immobile, un peu trop nonchalant, un peu trop autiste aussi.

Ainsi, en lectures: il semblerait que je ne parvienne (presque) plus à lire que dans une optique d’enrichissement de ma propre pratique de l’écriture. Donc plus de romans (sauf s’ils sont policiers & que je pense y trouver telle approche, tel détail, telle construction, qui pourrait m’apporter un petit quelque chose en plus pour mes propres polars), pas mal de nouvelles (avec surtout un regard sur la construction & le style), et surtout de la « documentation » — beaux livres d’art, d’architecture ou de tourisme, par exemple.

Quant au reste de l’existence… Du fond de mon désert personnel, je me laisse parfois, involontairement, frissonner sous des bourrasques glaciales. Et je sais bien quel est le désir qui me fait me tendre — mais sais aussi qu’il est inatteignable.

#362

« People always say you should be yourself, like yourself is this definite thing, like a toaster, or something. Like you can know what it is, even. But every so often, I’ll have like a moment, where being myself, and my life right where I am is, like, enough. » – Angela Chase (episode 13: Pressure)

À la fin du générique, Angela s’efface tout au bout du chiaroscuro d’un couloir de collège.

C’est l’image que j’ai toujours en tête lorsque je pense à elle — ça, et les ténèbres enneigées de « So-Called Angels », l’unique fois où la magie particulière de la urban fantasy souffla sur une série télévisuelle (si l’on excepte quelques trop fugitives scènes de Buffy). My So-Called Life c’est un peu les Twin Peaks sans le malsain de Lynch, c’est du Charles de Lint versant (plus ou moins) réaliste…

Angela, mais aussi Rayanne, Brian, Rickie, Jordan ou Sharon, font étrangement partie intégrante de mon paysage mental depuis longtemps. « Étrangement », car il ne s’agit « que » d’une série pour ados, après tout. Que?

J’ai vu et revu les épisodes (dix-neuf seulement) lorsque Canal Jimmy les diffusait. Puis j’ai attendu, en vain, qu’ils repassent afin de pouvoir les magnétoscoper. Les DVD sont enfin sortis & immense est mon plaisir de redécouverte. My So-Called Life (en français Angela 15 ans) conserve la force littéraire d’un grand roman & la beauté plastique d’un grand film. Comment s’étonner que cela n’ait pas marché sur une grande chaîne américaine?

(« Angela 15 ans » est rediffusé à partir de cette semaine, du lundi au vendredi vers 17h15 sur MCM)

#361

Lu en songeant malicieusement à mon ami William:

« Ne nions pas, en effet, les sentiments prétentieux et les enthousiasmes déclamatoires, on peut pleurer de bonne foi tout en arrondissant gracieusement le coude pour tirer son mouchoir, faire une pièce de vers sur un bonheur ou un malheur quelconque et le faire sentir aussi bien que ceux qui n’en font pas, et il n’est pas encore absolument prouvé qu’il soit impossible d’aimer la femme que l’on appelle sa déité ou son bel ange d’amour. »

(Gustave Flaubert in Par les champs et par les grèves)

#360

À perte de saison

Nos gouvernants vont beaucoup trop loin dans des mesures d’économies d’autant plus odieuses qu’elles ne sont pas démocratiquement votées.

Et il s’avère décidemment que la mode est à l’unique : après l’ « union européenne » et la « monnaie unique », voici la « saison unique ».

Car vous aurez bien sûr remarqué que si nous n’avons pas eu d’été, nous n’avons toujours pas eu non plus d’hiver.

Eh bien, c’est tout bonnement que nos dirigeants n’ont pris cette année que le contrat le moins coûteux — celui de l’automne !

Dans un tel contexte d’austérité, on peut donc s’attendre à ne pas non plus avoir de printemps — et le danger, au bout du compte, serait que le fabricant, voyant qu’il n’y a plus de marché pour certains de ses produits, en cesse tout à fait la fabrication : plus jamais d’été, de printemps ou d’hiver.

Déjà, et c’est un scandale dont l’on ne parle que trop peu, il n’y avait plus à la fin du XXe siècle que quatre saisons. Alors que, bien entendu, les anciens en avaient connu six ! Seulement voilà : trop peu de gouvernements payaient les droits supplémentaires nécessités par les contrats de « l’été indien » et du « Noël blanc ». Devenues produit de luxe, ces deux saisons-là finirent par disparaître du catalogue.

J’en parlais hier soir avec un ami historien, qui s’est dit convaincu qu’il y avait huit saisons lors du haut Moyen-âge, et une douzaine à l’époque présocratique ; c’est vous dire le terrible appauvrissement saisonnal que nous subissons depuis longtemps.

Enfin : Bonne Année 2003 quand même.

#359

À compter de demain, une page du journal de Samuel Pepys sera mise en ligne chaque jour sur un weblog créé dans ce but. Belle & étrange idée, que de nous livrer ainsi les pages de ce celèbre diariste londonien du 17ème siècle.

Né à Londres en 1633, Pepys débuta son journal à une période cruciale de l’histoire anglaise, puisque juste après la mort du Protecteur Oliver Cromwell. La mise en ligne est celle de la transcription complète de 1893, et le site comporte également des notes & renvois historiques & explicatifs.

(info Douze Lunes)