#327

Observation liminaire : voyageant seul, je peux me permettre de prendre des notes à tout bout de champ, de me promener avec le dictaphone en poche, de rédiger des fragments de journal le matin avant de partir. Accompagné, en revanche, l’exercice du journal deviendrait par trop égoïste, pour ainsi dire encombrant.

Une semaine après mon retour de voyage, que me reste-t-il alors ? Non pas exactement du bonheur (car si le souvenir de la tristesse est toujours de la tristesse, le souvenir du bonheur n’est déjà plus du bonheur, n’est-ce pas ?) mais une sérénité persistante, profonde, que même la subséquente semaine d’intense activité à la boutique, et des tensions perceptibles dans cet environnement ingrat, ne sont pas encore parvenus à mettre à mal. Sept jours de voyage, sept jours de joie, de partage, de découverte, d’émerveillement, de plaisir à la fois intense & tranquille, un long bonheur sans heurts.

Et une impression d’enrichissement : ce voyage fut comme le labourage d’un champ en friche, la terre fraîchement retournée se remet à respirer, sa surface grise & sèche fait place à un lourd humus couleur de chocolat, gras & odorant, de vieilles graines éclosent soudain, de jeunes pousses vertes pointent leur tête…

Et puis (surtout ?) des images : des images plein la tête, paysages peints & paysages vus — beauté naturelle & beauté adhérente, dirait mon kantien d’Olivier.

Infusion des sentiments, ce journal devra forcément se faire impressionniste : c’est de rigueur.

#326

En surfant à la recherche de reproductions de tableaux, afin de créer les liens pour mon prochain journal de voyage, je viens de découvrir un formidable site: Artchive, d’une richesse réjouissante & aux repros de grande qualité (ce qui est loin de toujours être le cas sur le web). Le tout accompagné d’articles puisés à de mutiples sources.

Du bonheur pour les yeux, de quoi apaiser au moins un moment ma frénésie esthétique… Ou, pour citer mon complice, « une longue série de sensations fortes, prodigalité d’images aberrantes à force d’être belles; par l’art, naturel ou adhérent, l’expérience décuplée d’une intime connexion aux mondes que j’habite. »

#325

Un de mes amis les plus proches & les plus chers, Raphaël Colson, vient de lancer un nouveau site web: Kritikator. La chose est encore passablement en construction, mais d’ici une quinzaine de jours ce sera pleinement opérationnel. Objet du site: chroniquer des films & donner sa propre vision de l’actualité. Vision ô combien anarchisante, et fortement teintée d’anti-américanisme, vous voilà prévenus (sorry, Johnny…). Et de fait, c’est le terrible Michael Moore qui fait l’objet de son premier dossier.

Toujours sur le plan des liens amicaux, je découvre tardivement que ma copine Zabeth a changé de blog — après en avoir lancé un pour ses mois de grossesse, elle raconte maintenant les premiers mois de sa petite Sonia, c’est tendre & touchant.

Amis encore: je tape ceci tandis que dans le salon des effluves musicales s’échappent de la chaîne, en provenance de la station locale « Sol », sur laquelle une fois par mois officient mon cher coloc Olivier & mon vieil ami Thierry. Progressive rock à l’honneur — je ne suis pas dépaysé! 😉

#323

*bâille*

Si mon jeune camarade Olivier a déjà eu le courage de donner son propre point de vue (ce qu’il a joliment intitulé un « British Counterpoint ») sur la première journée de notre voyage en commun à Paris & Londres, pour ma part je n’en éprouve pas encore le besoin & n’en ai pas l’énergie présentement.

Je laisse infuser en moi ces intenses moments esthétiques, ces découvertes & redécouvertes. Placé sous le signe du paysage (pictural aussi bien que naturel), ce voyage fut kilométriquement épuisant & demande bien deux petites journées de farniente afin d’en résorber/cogiter toutes les résonnances.

Sous un ciel dont le gris vaut bien celui de Londres, je coule donc un week-end de lecture paisible. Qui, histoire de ne pas se sevrer trop vite de l’ambiance anglaise, débuta par l’improvisation d’un English breakfast (enfin, plus un brunch qu’un breakfast, vu l’heure qu’il était). Nouvelles de-ci de-là, romans de Michael Kurland à propos du Professeur Moriarty (le double de Sherlock Holmes), exploration paresseuse des bouquins rapportés (en petit nombre pour une fois). Et musique bien sûr — une semaine sans musique, c’est déjà presque trop.

Et comme un plaisir ne vient jamais seul, mon éditrice m’a envoyé la couverture de mon prochain bouquin, Le Dictionnaire féerique — et c’est superbe! Je suis aux anges.